Au quartier-général à Milan, le 30 messidor an 5 (18 juillet 1797).
_Au directoire exécutif._
Je vous envoie la copie de deux adresses de la division Masséna et
Joubert; l'une et l'autre sont revêtues de douze mille signatures.
La situation des esprits à l'armée est très-prononcée pour la république
et la constitution de l'an 3. Le soldat, qui reçoit un grand nombre
de lettres de l'intérieur, est extrêmement mécontent de la tournure
sinistre que paraissent y prendre les choses.
Il paraît aussi que l'on a été affecté du bavardage de ce Dumolard,
imprimé par ordre de l'assemblée et envoyé en grande profusion à
l'armée.
Le soldat a été indigné de voir que l'on mettait en doute les
assassinats dont il a été la victime. La confiance de l'armée d'Italie
dans le gouvernement est sans borne: je crois que la paix et la
tranquillité dans les armées dépendent du conseil des cinq-cents. Si
cette première magistrature de la république continue à prêter une
oreille complaisante aux meneurs de Clichi, elle marche droit à la
désorganisation du gouvernement; nous n'aurons point de paix, et cette
armée-ci sera presque exclusivement animée par le désir de marcher
au secours de la liberté et de la constitution de l'an 3. Soyez bien
persuadés, citoyens directeurs, que le directoire exécutif et la patrie
n'ont pas d'armée qui leur soit plus entièrement attachée.
Quant à moi, j'emploie toute mon influence ici à contenir dans les
bornes le patriotisme brûlant, qui est le caractère distinctif de tous
les soldats de l'armée, et à lui donner une direction avantageuse au
gouvernement.