_Note de MM. les plénipotentiaires français._
Le général en chef Bonaparte et le général de division Clarke, ministres
plénipotentiaires de la république française, ont reçu la note que M.
le marquis de Gallo, ambassadeur du roi des Deux-Siciles près S. M.
l'empereur et roi, et M. le comte Meerveldt, général-major au service de
S. M. impériale, leur ont adressée, sous la date du 19 juin.
M. le marquis de Gallo avait annoncé verbalement aux plénipotentiaires
français, lors de son armée, que S. M. l'empereur et roi ne lui avait
pas remis de pouvoirs pour sa paix séparée, parce que son ministre,
M. le baron de Thugut, désirait connaître la forme de ceux que le
directoire exécutif donnerait aux plénipotentiaires de la république
française, et dont copie a été remise à M. de Gallo, pour lui en envoyer
de semblables, qu'il attendait par le retour du courrier expédié alors
par lui à Vienne.
En conséquence, les plénipotentiaires français n'ont point hésité à
entrer en conférence avec le marquis de Gallo sur tout ce qui était
relatif à la paix définitive avec l'empereur; mais près d'un mois
s'étant écoulé depuis son arrivée, et plus de deux depuis la signature
des préliminaires de Léoben, et MM. le marquis de Gallo et le comte de
Meerveldt ayant annoncé, l'un et l'autre verbalement, n'avoir d'autres
pouvoirs que ceux qui leur avaient été remis pour les préliminaires,
lesquels, à cause de l'échange des ratifications desdits préliminaires,
se trouvent surannés, sans objet, et conséquemment inadmissibles, les
plénipotentiaires français croient devoir demander à MM. de Gallo et
Meerveldt de déclarer par écrit s'ils ont d'autres pouvoirs que ceux qui
leur ont servi pour les préliminaires de Léoben, et de vouloir bien leur
faire part de ceux en vertu desquels ils ont écrit la note du 19 juin,
dont les soussignés leur assurent la réception par la présente.
Les plénipotentiaires français attendront que ces derniers pouvoirs leur
soient communiqués, pour répondre définitivement à la note de MM. le
marquis de Gallo et le comte de Meerveldt.
Cependant, comme l'intention du directoire exécutif de la république
française est de terminer sur-le-champ la paix définitive et séparée
avec S. M. l'empereur et roi, et pour ne point ajouter aux délais
désastreux qui ont été et sont encore apportés par la cour de Vienne à
la conclusion de cette paix, quoiqu'il soit évident que ces délais
lui sont infiniment plus préjudiciables qu'à la France, les
plénipotentiaires français, qui ont communiqué leurs pouvoirs depuis
très-long-temps, et qui sont restés en Italie pour y achever cette
paix, ainsi qu'on en était convenu verbalement à Gratz, déclarent que
l'intention de la république française est de s'en tenir à la clause
des préliminaires, qui stipule que la paix définitive entre les deux
puissances sera traitée et conclue dans l'espace de trois mois, à
compter de la date des préliminaires, ou plus tôt, si faire se peut.
Les plénipotentiaires français ne doutent nullement de la loyauté
personnelle de S. M. impériale et royale, ni de celle de MM. le marquis
de Gallo et le comte de Meerveldt, pour lesquels ils ont la plus haute
considération; mais ils font observer que les intérêts de la France,
leur patrie, leur sont trop chers pour pouvoir se permettre d'en exposer
le sort à des protestations de désir de la paix, qui ne seraient point
appuyées par des faits, et ils ont vu avec une profonde affliction les
délais qu'a mis et que met encore le cabinet de Vienne à terminer sa
paix définitive, dans les trois mois fixés par les préliminaires, ces
délais n'ayant pu que produire le mauvais effet de donner un libre cours
à toutes les intrigues publiques et secrètes des états intéressés à la
continuation de la guerre entre les deux puissances.
L'évacuation de cinq provinces autrichiennes par les troupes françaises,
et l'entrée en Istrie et en Dalmatie de celles de l'empereur, à laquelle
la France ne s'est point opposée, sont des preuves inattaquables de
la loyauté de la république française, contre laquelle l'être le plus
confiant et le moins bien intentionné ne pourrait rien articuler qui put
soutenir un examen impartial.
Si des défiances mal fondées; si le dessein formel de sacrifier les
intérêts mutuels de deux puissances à des formalités et à des
lenteurs préjudiciables à l'une et à l'autre devaient prévaloir, les
plénipotentiaires français verraient avec la plus extrême douleur
rallumer de nouveau les torches de la guerre, qu'ils désirent si
ardemment d'éteindre pour jamais.
Ils ont l'honneur de saluer MM. le marquis de Gallo et le comte de
Meerveldt, les priant de communiquer la présente note à S. M. impériale
et royale elle-même.
A Montebello, près Milan, le 2 messidor an 5 de la république française
(20 juin 1797).