Au quartier-général à Montebello, le 28 prairial an 5

(16 juin 1797).

_Au gouvernement provisoire de Gênes._

J'ai reçu votre lettre par le citoyen Emmanuel Balleti. Les premiers pas

de votre gouvernement justifient la confiance dont la nation génoise

vous a investi.

Les gouvernemens provisoires, placés dans des circonstances difficiles,

doivent exclusivement prendre conseil du salut public et de l'intérêt de

la patrie.

La république de Gênes n'existe que par le commerce, le commerce

n'existe que par la confiance; il n'y a pas de confiance sous un

gouvernement faible, il n'y a pas de confiance dans un pays où il y a

des factions.

Un état est faible, est déchiré par les factions lorsque plusieurs

centaines de citoyens s'organisent en assemblée exclusive, prennent part

dans toutes les discussions, jouent la popularité, sont sans cesse armés

par l'exagération, et n'ont jamais en but que la distinction.

Pendant votre gouvernement provisoire, une commission choisie doit

former votre constitution et les lois organiques de votre république.

Votre principal devoir est d'imposer silence aux passions, d'empêcher

que la commission législative puisse être influencée, et, par là, éviter

qu'on vous donne une constitution et des lois de circonstances.

La sagesse et la modération sont de tous les pays et de tous les

siècles, parce que l'une et l'autre sont fondées sur notre organisation

physique; mais elles sont absolument nécessaires aux petits états et aux

villes de commerce.

Pendant tout le temps de votre gouvernement provisoire et jusqu'à ce que

vous ayez des lois et une constitution stables, agissez-en comme dans

un vaisseau battu par les flots; exigez que chaque citoyen soit à ses

fonctions, et que personne ne rivalise avec le gouvernement.

Comme vous ne savez pas ce que votre constitution permettra ou défendra,

empêchez provisoirement toute espèce de coalition de citoyens.

Votre garde nationale est nombreuse et bien intentionnée.

Si sous votre gouvernement la république perd quelque chose de son

commerce ou de son bonheur, la responsabilité pèsera toute entière sur

vous.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome I. · 第 793 / 899 题