Au quartier-général à Montebello, le 25 prairial an 5 (13 juin 1797).
_Au même._
Arrivé à Venise, citoyen général, vous vous concerterez avec le général
de division Baraguay d'Hilliers pour toutes les opérations que vous
aurez à faire.
Le citoyen Ricard fait les fonctions d'ordonnateur; il connaît déjà les
ressources qu'offre l'arsenal.
Vous vous présenterez, avec le général Baraguay d'Hilliers et le
ministre de la république, au gouvernement provisoire de la république
de Venise: vous lui direz que la conformité de principes qui existe
aujourd'hui entre la république française et celle de Venise, et la
protection immédiate que la république française accorde à celle de
Venise, rendent nécessaire de mettre promptement les forces maritimes
de la république de Venise sur un pied respectable, afin de pouvoir de
concert se maintenir maîtres dans l'Adriatique et des îles du Levant;
protéger le commerce des deux républiques, et que déjà, à cet effet,
j'avais fait partir des troupes pour assurer la possession de Corfou
à la république vénitienne; que désormais il était indispensable de
travailler avec activité à mettre en bon état la marine vénitienne.
Vous vous emparerez, sous ce prétexte et dans cet esprit, de tout,
tâchant cependant de vivre en bonne intelligence, et de faire passer à
notre service tous les marins et employés de la marine de la république
de Venise, en vous servant toujours du nom de marine vénitienne.
Les opérations que vous avez à faire, consistent: 1°. à armer le plus
promptement possible tous les petits et les gros batimens qui en seront
susceptibles, afin que, quand nous serons sûrs d'avoir Corfou, nous
puissions les joindre avec la grande escadre.
2°. À prendre toutes les mesures pour faire passer à Toulon tous les
approvisionnemens qui peuvent être nécessaires à ce port.
Par un article secret, les Vénitiens doivent fournir à la république
trois millions d'approvisionnemens pour la marine de Toulon; mais mon
intention est de m'emparer, pour la république, de tous les vaisseaux
vénitiens et de tous les approvisionnemens possibles pour Toulon.
Il restera à savoir le parti que l'on devra prendre pour les vaisseaux
qui sont sur le chantier.
Il est très-essentiel que les dépenses qui se feront à l'escadre qui est
à Corfou, que celles qui se font à Ancône, forment une même comptabilité
avec celles qui se font à Venise.
Vous jouirez du même traitement qu'un contre-amiral, et vous
correspondrez avec moi le plus souvent possible sur tous les objets de
service qui regardent l'armement de l'Adriatique.