Au quartier-général à Milan, le 25 floréal an 5. (14 mai 1797).
_Au directoire exécutif[14]._
[Footnote 14: Cette lettre, relatée déjà en partie par extrait, se
trouve complète ici.]
J'organise la république cisalpine: j'ai à cet effet quatre comités qui
travaillent sans relâche à la confection des lois organiques qui doivent
accompagner la publication de la constitution.
Le citoyen Serbelloni, par la réputation dont il jouit dans ce pays-ci,
et par l'ascendant que donne la fortune, est propre à remplir avec
succès une place de membre du directoire exécutif; il est d'ailleurs
tellement compromis avec les Autrichiens, que c'est une des personnes de
l'opinion de laquelle nous devons être les plus sûrs: je l'ai donc fait
prévenir par l'administration de la Lombardie qu'il était nommé à la
place de directeur; je vous prie de faire en sorte qu'il parte de suite
pour Milan.
Je vous envoie une lettre du citoyen Villetard, une autre du général
Baraguay d'Hilliers, et enfin la délibération du grand conseil, qui a
abdiqué; je crains fort que cette pauvre ville de Venise ne soit en
partie pillée par les Esclavons à l'heure où je vous écris.
J'ai envoyé, par un courrier extraordinaire, au doge la proclamation que
je vous fais passer, afin de chercher à y rétablir la tranquillité.
Demain, je conclurai un traité avec les députés vénitiens; j'espère que
cette affaire s'achèvera heureusement, et que si nous ne sommes pas à
l'heure qu'il est dans Venise, nous ne tarderons pas à y être.
La marine pourra y gagner quatre ou cinq vaisseaux de guerre, trois ou
quatre frégates, pour trois ou quatre millions de cordages, de bois et
d'autres objets nécessaires à la marine.
J'ai envoyé des courriers à Gênes et à Livourne, pour qu'on me fasse
passer en toute diligence tous les matelots français ou corses qui s'y
trouveraient; je prendrai ceux des lacs de Mantoue et de Garda, et je
diminuerai le nombre de ceux que j'ai sur la flottille.
Je vous prie de m'envoyer en poste un contre-amiral, un major d'escadre,
etc.
J'aurais aussi besoin de quatre ou cinq cents matelots, qui pourraient
se rendre à Gênes, d'où ils viendraient à Tortone, où ils recevront,
du commandant de la place, les ordres et trouveront les moyens de
s'embarquer sur le Pô jusqu'à Venise.
J'espère, si tout réussit conformément à mes espérances, avoir quatre
bâtimens de guerre tout équipés et approvisionnés pour six mois; trois
frégates françaises, compris _la Brune_; deux corvettes françaises et
quinze chaloupes canonnières.
Ces vingt-quatre bâtimens seront prêts, j'espère, à mettre à la voile
avant l'arrivée du contre-amiral.
Je trouverai les bâtimens et frégates prêtes à mettre à la voile, parce
qu'elles viennent de croiser dans l'Archipel.
Le million pour Toulon, que je vous ai annoncé, part demain; un autre
million, dont cinq cent mille francs en or et autant en argent, part
après demain 27 pour Paris; il pourra servir à vivifier notre marine à
Brest.
Les deux millions que le ministre des finances a tirés sur le citoyen
André, négociant, seront acquittés en marchandises ou en terres; ce qui,
joint à un million pour l'armée de Sambre-et-Meuse, autant pour celle du
Rhin, et cinq cent mille francs pour celle des Alpes, cinq cent mille
francs que nous coûte la Corse, formera la somme de cinq millions que
l'armée d'Italie aura fournis depuis la nouvelle campagne.
Vingt-cinq mille quintaux de blé, et pour cent mille francs de chanvre
avec de l'acier, sont partis de Trieste pour Toulon.
Le pape nous a donné huit millions de diamans, qui, à l'évaluation de
Modène, ne valent pas davantage que quatre millions cinq cent mille
francs.
Le service de l'armée est assuré pour prairial, messidor, thermidor et
fructidor.
Treize ou quatorze millions d'arriéré, que nous avions à l'armée, vont
être payés en biens nationaux du pays.
Les objets de Rome se réunissent tous à Livourne: il serait urgent
que le ministre de la marine envoyât le prendre par trois ou quatre
frégates, afin de les mettre à l'abri de tous risques.
Une soixantaine de citoyens de différentes villes du midi se sont
présentés à moi pour avoir des secours; je les ai distribués dans toute
l'Italie pour y être employés chacun son métier. Le chef de l'état-major
enverra au ministre de la police générale les noms, âge, demeure,
profession de ces citoyens.
J'ai chargé Comeyras de se rendre à Sion, peur chercher à ouvrir une
négociation avec le Valais, afin de conclure un traité au nom de la
France et de la république cisalpine, qui nous accorde le passage depuis
le lac de Genève au lac Majeur, en suivant la vallée du Rhône. J'ai
envoyé un excellent ingénieur des ponts et chaussées pour savoir ce que
coûterait cette route à établir: elle irait de Versois à Bouveret par le
lac, quinze lieues; de Bouveret à Sion, dix lieues; de Sion à Brigge,
huit lieues; de Brigge à Dossola, huit lieues; de Dossola au lac Majeur,
huit lieues; du lac Majeur à Milan, douze lieues: ce qui ferait soixante
et une lieues de Versois à Milan, ou cent soixante de Milan à Paris: sur
ces soixante et une lieues, les quinze du lac et les vingt de Dossola
à Milan, c'est-à-dire trente-cinq, sont en grande route; il reste donc
vingt-six lieues à faire, dont se chargerait le Milanez.
J'ai chargé le même ingénieur d'aller jusqu'au pont de... et de voir
ce qu'il faudrait pour faire sauter le rocher dans lequel s'enfuit le
Rhône, et par-là rendre possible l'exploitation des bois du Valais et de
la Savoie, bois immenses et qui peuvent seuls relever notre marine.
On m'assure qu'il ne faut pas plus de 2 ou 300,000 fr. pour cette
opération.
La Toscane et les Grisons vont conclure un traité d'alliance avec la
nouvelle république cisalpine: il faudrait obtenir des Suisses les
bailliages italiens, qui n'ont qu'une population de quarante mille âmes;
nous pourrions leur donner le Freythal, et, s'il était nécessaire, la
nouvelle république s'obligerait à fournir tous les ans une certaine
quantité de riz et de blé.