BONAPARTE.

_Traité de paix entre la république française et la république de

Venise._

Le directoire exécutif de la république française et le grand-conseil de

la république de Venise, voulant rétablir sans délai l'harmonie et la

bonne intelligence qui régnaient ci-devant entre elles, conviennent des

articles suivans:

ART 1. Il y aura paix et amitié entre la république française et la

république de Venise; toutes les hostilités cesseront dès à présent.

2. Le grand-conseil de Venise, ayant à coeur le bien de sa patrie et le

bonheur de ses concitoyens, et voulant que les scènes qui ont eu lieu

contre les Français ne puissent plus se renouveler, renonce à ses droits

de souveraineté; ordonne l'abdication de l'aristocratie héréditaire,

et reconnaît la souveraineté de l'état dans la réunion de tous les

citoyens, sous la condition cependant que le gouvernement garantira la

dette publique nationale, l'entretien des pauvres gentilshommes qui ne

possèdent aucun bien fonds, et les pensions viagères accordées sous le

titre de provisions.

3. La république française, sur la demande qui lui en a été faite,

voulant contribuer, autant qu'il est en elle, à la tranquillité de la

ville de Venise et au bonheur de ses habitans accorde une division de

troupes françaises pour y maintenir l'ordre et la sûreté des personnes

et des propriétés, et seconder les premiers pas du gouvernement dans

toutes les parties de son administration.

4. La station des troupes françaises à Venise n'ayant pour but que la

protection des citoyens, elles se retireront aussitôt que le nouveau

gouvernement sera établi, ou qu'il déclarera n'avoir plus besoin de

leur assistance. Les autres divisions de l'armée française évacueront

également toutes les parties du territoire vénitien qu'elles occuperont

dans la terre ferme, lors de la conclusion de la paix continentale.

5. Le premier soin du gouvernement provisoire sera de faire terminer

le procès des inquisiteurs et du commandant du fort de Lido, prévenus

d'être les auteurs et instigateurs des Pâques vénitiennes et de

l'assassinat commis dans le port de Venise; il désavouera d'ailleurs ces

faits de la manière la plus convenable et la plus satisfaisante pour le

gouvernement français.

6. Le directoire exécutif, de son côté, par l'organe du général en chef

de l'armée, accorde pardon et amnistie générale pour tous les autres

Vénitiens qui seraient accusés d'avoir pris part à toute conspiration

contre l'armée française; et tous les prisonniers seront mis en liberté

après la ratification.

Ainsi a été arrêté et convenu, savoir: au nom de la république

française, par les citoyens Bonaparte, général en chef de l'armée

d'Italie; et Lallemant, ministre plénipotentiaire de la république

française près celle de Venise; et, au nom du grand conseil vénitien,

par MM. François Dona, Léonard Justiani et Louis Moncenigo, députés

munis de pleins pouvoirs, dont l'original est annexé aux présentes,

lesquelles devront être ratifiées par les hautes puissances

contractantes, dans le plus court délai possible, pour sortir leur

entière exécution.

Fait à Milan, le 27 floréal an 5 de la république française (16 mai

1797).

_Signé_ BONAPARTE, etc.

_Articles secrets faisant suite et partie du traité de paix conclu

cejourd'hui 27 floréal an 5 de la république française (16 mai 1797),

entre la république française et telle de Venise._

ART Ier. La république française et la république de Venise s'entendront

entre elles pour l'échange des différens territoires.

2. La république de Venise versera dans la caisse du payeur de l'armée

d'Italie trois millions tournois en numéraire; savoir, un million

dans le mois de prairial prochain, un second million dans le mois de

messidor, et le troisième million lorsque le gouvernement provisoire

sera entièrement organisé.

3. La république de Venise fournira pour la valeur de trois autres

millions tournois en chanvres, cordages, agrès et autres objets

nécessaires à la marine, sur la réquisition des commissaires qui seront

nommés par le général en chef de l'armée, et en tant que ces objets

existeront réellement dans les magasins ou dépôts de l'arsenal.

4. La république de Venise fournira en outre trois vaisseaux de ligne et

deux frégates en bon état, armés et équipés de tout le nécessaire, sans

comprendre l'équipage, et au choix du général en chef, qui, de son côté,

promet au gouvernement vénitien la médiation de la république française

pour terminer promptement les différens survenus entre celle de Venise

et la régence d'Alger.

5. La république de Venise remettra enfin aux commissaires à ce destinés

vingt tableaux et cinq cents manuscrits au choix du général en chef.

Les cinq articles ci-dessus, quoique convenus et transcrits séparément,

sont néanmoins essentiellement inhérens au traité ostensible conclu

cejourd'hui entre les deux républiques, et n'en sont de fait que la

continuation: en sorte que la non exécution d'un seul desdits articles

secrets rendrait le traité en entier nul et non stipulé.

Ainsi a été arrêté et convenu; savoir, au nom de la république

française, par le citoyen Bonaparte, général en chef de l'armée

d'Italie, et par le citoyen Lallemant, ministre plénipotentiaire de

la république française près celle de Venise, et au nom du directoire

exécutif.

Et au nom du grand conseil vénitien, par MM. François Dona, Léonard

Justiniani et Louis Moncenigo, députés munis de pleins pouvoirs, dont

l'original est annexé au traité ostensible de ce jour.

Fait et signé à Milan, le 27 floréal an 5 de la république française (16

mai 1797).

_Signé_ BONAPARTE, etc.

Milan, le 25 floréal an 5 (14 mai 1797).

_Aux citoyens de Venise._

Les citoyens de la ville de Venise sont sous la protection de la

république française: en conséquence, je déclare que je traiterai en

ennemi de la république française tout homme qui porterait la moindre

atteinte aux personnes et aux propriétés des habitans de Venise.

Si, vingt-quatre heures après la publication du présent ordre, les

Esclavons n'ont pas, conformément à l'ordre qui leur a été donné par les

magistrats de Venise, quitté cette ville pour se rendre en Dalmatie, les

officiers et les aumôniers des différentes compagnies d'Esclavons

seront arrêtés, traités comme rebelles, et leurs biens, en Dalmatie,

confisqués. Le général en chef fera, à cet effet, marcher une division

de l'armée en Dalmatie, et ils seront la cause de ce que la guerre et

ses horreurs seront transplantés au milieu de leurs foyers.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome I. · 第 750 / 899 题