Au quartier-général à Milan, le 24 floréal an 5 (13 mai 1797).
_Au directoire exécutif._
Le dernier courrier que j'ai reçu de vous est du 3 floréal, et je ne
connais pas encore vos intentions relativement aux préliminaires de la
paix: cela ne laisse pas que de m'embarrasser dans la direction à donner
aux différentes affaires actuelles.
Je vous ai rendu compte, par mon dernier courrier, du terme où en était
la négociation de Venise. Les négociateurs et le citoyen Lallemant sont
ici; mais, pendant ce temps-là, les affaires marchent à grands pas dans
Venise même, où l'emprisonnement des inquisiteurs et l'effervescence
populaire rendent les propriétés incertaines, sans la présence d'une
force française.
Je vous envoie une lettre du citoyen Villetard, secrétaire de la
légation française à Venise.
J'ai donné ordre au général Baraguay d'Hilliers d'y entrer avec cinq
mille hommes.
J'ai envoyé ordre au citoyen Bourdé, commandant la flottille de
l'Adriatique, de s'y rendre également.
Vous ordonnerez au général Lahoz d'éloigner de Milan les citoyens
Lerese, Anisette et Barnabitte, et de les employer hors de cette ville,
les engageant à ne rien faire qui trouble la tranquillité des états du
roi de Sardaigne.
Il est probable, quoiqu'il ne soit cependant pas sûr, que lorsque vous
lirez cette lettre, vous serez maîtres de Venise et de son arsenal.
La république cispadane paraît vouloir se réunir avec Venise, si cette
ville accepte le gouvernement représentatif, plutôt que de se réunir
avec le Milanez.
La république lombarde serait alors composée des pays compris entre le
Tesin, le Pô, l'Oglio et le Modénais; ce qui ferait deux millions de
population.
La république de Venise démocrate serait composée, 1°. du Trévisan, deux
cent mille habitans; 2°. du Dogodo, cent mille; 3°. de la Polésine, de
Rovigo et d'Adria, quatre-vingt mille; 4° de la ville de Venise, cent
cinquante mille; 5°. des îles du Levant, deux cent mille; 6°. de la
Cispadane, six cent mille; 7°. de la Romagne, trois cent mille: en tout,
un million six cent mille habitans.
Les deux républiques concluraient une alliance offensive et défensive
avec la France contre les Anglais.
Nous trouverons dans l'arsenal de Venise quelques ressources pour
notre marine, et quelques vaisseaux de guerre, s'ils sont d'une bonne
construction.
J'ai fait partir de Trieste pour Toulon six bâtimens chargés de blé et
d'acier.