_P. S._ Je vous fais tenir également une note explicative, remise par
les plénipotentiaires de l'empereur.
Au quartier-général à Milan, le 19 floréal an 5 (8 mai 1797).
_Au directoire exécutif._
Je suis parti, le 12 floréal, de Palma-Nova, et je me suis rendu à
Mestre. J'ai fait occuper par les divisions des généraux Victor et
Baraguay d'Hilliers toutes les extrémités des lagunes. Je ne suis
éloigné actuellement que d'une petite lieue de Venise, et je fais les
préparatifs pour pouvoir y entrer de force, si les choses ne s'arrangent
pas. J'ai chassé de la terre-ferme tous les Vénitiens, et nous en sommes
en ce moment exclusivement les maîtres. Le peuple montre une grande joie
d'être délivré de l'aristocratie vénitienne: il n'existe plus de Lion de
Saint-Marc.
Comme j'étais sur les bords des lagunes, sont arrivés trois députés du
grand conseil, qui me croyaient encore en Allemagne et qui venaient avec
des pleins pouvoirs du même conseil, pour finir tous les différens. Ils
m'ont remis la note que je vous envoie. En conséquence, je leur ai fait
répondre par le général Berthier la lettre que je vous fais tenir; je
viens de recevoir une nouvelle députation, qui m'a remis la note que je
vous envoie.
Les inquisiteurs sont arrêtés; le commandant du fort de Lido, qui a tué
Laugier, est arrêté; tout le corps du gouvernement a été destitué par le
grand conseil; et celui-ci lui-même a déclaré qu'il allait abdiquer sa
souveraineté et établir la forme du gouvernement qui me paraîtrait la
plus convenable. Je compte d'après cela y faire établir une démocratie,
et même faire entrer dans Venise trois ou quatre mille hommes de
troupes. Je crois qu'il devient indispensable que vous renvoyiez M.
Quirini.
Depuis que j'ai appris le passage du Rhin par Hoche et Moreau, je
regrette bien qu'il n'ait pas eu lieu quinze jours plus tôt, on que du
moins Moreau n'ait pas dit qu'il était dans le cas de l'effectuer. Notre
position militaire est tout aussi bonne aujourd'hui qu'il y a quinze
jours; j'occupe encore Clagenfurth, Goritzia et Trieste. Tous les
paysans vénitiens sont désarmés; dans toutes les villes, ceux qui nous
étaient opposés sont arrêtés; nos amis sont partout en place, et toute
la terre-ferme est municipalisée. On travaille tous les jours sans
relâche aux fortifications de Palma-Nova.
Je vous prie de désigner le Frioul pour le lieu où les Autrichiens
doivent nous faire passer les prisonniers français. Nous ne leur en
restituerons qu'à mesure qu'ils nous restitueront les nôtres.
Le choix des membres qui composent le directoire de la Cisalpine est
assez mauvais; il s'est fait pendant mon absence, et a été absolument
influencé par les prêtres; mais comme Modène et Bologne ne doivent
faire qu'une seule république avec Milan, je suspens l'activité du
gouvernement, et je fais rédiger ici par quatre comités différens toutes
les lois militaires, civiles, financières et administratives qui doivent
accompagner la constitution. Je ferai, pour la première fois, tous les
choix, et j'espère que d'ici à vingt jours toute la nouvelle république
italienne sera parfaitement organisée et pourra marcher toute seule.
Mon premier acte a été de rappeler tous les hommes qui s'étaient
éloignés, craignant les suites de la guerre. J'ai engagé
l'administration à concilier tous les citoyens et à détruire toute
espèce de haine qui pourrait exister. Je refroidis les têtes chaudes et
j'échauffe les froides. J'espère que le bien inestimable de la liberté
donnera à ce peuple une énergie nouvelle et le mettra dans le cas
d'aider puissamment la république française dans les guerres futures que
nous pourrions avoir.