Au quartier-général à Trieste, le 11 floréal an 5 (30 avril 1797).
_Au directoire exécutif._
Il m'aurait fallu trois mois pour dégrader les moles du port de Trieste,
encore ne l'aurais-je pas détruit, car ce port n'est simplement qu'une
rade.
Mantoue n'est pas fort par l'art, mais seulement par sa position; il n'y
a rien ou peu de chose à détruire, et que les ennemis auraient rétabli
en peu de temps et avec très-peu de travail.
Ayant un équipage de siège en Italie, nous prendrons Mantoue, tant que
nous voudrons, dans vingt jours de tranchée. Lorsque Wurmser m'obligea à
en lever le siège, nous étions aux batteries de brèche et sur le point
d'y entrer. Pendant le blocus, nous avons, avec sept mille hommes,
bloqué vingt mille hommes: vous voyez donc que cette place n'est pas
aussi essentielle qu'on se l'imagine; mais j'avais un seul avantage,
c'est que l'équipage de siège de l'ennemi était fort loin, et que je
comptais mettre dedans la ville deux ou trois mille Français, et le
reste des Italiens: ce qui, avec les nouveaux ouvrages que j'avais fait
faire, me faisait espérer de tenir en échec une armée autrichienne.
D'après le nouvel ordre de choses, nous aurions donc pour frontières
l'Oglio et un rang de places fortes, telles que Pizzighitone, Crema et
Bergame.
Pizzighitone vaut mieux que Mantoue.