Au quartier-général à Clagenfurth, le 12 germinal an 5 (1er avril 1797).
_Au peuple de la Carinthie._
L'armée française ne vient pas dans votre pays pour le conquérir, ni
pour porter aucun changement à votre religion, à vos moeurs, à vos
coutumes; elle est l'amie de toutes les nations, et particulièrement des
braves peuples de Germanie.
Le directoire exécutif de la république française n'a rien épargné pour
terminer les calamités qui désolent le continent. Il s'était décidé à
faire le premier pas et à envoyer le général Clarke à Vienne, comme
plénipotentiaire, pour entamer des négociations de paix; mais la cour
de Vienne a refusé de l'entendre; elle a même déclaré à Vicence, par
l'organe de M. de Saint Vincent, qu'elle ne reconnaissait pas de
république française. Le général Clarke a demandé un passeport pour
aller lui-même parler à l'empereur; mais les ministres de la cour de
Vienne ont craint, avec raison, que la modération des propositions qu'il
était chargé de faire, ne décidât l'empereur à la paix. Ces ministres,
corrompus par l'or de l'Angleterre, trahissent l'Allemagne et leur
prince, et n'ont plus de volonté que celle de ces insulaires perfides,
l'horreur de l'Europe entière.
Habitans de la Carinthie, je le sais, vous détestez autant que nous, et
les Anglais, qui seuls gagnent à la guerre actuelle, et votre ministère,
qui lui est vendu. Si nous sommes en guerre depuis six ans, c'est contre
le voeu des braves Hongrois et des citoyens éclairés de Vienne, et des
simples et bons habitans de la Carinthie.
Eh bien! malgré l'Angleterre et les ministres de la cour de Vienne,
soyons amis; la république française a sur vous les droits de conquête,
qu'ils disparaissent devant un contrat qui nous lie réciproquement, Vous
ne vous mêlerez pas d'une guerre qui n'a pas votre aveu. Vous fournirez
les vivres dont nous pouvons avoir besoin. De mon côté, je protégerai
votre religion, vos moeurs et vos propriétés; je ne tirerai de vous
aucune contribution. La guerre n'est-elle pas par elle-même assez
horrible? Ne souffrez vous pas, déjà trop, vous, innocentes victimes des
sottises des autres? Toutes les impositions que vous avez coutume de
payer à l'empereur serviront à indemniser des dégâts inséparables de la
marche d'une armée, et à payer les vivres que vous nous aurez fournis.