Au quartier-général à Ancône, le 25 pluviose an 5 (13 février 1797).
_À Monsieur le cardinal Mattei._
J'ai reconnu, dans la lettre que vous vous êtes donné la peine de
m'écrire, monsieur le cardinal, cette simplicité de moeurs qui vous
caractérise. Vous verrez, par l'imprimé que je vous envoie, les raisons
qui m'ont engagé à rompre l'armistice conclu entre la république
française et Sa Sainteté.
Personne n'est plus convaincu du désir que la république française avait
de faire la paix, que le cardinal Busca, comme il l'avoue dans sa lettre
à M. Albani, qui a été imprimée et dont j'ai l'original dans les mains.
On s'est rallié aux ennemis de la France lorsque les premières
puissances de l'Europe s'empressaient de reconnaître la république et de
désirer la paix avec elle; on s'est longtemps bercé de vaines chimères
et on n'a rien oublié pour consommer la destruction de ce beau pays.
Je n'entendrai jamais à aucune proposition qui tendrait à terminer les
hostilités entre la république française et Sa Sainteté, qu'au préalable
on n'ait ordonné le licenciement des régimens créés après l'armistice;
secondement, que l'on n'ait ôté par notification publique le commandant
de l'armée de Sa Sainteté aux officiers-généraux envoyés par l'empereur.
Ces clauses remplies, il reste encore à Sa Sainteté un espoir de
sauver ses états en prenant plus de confiance dans la générosité de la
république française, et en se livrant toute entière et promptement à
des négociations pacifiques.
Je sais que Sa Sainteté a été trompée: je veux bien encore prouver à
l'Europe entière la modération du directoire exécutif de la république
française, en lui accordant cinq jours pour envoyer un négociateur muni
de pleins pouvoirs, qui se rendra à Foligno, où je me trouverai et où
je désire de pouvoir contribuer en mon particulier à donner une preuve
éclatante de la considération que j'ai pour le Saint-Siège.
Quelque chose qu'il arrive, monsieur le cardinal, je vous prie d'être
persuadé de l'estime distinguée avec laquelle je suis, etc.