Au quartier-général à Ancône, le 22 pluviose an 5 (10 février 1797).
_Au directoire exécutif._
Citoyens directeurs,
Nous avons conquis en peu de jours la Romagne, le duché d'Urbin et la
marche d'Ancône. Nous avons fait à Ancône douze cents prisonniers de
l'armée du pape; ils s'étaient postés habilement sur des hauteurs en
avant d'Ancône. Le général Victor les a enveloppés, et les a tous pris
sans tirer un coup de fusil. L'empereur venait d'envoyer au pape trois
mille beaux fusils, que nous avons trouvés dans la forteresse
d'Ancône avec près de cent vingt pièces de canon de gros calibre; une
cinquantaine d'officiers que nous avons faits prisonniers ont été
renvoyés, avec le serment de ne plus servir le pape. La ville d'Ancône
est le seul port qui existe, depuis Venise, sur l'Adriatique; il est,
sous tous les points de vue, très-essentiel pour notre correspondance de
Constantinople: en vingt-quatre heures on va d'ici en Macédoine. Aucun
gouvernement n'était aussi méprisé par les peuples mêmes qui lui
obéissent, que celui-ci. Au premier sentiment de frayeur que cause
l'entrée d'une armée ennemie, a succédé la joie d'être délivré du plus
ridicule des gouvernemens.
Le 22, à six heures du soir.
_P.S._ Nous sommes maîtres de Notre-Dame-de-Lorette.