_Note remise au général Clarke par le général Bonaparte[13]._
[Footnote 13: Cette deuxième note, aussi sans date, appartient encore à
l'époque précitée.]
Après y avoir songé long-temps, je ne vois pas de condition raisonnable
que l'on puisse établir pour le _statu quo_ de Mantoue.
Il y a trois choses:
1°. Les fourrages pour la cavalerie;
2°. Les vivres pour la garnison et les habitans;
3°. Les remèdes pour les malades.
Quelque chose que l'on fasse et que l'on établisse, nous verrons nous
échapper Mantoue, si l'on conclut l'armistice avant la prise de cette
place, et, sans cette place, nous n'obtiendrons pas de paix raisonnable.
Je le répète, l'armistice, soit qu'on le considère comme les
préliminaires de la paix, soit comme devant nous servir pour les
préparatifs de la campagne prochaine, sera utile et conforme aux
intérêts de la république lorsque nous aurons Mantoue. Je crois qu'il
n'y a qu'un moyen de retarder la paix de l'Europe, c'est de conclure un
armistice sans avoir Mantoue; c'est un sûr moyen de faire une nouvelle
campagne, pour le succès de laquelle on aura rendu nuls tous les succès
obtenus dans celle-ci. Que l'on n'oublie pas qu'une démarche prématurée
en ce genre peut tout perdre.
Les limites que l'on devrait désigner sont:
Les troupes impériales ne pourraient pas passer la Brenta;
Les troupes françaises, l'Adige.
Du côté du nord, les troupes impériales ne pourront passer Alla, Mori,
Torbole, Thion jusqu'à Lodrone, sans pouvoir de ce côté entrer dans les
états vénitiens;
Les troupes françaises, la Chiuza, Rivoli, Torri, Salo, Brescia,
Bergame.
Le reste de l'Italie, soit qu'il ait appartenu à l'empereur, soit au duc
de Modène ou à l'archiduchesse de Milan, demeurerait _in statu quo_.
Bologne, Ferrare, Ancône _in statu quo_, conformément à l'exécution de
l'armistice avec le pape; mais comme l'armistice doit être exécuté en
thermidor et en brumaire, et que cette époque est passée, on pourra lui
accorder un mois, au plus, à compter du jour où se signera le traité.