Au quartier-général à Modène, le 25 brumaire an 5 (15 novembre 1796).
_Au commissaire du gouvernement._
La compagnie Flachat n'a fait encore aucune vente; cependant elle a des
soies et autres marchandises assez importantes dans la Lombardie et à
Tortone. Les rentes qu'elle fait à Livourne se font par devant elle, il
est indispensable d'y faire intervenir le consul de la république.
Cette compagnie, qui a reçu quatorze à quinze millions, ne paye pas les
mandats, sous le prétexte qu'elle n'a pas d'argent, mais effectivement
pour les faire négocier par main tierce, à quinze ou vingt pour cent de
perte. Faites-vous remettre l'état des mandats qu'elle a aujourd'hui
acquittés; ordonnez-lui: 1°. d'afficher, sous vingt-quatre heures, la
vente de toutes les marchandises qu'elle a, pour être faite ensuite
conformément à votre arrêté; 2°. que tout l'argent provenant des
marchandises soit, vingt-quatre heures après, versé dans la caisse
centrale, sans que, sous quelque prétexte que ce soit, cette compagnie
puisse retenir cet argent; 3°. qu'elle vous remette l'état des versemens
en grains qu'elle a faits à l'armée depuis le commencement de la
campagne; car elle est fortement prévenue d'avoir fait des versemens
factices pour quatre-vingt mille quintaux.
Je vous engage à porter sur cette compagnie un oeil sévère. De tous
côtés, on réclame contre elle; tous ses agens sont d'un incivisme si
marqué, que je suis fondé à croire qu'une grande partie sert d'espions à
l'ennemi. Je vous prie de prévenir cette compagnie que, si M. Paragallo,
Français assez indigne pour avoir désavoué le caractère national, vient
en Lombardie, je le ferai mettre en prison. J'ai de fortes raisons pour
croire que cet homme a des liaisons avec le ministre de Russie à Gênes,
et je suis instruit d'ailleurs que je suis environné d'espions; les
employés qu'elle a à Livourne sont en grande partie des émigrés.