Modène, le 26 vendémiaire an 5 (17 octobre 1796).
_Au citoyen Cacault, agent de la république à Rome._
Je reçois à l'instant la nouvelle que les Anglais évacuent la
Méditerranée: ils ont déjà évacué la Corse, qui a arboré l'étendard
tricolor, et m'a envoyé des députés pour prêter serment d'obéissance.
Un courrier arrivé de Toulon m'apporte la nouvelle que notre escadre,
composée de dix-huit vaisseaux de guerre et de dix frégates, est sur le
point de mettre à la voile; qu'elle est déjà dans la grande rade, et
qu'elle a à sa suite un convoi de soixante voiles chargé de troupes de
débarquement.
Le délire étrange du pays où vous êtes ne sera pas long, il y sera
bientôt porté un prompt remède. Cette folie passera comme un rêve; ce
qui restera, ce sera la liberté de Rome et le bonheur de l'Italie.
Cent députés de Bologne, Modène, Reggio et Ferrare ont été réunis ici:
il règne dans tous ces pays un enthousiasme auquel on n'avait pas
le droit de s'attendre. La première légion de la Lombardie est déjà
organisée, la première légion italienne s'organise: c'est le général
Rusca qui commande cette légion. Vous sentez bien que j'ai mis un bon
nombre de vieux officiers accoutumés à vaincre et à commander.
Restez, toutefois, encore à Rome. L'intention du gouvernement est qu'on
mette ces gens dans leur tort.