BONAPARTE.

Au quartier-général à Modène, le 26 vendémiaire an 5 (17 octobre 1796).

_Au directoire exécutif._

Bologne, Modène, Reggio et Ferrare se sont réunis en congrès, en

envoyant à Modène une centaine de députés: l'enthousiasme le plus vif

et le patriotisme le plus pur les animent; déjà ils voient revivre

l'ancienne Italie: leur imagination s'enflamme, leur patriotisme se

remue, et les citoyens de toutes les classes se serrent. Je ne serais

pas étonné que ce pays-ci et la Lombardie, qui forment une population

de deux à trois millions d'hommes, ne produisissent vraiment une

grande secousse dans toute l'Italie. La révolution n'a pas ici le même

caractère qu'elle a eu chez nous: d'abord, parce qu'elle n'a pas les

mêmes obstacles à vaincre et que l'expérience a éclairé les habitans;

nous sommes bien sûrs au moins que le fanatisme ne nous fera pas de mal

dans ce pays-ci, et que Rome aura beau déclarer une guerre de religion,

elle ne fera aucun effet dans ce pays conquis.

Une légion de deux mille cinq cents hommes s'organise, habillée, soldée

et équipée aux frais de ce pays-ci et sans que nous nous en mêlions.

Voilà un commencement de force militaire, qui, réunie aux trois mille

cinq cents que fournit la Lombardie, fait à peu près six mille hommes.

Il est bien évident que si ces troupes, composées de jeunes gens qui

ont le désir de la liberté, commencent à se distinguer, cela aura

pour l'empereur et pour l'Italie des suites très-importantes. Je vous

enverrai par le prochain courrier les actes et les manifestes publiés à

cette occasion par le congrès.

J'attends avec quelque impatience les troupes que vous m'annoncez. J'ai

fait sommer Wurmser dans Mantoue, je vous ferai passer la sommation;

je n'ai pas jugé à propos de me servir de l'arrêté que vous m'envoyez,

puisque vous m'en laissez le maître: par la réponse qu'il me fera, je

verrai le ton qu'il prend. Le courrier que vous m'avez ordonné d'envoyer

à Vienne est parti il y a long-temps: il doit être arrivé à cette heure,

et j'en attends la réponse.

Dès l'instant que je saurai bien positivement que les Anglais ont passé

le détroit, et que je saurai quelles sont vos intentions sur Naples

et où en sont vos négociations, je prendrai avec Rome le ton qu'il

convient: j'espère que j'obligerai ces gaillards-là à restituer l'argent

qu'ils envoyaient pour la contribution et qu'ils ont fait retourner de

Ravenne à Rome.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome I. · 第 553 / 899 题