BONAPARTE.

Au quartier-général à Modène, le 26 vendémiaire an 5 (17 octobre 1796).

_Au directoire exécutif._

Je vous ferai passer, citoyens directeurs, la lettre que je viens

de recevoir du général Gentili: il paraît, d'après cela, que la

Méditerranée va devenir libre. La Corse, restituée à la république,

offrira des ressources à notre marine, et même un moyen de recrutement à

notre infanterie légère.

Le commissaire du gouvernement, Salicetti, part ce soir pour Livourne

pour se rendre en Corse. Je vais ordonner à la huitième division de

tenir un bataillon prêt à embarquer à Toulon; je ferai également partir

un bataillon de Livourne, lesquels, joints à deux corps de gendarmerie,

suffiront pour y établir le bon ordre.

Le général Gentili va commander provisoirement cette division: je lui

donne les instructions nécessaires pour l'organisation de deux corps

de gendarmerie. Je l'autorise provisoirement à mettre en réquisition

plusieurs colonnes mobiles, pour pouvoir donner force au commissaire du

gouvernement de pouvoir occuper les forteresses jusqu'à l'arrivée des

troupes françaises. Lorsque ces troupes seront arrivées dans l'île, mon

projet est d'y envoyer le général Berruyer pour y commander: j'y envoie

un officier d'artillerie et un du génie pour y organiser la direction;

mais comme cette île contient cinq à six forteresses aussi faibles

qu'inutiles, je leur prescris de ne faire aucune dépense, mais seulement

de faire des projets pour la défense du golfe Saint-Florent: il n'y a

que ce point qui soit bien essentiel à la république, et où dès-lors il

conviendrait de concentrer toute la défense de l'île, en y établissant

une place, une fortification permanente, et en y employant pour la

construire les sommes que coûteraient la réparation et l'entretien des

forteresses inutiles de Bastia, Corte, Calvi, Ajaccio et Bonifaccio,

où il suffit d'entretenir simplement des batteries de côtes. Si nous

eussions eu une place à Saint-Florent et que nous y eussions concentré

toutes nos forces, les Anglais ne se seraient pas emparés de cette île.

Comme l'établissement de Saint-Florent est encore en l'air, je crois que

vous devriez concentrer toute l'administration militaire à Ajaccio, qui,

jusqu'à ce que Saint-Florent soit devenu quelque chose, est le point le

plus intéressant de l'île. Ce serait une grande faute que de placer à

Bastia, comme l'avait fait l'ancienne administration, le point central

de l'administration, vu que Bastia étant situé du côté de l'Italie,

communique très-difficilement avec la France. L'expulsion des Anglais de

la Méditerranée a une grande influence sur le succès de nos opérations

militaires en Italie. L'on doit exiger de Naples des conditions plus

sévères, cela fait le plus grand effet moral sur l'esprit des Italiens,

assure nos communications, et fera trembler Naples jusque dans la

Sicile.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome I. · 第 552 / 899 题