BONAPARTE.

Au quartier-général à Milan, le 10 vendémiaire an 5 (1er octobre 1796).

_Au directoire exécutif._

Après la bataille de Saint-George, nous cherchâmes à attirer Wurmser à

une seconde action, afin d'affaiblir la garnison dans une affaire _extra

muros_: nous nous gardâmes donc bien d'occuper le Sarraglio, j'espérais

qu'il s'y rendrait; nous continuâmes seulement à occuper le pont de

Governolo, afin de nous faciliter le passage du Mincio.

Le quatrième jour complémentaire, l'ennemi se porta avec quinze cents

hommes de cavalerie à Castellucio; nos grand'gardes se replièrent, comme

elles en avaient l'ordre; l'ennemi ne passa pas outre. Le 3 vendémiaire,

il se porta sur Governolo, en suivant la ligne droite du Mincio: après

une canonnade très-vive et plusieurs charges de notre infanterie, il fut

mis en déroute; il eut cent hommes faits prisonniers et cinq caissons

pris, tout attelés.

Le général Kilmaine, auquel j'ai donné le commandement des deux

divisions qui assiègent Mantoue, resta dans ses mêmes positions jusqu'au

8, espérant toujours que l'ennemi, porté par l'envie de faire entrer

des fourrages, chercherait à sortir; mais l'ennemi s'était campé à la

Chartreuse, devant la porte Pradella et la chapelle, et devant la porte

Cerese. Le général Kilmaine fit ses dispositions d'attaque, se porta par

plusieurs points sur ces deux camps, que l'ennemi évacua à son approche,

après une légère fusillade d'arrière-garde.

Nous occupons la porte Pradella et celle de Cerese, et nous bloquons la

citadelle.

Il est impossible, dans ce moment-ci, de penser au siège de Mantoue, à

cause des pluies; il ne sera faisable qu'en janvier. À cette époque,

l'empereur aura une puissante armée dans le Tyrol et dans le Frioul:

déjà il a réuni un corps de six mille hommes dans ce dernier pays, et il

a fait venir huit mille hommes à Botzen.

Rien n'égale l'activité qu'il y a dans l'Empire pour recruter l'armée

d'Italie.

Voici la force de notre armée:

J'ai dix-huit mille neuf cents hommes à l'armée d'observation, neuf

mille hommes à l'armée de siège.

Je vous laisse à penser, si je ne reçois point de secours, s'il est

possible que je résiste cet hiver à l'empereur, qui aura cinquante mille

hommes dans six semaines.

J'ai demandé au commissaire du gouvernement de me faire passer la

quarantième demi-brigade qui est à Lyon; j'ai ordonné que l'on me fasse

passer la quatre-vingt-troisième, qui est à Marseille, et le dixième

bataillon de l'Ain, qui est à Toulon, et qui doit être incorporé dans

nos cadres. Ces deux demi-brigades, si elles arrivent, forment quatre

mille cinq cents hommes.

Le général Willot a mal à propos retenu la onzième demi-brigade, forte

de quatre cents hommes, et que le général Châteauneuf-Randon envoyait

ici. Ajoutez à ce nombre le dixième bataillon de l'Ain, fort de cinq

cents hommes, qui est à Nice, cela fait neuf cents hommes des six mille

que ce général devait envoyer.

Renouvelez les ordres au général Châteauneuf-Randon; ordonnez le départ

de la quarantième, qui est à Lyon, et de la quatre-vingt-septième, qui

est à Marseille; faites-nous passer quinze mille hommes de ceux qui sont

à portée; mais calculez que, sur quatre mille hommes que vous envoyez,

il n'en arrivera que la moitié.

Songez qu'il faut que vous ayez en Italie, pour pouvoir vous soutenir

pendant l'hiver, trente-cinq mille hommes d'infanterie à l'armée

d'observation et dix-huit mille hommes d'infanterie à l'armée de

siège, pour faire face à l'empereur. Ces deux forces réunies font

cinquante-trois mille hommes, il en existe dans ce moment vingt-sept.

Supposez que la saison étant meilleure, il nous rentre trois mille

malades, quoique les pluies d'automne nous en donnent beaucoup, il

resterait vingt-trois mille hommes à nous envoyer.

J'espère avoir, avant un mois, si par des courriers extraordinaires vous

confirmez mes ordres et mes réquisitions, huit mille hommes, tirés des

garnisons du midi.

Il faut donc encore quinze mille hommes. Si vous les faites partir de

Paris ou des environs, ils pourront arriver dans le courant de décembre;

mais il faut qu'ils aient les ordres de suite. Si vous avez des dépôts,

envoyez-nous-en de même pour encadrer dans nos corps.

Il nous faudrait encore quinze cents hommes de cavalerie légère ou des

dragons: par exemple, le quatorzième régiment de chasseurs. Il faudrait

huit cents canonniers pour le siège de Mantoue, dix officiers du génie,

et quelques officiers supérieurs d'artillerie pour le même siège.

Il nous faudrait de plus quinze cents charretiers, organisés en

brigades, ayant leurs chefs; je n'ai que des Italiens qui nous volent:

deux bataillons de sapeurs et sept compagnies de mineurs.

Si la conservation de l'Italie vous est chère, citoyens directeurs,

envoyez-moi tous ces secours. Il me faudrait également vingt mille

fusils; mais il faudrait que ces envois arrivassent, et qu'il n'en soit

pas comme de tout ce que l'on annonce à cette armée, où rien n'arrive.

Nous avons une grande quantité de fusils, mais ils sont autrichiens; ils

pèsent trop, et nos soldats ne peuvent s'en servir.

Nous avons ici des fabriques de poudre, dont nous nous servons, et qui

nous rendent trente milliers par mois: cela pourra nous suffire.

Je vous recommande de donner des ordres pour que les huit mille hommes

que j'attends à la fin d'octobre arrivent: cela seul peut me mettre à

même de porter encore de grands coups aux Impériaux. Pour que les trois

mille hommes du général Châteauneuf-Randon arrivent, il faut qu'ils

partent six à sept mille.

J'essaye de faire lever ici une légion armée de fusils autrichiens, et

habillée avec l'uniforme de la garde nationale du pays: cette légion

sera composée de trois mille cinq cents hommes au complet; il est

possible que cela réussisse.

Les avant-postes du général Vaubois ont rencontré la division

autrichienne qui défend le Tyrol; il a fait à l'ennemi cent dix

prisonniers.

Quelles que soient les circonstances qui se présenteront, je vous prie

de ne pas douter un seul instant du zèle et du dévouement de l'armée

d'Italie à soutenir l'honneur des armes de la république.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome I. · 第 532 / 899 题