Au quartier-général à Vérone, le 21 thermidor an 4 (8 août 1796).
_Au directoire exécutif._
Citoyens directeurs, le 19 au matin l'ennemi tenait la ligne du Mincio,
sa droite appuyée à son camp retranché à Peschiera, sa gauche à Mantoue,
et son centre à Valeggio. Augereau se posta à Borghetto, et engagea une
vive canonnade avec l'ennemi. Pendant ce temps-là, Masséna se porta à
Peschiera, attaqua l'ennemi dans le camp retranché qu'il avait fait
devant cette place, le mit en déroute, lui prit douze pièces de canon,
et lui fit sept cents prisonniers.
Le résultat de ce combat a été d'obliger l'ennemi à lever le siège de
Peschiera, et à quitter la ligne du Mincio.
Dans la journée du 20, Augereau passa le Mincio à Peschiera. La division
du général Serrurier se porta sur Vérone, où elle arriva à dix heures du
soir, dans le temps que la division du général Masséna avait repris ses
anciennes positions, fait quatre cents prisonniers, pris sept pièces
de canon. L'arrière-garde ennemie était encore dans Verone; les portes
étaient fermées et les ponts-levis levés. Le provéditeur de Venise,
sommé de les ouvrir, déclara qu'il ne le pouvait pas de deux heures.
J'ordonnai aussitôt qu'on les ouvrît à coups de canon, ce que le général
Dommartin fit exécuter sur-le-champ, et en moins d'un quart d'heure.
Nous y avons trouvé différens bagages et fait quelques centaines de
prisonniers.
Nous voilà donc retournés dans nos anciennes positions: l'ennemi fuit
au loin dans le Tyrol; les secours que vous m'avez annoncés venant des
côtes de l'Océan commencent à arriver, et tout est ici dans la situation
la plus satisfaisante.
L'armée autrichienne, qui depuis six semaines menaçait d'invasion en
Italie, a disparu comme un songe, et l'Italie qu'elle menaçait est
aujourd'hui tranquille.
Les peuples de Bologne, de Ferrare, mais surtout celui de Milan, ont,
pendant notre retraite, montré le plus grand courage et le plus grand
attachement à la liberté. À Milan, tandis que l'on disait que les
ennemis étaient à Cassano, et que nous étions en déroute, le peuple
demandait des armes, et l'on entendait dans les rues, sur les places,
dans les spectacles, l'air martial: «Allons, enfans de la patrie.»
Le général Victor, à la tête de la dix-huitième demi-brigade, a montré
la plus grande bravoure au combat de Peschiera.