Au quartier-général à Castiglione, le 2 thermidor an 4 (20 juillet
1796).
_Au général Vaubois._
Je suis très-peu satisfait, général, de votre proclamation. Le
commissaire du gouvernement n'a pas le droit de vous requérir, et dans
la place importante que vous commandez, l'on est aussi coupable d'obéir
à ceux qui n'ont pas le droit de commander, que de désobéir à ses chefs
légitimes. Par l'esprit de l'instruction que je vous avais donnée, et
par tout ce que je vous avais dit de vive voix pendant mon séjour à
Livourne, il devait vous être facile de sentir que cette proclamation
n'aurait pas mon approbation.
Le citoyen Belleville a été uniquement chargé des opérations relatives
au séquestre des biens appartenans dans Livourne à nos ennemis. J'ai
appris avec étonnement le gaspillage et le désordre qui y existent.
Vous devez accorder au citoyen Belleville toute la force dont il peut
avoir besoin, et vous devez le revêtir et lui donner toute la confiance
nécessaire pour qu'il dénonce les abus, et fasse tourner au profit de la
république les marchandises que nous avons séquestrées à nos ennemis.
Pressez l'armement et l'équipement de la soixante-quinzième
demi-brigade, parce que, dès l'instant que ces braves gens seront
reposés, mon intention est de les rappeler a l'armée.
L'intention du gouvernement n'est pas qu'on fasse aucun tort aux
négocians livournais, ni aux sujets du grand-duc de Toscane. Tout en
cherchant les intérêts de la nation, on doit être généreux et juste.
J'ai été aussi affligé qu'étonné des vexations que l'on commet contre le
commerce de Livourne.
Vous voudrez bien me rendre un compte détaillé de tout ce qui a été fait
à ce sujet; vous aurez soin surtout de m'instruire par quelle autorité
le citoyen Lachaise a quitté son consulat de Gênes pour s'ingérer dans
les affaires de Livourne. Une grande quantité de réfugiés corses se
rendent à Livourne, pour de là passer dans cette île. Tenez quatre mille
fusils de chasse, un millier de paires de pistolets, six milliers de
poudre et des balles en proportion à la disposition du citoyen Sapey,
qui sera chargé de les faire passer aux patriotes insurgés de ce
département.