_Au quartier-général à Vérone, le 34 messidor an 4 (12 juillet 1796)._
_Au directoire exécutif._
Le général Sauret, avec trois mille hommes, défend depuis Salo, situé
sur le lac de Garda, jusqu'au lac d'Iseo.
Le général Masséna, avec douze mille hommes, défend depuis Torre jusqu'à
Rivalta sur l'Adige, et de là il défend le passage de l'Adige jusqu'à
San-Giovanni, trois milles plus bas que Vérone. La ville de Vérone a
été mise en état de défense, en se servant de l'artillerie trouvée dans
cette place.
Le général Despinois défend, avec cinq mille hommes, depuis San-Giovanni
jusqu'à Runco.
Le général Augereau, avec huit mille hommes, défend depuis Runco jusqu'à
Gastaniara; il y a des écluses par le moyen desquelles on peut inonder
tout le pays inférieur.
Le général Kilmaine, avec deux mille hommes de cavalerie et douze pièces
d'artillerie légère, est à Valeze, pour se porter partout où l'ennemi
voudrait tenter un passage.
Porto-Legnago, où il y a un pont sur l'Adige, est mis en état de
défense, en se servant de l'artillerie vénitienne trouvée dans cette
place.
Indépendamment des ponts que nous avons à Porto-Legnago et à Vérone, je
fais établir, vis-à-vis la Chiusa, un pont de bateaux, défendu par de
bonnes batteries de position.
Par le moyen de ces trois passages, l'armée passera rapidement, au
premier mouvement de l'ennemi, de la défensive à l'offensive.
L'ennemi a ses avant-postes à Alta, à Malsesena, et il pousse maintenant
des colonnes assez considérables derrière la Brenta; il a à peu près
huit mille hommes à Bassano.
Nous sommes, depuis plusieurs jours, en observation dans cette position.
Malheur à celui qui calculera mal!...
Quant à nous, nous sommes uniquement occupés au siège de Mantoue. Je
médite un coup hardi: les bateaux, les habits autrichiens, les batteries
incendiaires, tout sera prêt le 28. Les opérations ultérieures
dépendront entièrement de la réussite de ce coup de main, qui, comme
ceux de cette nature, dépend absolument du bonheur, d'un chien ou d'une
oie.
Cette position de choses m'a fait penser qu'il fallait différer de dix à
douze jours l'opération de Gênes, d'autant plus que j'aurai reçu réponse
d'une lettre que je vous ai écrite.
Vous trouverez, ci-joint, copie d'une lettre que j'ai en conséquence
écrite au ministre de la république, Faypoult. M. Cattaneo, que le sénat
de Gênes a envoyé près de moi, m'a joint ce matin, il a été, comme vous
pensez, extrêmement satisfait de ce que je lui ai dit. Les démarches que
fera Faypoult, et d'autres opérations accessoires, achèveront de nous
faire parvenir à notre but, qui est de gagner une quinzaine de jours, au
bout duquel temps notre situation en Italie sera tellement décidée, que
je suivrai, sans obstacle, de point en point, les ordres que vous me
donnerez sur Gênes et sur Venise.
Cette dernière république arme à force. Le citoyen Lallement ne
m'a point prévenu, comme il aurait dû le faire, de la nature et de
l'activité des armemens. Je vous fais passer copie de la note qu'il a
écrite au sénat, et de la réponse du sénat. Au reste, je suis maître
de toutes les places fortes de la république de Venise sur l'Adige.
Peut-être jugerez-vous à propos de commencer dès à présent une petite
querelle au ministre de Venise à Paris, pour que, après la prise de
Mantoue et que j'aurai chassé les Autrichiens de la Brenta, je puisse
trouver plus de facilité pour la demande que vous avez intention que je
leur fasse de quelques millions.
Nous commençons à avoir beaucoup de malades devant Mantoue; mais pas un
n'est encore mort. Les chaleurs sont excessives, et l'air de Mantoue
extrêmement pestilentiel.