Au quartier-général à Milan, le 20 prairial an 4 (8 juin 1796).
_Au général Clarke._
Votre jeune cousin m'est arrivé hier: il m'a l'air actif, quoique
encore un peu jeune. Je le tiendrai avec moi: il sera bientôt à même
d'affronter le péril et de se distinguer. J'espère qu'il sera digne de
vous, et que j'aurai un bon compte à vous en rendre.
Je suis bien aise de faire quelque chose qui vous soit agréable.
Ici, tout va assez bien; mais la canicule arrive au galop, et il
n'existe aucun remède contre son influence dangereuse. Misérables
humains que nous sommes, nous ne pouvons qu'observer la nature, mais non
la surmonter.
La campagne d'Italie a commencé deux mois trop tard; nous nous trouvons
obligés de rester dans le pays le plus malsain de l'Italie. Je ne vois
qu'un moyen pour ne pas être battus à l'automne, c'est de s'arranger de
manière à ne pas être obligés de s'avancer dans le sud de l'Italie.
Selon tous les renseignemens que l'on nous donne, l'empereur envoie
beaucoup de troupes à son armée d'Italie. Nous attendons ici avec
impatience des nouvelles du Rhin. Si notre armée a des succès, comme je
l'espère, il faut que l'on fasse payer à l'empereur son entêtement: en
attendant, je vous prie de croire aux sentimens de fraternité.