Au quartier-général à Milan, le 20 prairial an 4 (8 juin 1796).
_Au citoyen Carnot.._
Je vous dois des remercîmens pour les choses honnêtes que vous me dites.
La récompense la plus douce des fatigues, des dangers, des chances de
ce métier-ci se trouve dans l'estime du petit nombre d'hommes qu'on
apprécie.
Par ma lettre au directoire, vous verrez notre position. Si les
bataillons annoncés nous joignent à temps, il nous sera facile d'aller
jusqu'à Rome. Cependant, comme les opérations d'Allemagne peuvent
changer notre position d'un moment à l'autre, je crois qu'il serait bon
qu'on me laissât la faculté de conclure l'armistice avec Rome, ou d'y
aller: dans le premier cas, me prescrire les conditions de l'armistice;
dans le second, me dire ce que je dois y faire, car nos troupes ne
pourraient pas s'y maintenir long-temps. L'espace est immense, le
fanatisme très-grand, et la grande disproportion des distances rend les
hommes hardis.
Je serai, dès l'instant que les inondations seront finies, à Livourne et
à Bologne. Je recevrai là vos ordres, et si vous acceptez l'armistice
avec Rome, je le conclurai là.
Nous sommes bientôt en juillet, où toutes les marches nous vaudront deux
cents malades.
Il est arrivé un commissaire du directoire pour les contributions. Un
million est parti pour Bâle pour l'armée du Rhin.
Vous avez à Gênes huit millions, vous pouvez compter là-dessus.
Deux millions encore partaient pour Paris; mais le commissaire m'a
assuré que votre intention est que tout aille à Gênes.
Je mériterai votre estime; je vous prie de me continuer votre amitié, et
de me croire pour la vie, etc.