_P.S._ Parmi les lettres d'émigrés ci-jointes, vous en trouverez une
d'un prêtre qui écrit de Paris au cardinal de Zelada: quoiqu'il ne signe
pas, il sera facile de le connaître, puisqu'il dit avoir soupé avec le
général Dumuy la veille du départ de celui-ci. Une fois que le ministre
de la police connaîtra ce correspondant de monseigneur le cardinal,
il lui sera facile, en le faisant suivre pendant plusieurs jours, de
parvenir à en connaître d'autres. Vous y trouverez aussi le nom d'un
négociant de Lyon, qui fait passer des fonds aux émigrés.
Au quartier-général à Milan, le 5 prairial an 4 (24 mai 1796).
_Au citoyen Oriani._
Les sciences qui honorent l'esprit humain, les arts qui embellissent la
vie et transmettent les grandes actions à la postérité, doivent être
spécialement honorés dans les gouvernemens libres. Tous les hommes
de génie, et tous ceux qui ont obtenu un rang dans la république des
lettres, sont frères, quel que soit le pays qui les ait vus naître.
Les savans dans Milan n'y jouissaient pas de la considération qu'ils
devaient avoir. Retirés dans le fond de leurs laboratoires, ils
s'estimaient heureux que les rois et les prêtres voulussent bien ne pas
leur faire de mal. Il n'en est pas ainsi aujourd'hui, la pensée
est devenue libre dans l'Italie: il n'y a plus ni inquisition, ni
intolérance, ni despotes. J'invite les savans à se réunir et a me
proposer leurs vues sur les moyens qu'il y aurait à prendre, ou les
besoins qu'ils auraient pour donner aux sciences et aux beaux-arts une
nouvelle vie et une nouvelle existence. Tous ceux qui voudront aller en
France seront accueillis avec distinction par le gouvernement. Le peuple
français ajoute plus de prix à l'acquisition d'un savant mathématicien,
d'un peintre en réputation, d'un homme distingué, quel que soit l'état
qu'il professe, que de la ville la plus riche et la plus abondante.
Soyez donc, citoyen, l'organe de ces sentimens auprès des savans
distingués qui se trouvent dans le Milanais.