Au quartier-général de Carru, le 5 floréal an 4 (24 avril 1796).
_Le général en chef de l'armée d'Italie au général Colli, commandant en
chef l'armée du roi de Sardaigne._
Le directoire exécutif, monsieur, s'est réservé le droit de traiter de
la paix: il faut donc que les plénipotentiaires du roi votre maître
se rendent à Paris, ou attendent à Gènes les plénipotentiaires que le
gouvernement français pourrait y envoyer.
La position militaire et morale des deux armées rend toute suspension
pure et simple impossible. Quoique je sois en particulier convaincu que
le gouvernement accordera des conditions de paix honorables à votre
roi, je ne puis, sur des présomptions vagues, arrêter ma marche; il est
cependant un moyen de parvenir à votre but, conforme aux vrais intérêts
de votre cour, et qui épargnerait une effusion de sang inutile et dès
lors contraire à la raison et aux lois de la guerre, c'est de mettre
en mon pouvoir deux des trois forteresses de Coni, d'Alexandrie, de
Tortone, à votre choix: nous pourrons alors attendre, sans hostilités,
la fin des négociations qui pourraient s'entamer. Cette proposition est
très-modérée; les intérêts mutuels qui doivent exister entre le Piémont
et la république française me portent à désirer vivement de voir
s'éloigner de votre pays les malheurs de toute espèce qui le menacent.