Remontons donc vers une de nos suggestions antécédentes et concevons
les systèmes, concevons chaque soleil, avec ses planètes-satellites,
comme un simple atome titanique existant dans l'espace avec la
même inclination vers l'Unité, qui caractérisait, au commencement,
les véritables atomes après leur irradiation à travers la Sphère
universelle. De même que ces atomes originels se précipitaient
l'un vers l'autre selon des lignes généralement droites, de même
nous pouvons concevoir comme généralement rectilignes les chemins
qui conduisent les systèmes-atomes vers leurs centres respectifs
d'aggrégation;--et dans cette attraction directe, qui rassemble les
systèmes en groupes, et dans celle, analogue et simultanée, qui
rassemble les groupes eux-mêmes, à mesure que s'opère la consolidation,
nous trouvons enfin le grand Maintenant,--le terrible Présent,--la
condition actuellement existante de l'Univers.
Une analogie rationnelle peut nous aider à former une hypothèse
relativement à l'Avenir, encore plus effrayant. L'équilibre entre
les forces, centripète et centrifuge, de chaque système, étant
nécessairement détruit quand il arrive à se rapprocher, jusqu'à un
certain point, du noyau du groupe auquel il appartient, il en doit
résulter, un jour, une précipitation chaotique, ou telle en apparence,
des lunes sur les planètes, des planètes sur les soleils, et des
soleils sur les noyaux; et le résultat général de cette précipitation
doit être l'agglomération des myriades d'étoiles, existant actuellement
dans le firmament, en un nombre presque infiniment moindre de sphères
presque infiniment plus vastes. En devenant immensément moins nombreux,
les mondes de cette époque seront devenus immensément plus gros que
ceux de la notre. Alors, parmi d'incommensurables abîmes, brilleront
des soleils inimaginables. Mais tout cela ne sera qu'une magnificence
climatérique présageant la grande Fin. La nouvelle genèse indiquée ne
peut être qu'une des étapes vers cette Fin, un des ajournements encore
nombreux. Par ce travail d'agglomération, les groupes eux-mêmes, avec
une vitesse effroyablement croissante, se sont précipités vers leur
centre général,--et bientôt, avec une vélocité mille fois plus grande,
une vélocité électrique, proportionnée à leur grosseur matérielle et à
la véhémence spirituelle de leur appétit pour l'Unité, les majestueux
survivants de la race des Étoiles s'élancent enfin dans un commun
embrassement. Nous touchons enfin à la catastrophe inévitable.
Mais cette catastrophe, quelle peut-elle être? Nous avons vu
s'accomplir la conglomération, la moisson des mondes. Désormais,
devrons-nous considérer ce _globe des globes,_ ce _globe matériel
unique,_ comme constituant et remplissant l'Univers? Une telle idée
serait en contradiction complète avec toutes les propositions émises
dans ce Discours.
J'ai déjà parlé de cette absolue _réciprocité d'adaptation_ qui est
la grande caractéristique de l'Art divin,--qui est la signature
divine. Arrivé à ce point de nos réflexions, nous avons regardé
l'influence électrique comme une force répulsive qui seule rendait
la Matière capable d'exister dans cet état de diffusion nécessaire
à l'accomplissement de ses destinées;--là, en un mot, nous avons
considéré l'influence en question comme instituée pour le salut
de la Matière, pour sauvegarder les buts de toute matérialité.
Réciproquement, il nous est permis de considérer la Matière comme
créée seulement _pour le salut de cette influence,_ uniquement pour
sauvegarder le but et l'objet de cet Éther spirituel. Par le moyen,
par l'intermédiaire, par l'agence de la Matière et par la force de
son hétérogénéité, cet Éther a pu se manifester,--l'Esprit a été
_individualisé._ C'est uniquement dans le développement de cet Éther,
par l'hétérogénéité, que des masses particulières de Matière sont
devenues animées, sensibles, et en proportion de leur hétérogénéité;
quelques-unes atteignant un degré de sensibilité qui implique ce
que nous appelons _Pensée,_ et montant ainsi jusqu'à l'Intelligence
Consciente.
A ce point de vue, nous pouvons regarder la Matière comme un Moyen,
et non comme une Fin. Son utilité et son but étaient compris dans sa
diffusion, et, avec le retour vers l'Unité, sa destinée est accomplie.
Ce globe des globes absolument consolidé serait sans but et sans objet;
conséquemment il ne pourrait continuer à exister un seul instant. La
Matière, créée dans un but, ne peut incontestablement, ce but étant
rempli, être plus longtemps Matière. Efforçons-nous de comprendre
qu'elle aspire à disparaître, et que Dieu seul doit rester tout entier,
unique et complet.
Chaque œuvre née de la conception Divine doit coexister et coexpirer
avec le but qui lui est assigné; cela me semble évident, et je ne
doute pas que la plupart de mes lecteurs, en voyant l'_inutilité_ de
ce dernier globe de globes, acceptent ma conclusion: «Donc, il ne peut
pas continuer d'exister.» Cependant, comme l'idée saisissante de sa
disparition instantanée est de nature à ne pas être agréée facilement,
présentée d'une manière aussi radicalement abstraite, par l'esprit
même le plus vigoureux, appliquons-nous à la considérer d'un autre
point de vue un peu plus ordinaire;--examinons comment elle peut être
entièrement et magnifiquement corroborée par une considération _à
posteriori_ de la Matière, telle que nous la voyons actuellement.
J'ai déjà dit que, «l'Attraction et la Répulsion étant
incontestablement les seules propriétés par lesquelles la Matière se
manifeste à l'Esprit, nous avons le droit de supposer que la Matière
n'existe que comme Attraction et Répulsion;--en d'autres termes, que
l'Attraction et la Répulsion sont Matière; puisqu'il n'existe pas de
cas où nous ne puissions employer, ou le terme Matière, ou, ensemble,
les termes Attraction et Répulsion, comme expressions de logique
équivalentes et conséquemment convertibles.»
Or, la définition même de l'Attraction implique la particularité,
--l'existence de parties, de particules, d'atomes; car nous la
définissons ainsi: tendance de chaque atome vers chaque autre atome,
selon une certaine loi. Évidemment, là où il n'y a pas de parties, là
est l'absolue Unité; là où la tendance vers l'Unité est satisfaite, il
ne peut plus exister d'Attraction;--ceci a été parfaitement démontré,
et toute la Philosophie l'admet. Donc, quand, son but accompli, la
Matière sera revenue à sa condition première d'Unité,--condition
qui présuppose l'expulsion de l'Éther séparatif, dont la fonction
consiste simplement à maintenir les atomes à part les uns des autres
jusqu'au grand jour où, cet éther n'étant plus nécessaire, la pression
victorieuse de la collective et finale Attraction viendra prédominer
dans la mesure voulue pour l'expulser;--quand, dis-je, la Matière,
excluant l'Éther, sera retournée à l'Unité absolue, la Matière (pour
parler d'une manière paradoxale) existera alors sans Attraction et sans
Répulsion; en d'autres termes, la Matière sans la Matière, ou l'absence
de Matière. En plongeant dans l'Unité, elle plongera en même temps dans
ce _Non-Être_ qui, pour toute Perception Finie, doit être identique à
l'Unité,--dans ce Néant Matériel du fond duquel nous savons qu'elle a
été évoquée,--avec lequel seul elle a été _créée_ par la Volition de
Dieu.
Je répète donc: Efforçons-nous de comprendre que ce dernier globe,
fait de tous les globes, disparaîtra instantanément, et que Dieu seul
restera, tout entier, suprême résidu des choses.