L'imagination ainsi pleine de distances cosmiques, profitons de
l'occasion pour parler de la difficulté que nous avons si souvent
éprouvée, quand nous poursuivions le _chemin battu_ de la pensée
astronomique, à rendre compte de ces vides incommensurables,--à
expliquer pourquoi des gouffres, si totalement inoccupés et si
inutiles en apparence, se sont produits entre les étoiles,--entre
les groupes,--bref, à trouver une raison suffisante de l'échelle
titanique, sur laquelle, quant à l'espace seulement, l'Univers paraît
avoir été construit. J'affirme que l'Astronomie a fait visiblement
défaut dans cette question et n'a pas su attribuer à ce phénomène
une cause rationnelle;--mais les considérations qui, dans cet Essai,
nous ont conduit pas à pas, nous permettent de comprendre clairement
et immédiatement que _l'Espace et la Durée ne sont qu'un._ Pour que
l'Univers pût durer pendant une ère proportionnée à la grandeur
de ses parties matérielles constitutives et à la haute majesté de
ses destinées spirituelles, il était nécessaire que la diffusion
atomique originelle se fît dans une étendue aussi prodigieusement
vaste qu'elle pouvait l'être sans être infinie. Il fallait, en un
mot, que les étoiles passassent de l'état de nébulosité invisible à
l'état de solidité visible, et vieillissent en donnant successivement
la naissance et la mort à des variétés inexprimablement nombreuses et
complexes du développement de la vitalité;--il fallait que les étoiles
accomplissent tout cela, trouvassent le temps suffisant pour accomplir
toutes ces intentions divines, _durant la période_ dans laquelle toutes
choses vont effectuant leur retour vers l'Unité avec une vélocité
qui progresse en raison inverse des carrés des distances, au bout
desquelles est placé l'inévitable But.
Grâce à toutes ces considérations, nous n'avons aucune peine à
comprendre l'absolue exactitude de _l'appropriation_ divine. La densité
respective des étoiles augmente, naturellement, à mesure que leur
condensation diminue: la condensation et l'hétérogénéité marchent
de pair; et par cette dernière, qui est l'indice de la première,
nous pouvons estimer le développement vital et spirituel. Ainsi, par
la densité des globes, nous obtenons la mesure dans laquelle leurs
destinées sont remplies. A mesure qu'augmente la densité et que
s'accomplissent les intentions divines, à mesure que diminue ce qui
reste à accomplir, nous voyons augmenter, dans la même proportion,
la vitesse qui précipite les choses vers la Fin. Et ainsi l'esprit
philosophique comprendra sans peine que les intentions divines,
dans la constitution des étoiles, avancent mathématiquement vers
leur accomplissement;--il comprendra plus encore; il donnera à ce
progrès une expression mathématique; il affirmera que ce progrès est
en proportion inverse des carrés des distances où toutes les choses
créées se trouvent relativement à ce qui est à la fois le point de
départ et le but de leur création.
Non-seulement cette appropriation de Dieu est mathématiquement exacte,
mais il y a en elle une estampille divine, qui la distingue de tous
les ouvrages de construction purement humaine. Je veux parler de la
complète _réciprocité_ d'appropriation. Ainsi dans les constructions
humaines une cause particulière engendre un effet particulier; une
intention particulière amène un résultat particulier; mais c'est
tout; nous ne voyons pas de réciprocité. L'effet ne réagit pas sur la
cause; l'intention ne change pas son rapport avec l'objet. Dans les
combinaisons de Dieu, l'objet est tour à tour dessein ou objet, selon
la façon dont il nous plaît de le regarder, et nous pouvons prendre
en tout temps une cause pour un effet, et réciproquement, de sorte
que nous ne pouvons jamais, d'une manière absolue, distinguer l'un de
l'autre.
Prenons un exemple. Dans les climats polaires, la machine humaine, pour
maintenir sa chaleur animale, et pour la combustion dans le système
capillaire, réclame une abondante provision de nourriture fortement
azotée, telle que l'huile de poisson. D'autre part, nous voyons que
dans les climats polaires l'huile des nombreux phoques et baleines
est presque la seule nourriture que la nature fournisse à l'homme. Et
maintenant dirons-nous que l'huile est mise à la portée de l'homme
parce qu'elle est impérieusement réclamée, ou dirons-nous qu'elle
est la seule chose réclamée parce qu'elle est la seule qu'il puisse
obtenir? Il est impossible de décider la question. Il y a là une
absolue _réciprocité d'appropriation._
Le plaisir que nous tirons de toute manifestation du génie humain
est en raison du plus ou moins de _ressemblance_ avec cette espèce
de réciprocité. Ainsi, dans la construction du plan d'une fiction
littéraire, nous devrions nous efforcer d'arranger les incidents de
telle façon qu'il fût impossible de déterminer si un quelconque d'entre
eux dépend d'un autre quelconque ou lui sert d'appui. Prise dans ce
sens, _la perfection du plan_ est, dans la réalité, dans la pratique,
impossible à atteindre, simplement parce que la construction dont il
s'agit est l'œuvre d'une intelligence finie. Les plans de Dieu sont
parfaits. L'Univers est un plan de Dieu.
Nous sommes maintenant arrivés à un point où l'intelligence est forcée
de lutter contre sa propension à la déduction analogique, contre cette
monomanie qui la pousse à vouloir saisir l'infini. Nous avons vu les
lunes tourner autour des planètes; les planètes autour des étoiles;
et l'instinct poétique de l'humanité,--son instinct de la symétrie,
en tant que la symétrie ne soit qu'une symétrie de surface,--cet
instinct, que l'Ame non-seulement de l'Homme mais de tous les êtres
créés, a tiré au commencement de la base géométrique de l'irradiation
universelle,--nous pousse à imaginer une extension sans fin de ce
système de cycles. Fermant également nos yeux à la déduction et à
l'induction, nous nous obstinons à concevoir une révolution de tous
les corps qui composent lu Galaxie autour de quelque globe gigantesque
que nous intitulons pivot central du tout. On se figure chaque groupe,
dans le grand groupe de groupes, pourvu et construit d'une manière
similaire; et en même temps, pour que l'analogie soit complète et
ne fasse défaut en aucun point, on va jusqu'à concevoir tous ces
groupes eux-mêmes comme tournant autour de quelque sphère encore
plus auguste;--cette dernière à son tour, avec tous les groupes qui
lui forment une ceinture, on croit qu'elle n'est qu'un des membres
d'une série encore plus magnifique d'agglomérations, évoluant autour
d'un autre globe qui lui sert de centre,--quelque globe encore plus
ineffablement sublime, quelque globe, disons mieux, d'une infinie
sublimité, incessamment multipliée par l'infiniment sublime. Telles
sont les conditions, continuées à perpétuité, que la tyrannie d'une
fausse analogie impose à l'Imagination et que la Raison est invitée
à contempler, sans se montrer, s'il est possible, trop mécontente du
tableau. Tel est, en général, le système d'interminables révolutions
s'engendrant les unes les autres, que la Philosophie nous a habitués à
comprendre et à expliquer, en s'y prenant du moins aussi adroitement
qu'elle a pu. De temps à autre cependant, un véritable philosophe, dont
la frénésie prend un tour très-déterminé, dont le génie, pour parler
plus honnêtement, a, comme les blanchisseuses, l'habitude fortement
prononcée de ne couler les choses qu'à la douzaine, nous fait voir
le point précis, qui avait été perdu de vue, où s'arrête et où doit
nécessairement s'arrêter cette série de révolutions.
Les rêveries de Fourier ne valent peut-être pas la peine que nous nous
en moquions;--mais on a beaucoup parlé, dans ces derniers temps, de
l'hypothèse de Madler,--à savoir qu'il existe, au centre de la Galaxie,
un globe prodigieux, autour duquel tournent tous les systèmes du
groupe. La période de révolution pour notre propre système a même été
évaluée à 117 millions d'années.
On a longtemps soupçonné que notre Soleil opérait un mouvement dans
l'espace, indépendamment de sa rotation, et une révolution autour du
centre de gravité du système. Ce mouvement, en admettant qu'il existe,
devrait se manifester par la perspective. Les étoiles, dans cette
partie du firmament que nous sommes censés avoir laissée derrière
nous, devraient, pendant une longue série d'années, s'accumuler en
foule; celles comprises dans le côté opposé devraient avoir l'air de
s'éparpiller. Or, par l'histoire de l'Astronomie, nous apprenons d'une
manière vague que quelques-uns de ces phénomènes se sont manifestés.
A ce sujet on a déclaré que notre système se mouvait vers un point
du ciel diamétralement opposé à l'étoile Zêta Herculis;--mais c'est
là peut-être le maximum de ce que nous avons logiquement le droit de
conclure en cette matière. Madler, néanmoins, est allé jusqu'à désigner
une étoile particulière,--Alcyone, l'une des Pléiades,--comme marquant
juste, ou à peu de chose près, le point autour duquel s'accomplirait
une révolution générale.
Or, puisque c'est _l'analogie_ qui nous a tout d'abord entraînés vers
ces rêves, il est naturel et convenable de nous servir de la même
analogie pour en poursuivre le développement; et cette analogie qui
nous a suggéré l'idée de révolution nous suggère en même temps l'idée
d'un vaste globe central autour duquel elle devrait s'accomplir;
--jusque-là le raisonnement de l'astronome est logique. Dynamiquement,
il faudrait toutefois que cet astre central fût plus gros que tous
les astres réunis qui l'entourent. Or, ils sont au nombre de 100
millions environ. «Pourquoi donc», a-t-on demandé très-naturellement,
«ne voyons-nous pas ce vaste soleil central, au moins égal par sa
masse à 100 millions de soleils semblables au notre? Pourquoi ne le
voyons-nous pas, _nous_ particulièrement, qui occupons la région
moyenne du groupe,--le lieu même près duquel, en tout cas, doit être
situé cet astre incomparable?» On répondit prestement: «Il faut qu'il
soit non lumineux comme sont nos planètes.» Ici, pour s'accommoder
au but, l'analogie se laissait torturer. On pouvait dire: «Nous
savons qu'il existe positivement des soleils non lumineux, mais non
pas dans de telles conditions.» Il est vrai que nous avons quelque
raison d'en supposer de tels, mais nous n'avons certainement aucune
raison pour supposer qu'il y a des soleils non lumineux entourés
de soleils lumineux, ces derniers étant à leur tour environnés de
planètes non lumineuses; tout cela est précisément ce dont Madler est
sommé de trouver l'analogue dans les cieux; car il imagine tout cela
justement à propos de la Galaxie. En admettant que la chose soit telle
qu'il le dit, nous ne pouvons nous empêcher de penser combien cette
question: «Pourquoi les choses sont-elles ainsi?» serait cruellement
embarrassante pour les philosophes _à priori._
Mais si, en dépit de l'analogie et de toute autre raison, nous
reconnaissons la non-luminosité de ce grand astre central, nous
pouvons toujours demander comment ce globe si énorme n'est pas rendu
visible, grâce à cette effusion de lumière versée sur lui par les
100 millions de splendides soleils qui brillent dans tous les sens
autour de lui. Devant cette embarrassante question, l'idée d'un soleil
central positivement solide semble avoir été jusqu'à un certain point
abandonnée; et l'esprit spéculatif s'est contenté d'affirmer que les
systèmes du groupe accomplissaient leurs révolutions autour d'un
centre immatériel de gravité qui leur était commun à tous. Ici encore,
l'analogie a fait fausse route, pour se prêter à une théorie. Les
planètes de notre système tournent, il est vrai, autour d'un centre
commun de gravité; mais elles agissent ainsi conjointement avec un
soleil matériel qui les entraîne, et dont la masse fait plus que
contre-balancer le reste du système.
La circonférence mathématique est une courbe composée d'une infinité de
lignes droites. Mais cette idée de la circonférence, idée qui, au point
de vue de toute la géométrie ordinaire, n'en est que l'idée purement
mathématique, mise en opposition de l'idée pratique, est aussi, en
stricte réalité, la seule conception pratique que nous puissions
façonner à notre usage pour l'intelligence de cette circonférence
majestueuse à laquelle nous avons affaire, au moins en imagination,
quand nous supposons notre système tournant autour d'un point situé
au centre de la Galaxie. Que l'imagination la plus vigoureuse essaye
seulement de faire un pas, un seul, vers la compréhension d'une courbe
aussi inexprimable! Sans commettre un paradoxe, on pourrait dire
qu'un éclair même, qui suivrait éternellement la circonférence de cet
inexprimable cercle, ne ferait que parcourir éternellement une ligne
droite. Qu'en décrivant une telle orbite, notre Soleil pût selon une
appréciation humaine, dévier de la ligne droite à un degré quelconque,
si petit qu'on le suppose, c'est là une idée inadmissible; cependant
nous sommes priés de croire qu'une courbure est devenue apparente
pendant la très-courte période de notre histoire astronomique, durant
ce simple point, durant ce parfait néant de deux ou trois mille ans.
On pourrait dire que Madler a réellement vérifié une courbure dans
le sens de la marche, maintenant bien tracée, de notre système à
travers l'Espace. Admettant, s'il le faut, que ce fait soit réel, je
maintiens qu'il n'y a dans ce cas, qu'un seul fait démontré, c'est
la réalité d'une courbure. Pour l'_entière_ vérification du fait,
il faudrait des siècles, et quand même elle serait faite, elle ne
servirait qu'à indiquer un rapport binaire ou tout autre rapport
multiple quelconque entre notre Soleil et une ou plusieurs des étoiles
les plus rapprochées. Quoi qu'il en soit, je ne hasarde rien en
prédisant qu'après une période de plusieurs siècles, tous les efforts
pour déterminer la marche de notre Soleil à travers l'Espace seront
abandonnés comme vains et inutiles. Cela est facile à concevoir quand
nous considérons l'infinité de perturbations que cette marche doit
subir, par suite du changement perpétuel des rapports du Soleil avec
les autres astres, pendant ce rapprochement simultané de tous vers le
noyau de la Galaxie.
Mais, en examinant d'autres nébuleuses que la Voie Lactée, en
considérant dans leur généralité les groupes dont est parsemé le
firmament, trouvons-nous, oui ou non, une confirmation de l'hypothèse
de Madler? _Nous ne la trouvons pas._ Les formes des groupes sont
excessivement variées quand on les regarde accidentellement; mais par
un examen plus minutieux, à travers de puissants télescopes, nous
reconnaissons très-distinctement que la sphère est la forme dont ils se
rapprochent le plus,--leur constitution étant en général en désaccord
avec l'idée d'une révolution autour d'un centre commun.
«Il est difficile, dit sir John Herschell,--de former une conception
quelconque de l'état dynamique de tels systèmes. D'un côté, sans un
mouvement rotatoire et une force centrifuge, il est presque impossible
de ne pas les considérer comme soumis à une condition de _rapprochement
progressif;_ d'un autre côté, en admettant un tel mouvement et une
telle force, nous ne trouvons pas moins difficile de concilier leurs
formes avec la rotation de tout le système (il veut dire groupe) autour
d'un seul axe, sans lequel une collision intérieure nous apparaît comme
chose inévitable.»
Quelques observations sur les _nébuleuses,_ récemment faites par le
Docteur Nichol, quoique faites à un point de vue cosmique absolument
différent de tous ceux adoptés dans le présent Discours, s'appliquent
d'une manière très-particulière au point qui est actuellement en
question. Il dit:
«Quand nous dirigeons sur les nébuleuses nos plus grands télescopes,
nous voyons que celles que nous avions d'abord considérées comme
irrégulières ne le sont réellement pas; elles se rapprochent plutôt
de la forme d'un globe. Il y en a une qui semblait ovale; mais le
télescope de lord Rosse l'a transformée pour nous en un cercle...
Or, il se présente une très-remarquable circonstance relativement à
ces masses circulaires de nébuleuses qui semblent, par comparaison,
douées de mouvement. Nous découvrons qu'elles ne sont pas absolument
circulaires, mais que, bien au contraire, tout autour d'elles et de
tous côtés, il y a des colonnes d'étoiles, _qui semblent s'étendre au
loin comme si elles se précipitaient vers une grande masse centrale en
vertu de quelque énorme puissance_[1].»
Si j'avais à décrire, à ma guise, la condition actuelle nécessaire
des nébuleuses, dans l'hypothèse, suggérée par moi, que toute matière
s'achemine vers l'Unité originelle, je copierais simplement, et presque
mot à mot, le langage qu'a employé le Docteur Nichol sans soupçonner le
moins du monde cette prodigieuse vérité, qui est la clef de tous les
phénomènes relatifs aux nébuleuses.
Et qu'il me soit permis ici de fortifier ma position par le témoignage
de quelqu'un qui est plus grand que Madler,--de quelqu'un pour
qui toutes les données de Madler étaient depuis longtemps choses
familières, soigneusement et entièrement examinées. Relativement aux
calculs minutieux d'Argelander, lesquels forment la base de l'idée de
Madler, Humboldt, dont la faculté généralisatrice n'a peut-être jamais
été égalée, fait l'observation suivante:
«Quand nous considérons le mouvement propre, réel et non perspectif
des étoiles, _nous voyons plusieurs groupes marchant dans des
directions opposées;_ et les données que nous avons acquises jusqu'à
présent ne nous forcent pas à imaginer que les systèmes composant
la Voie Lactée, ou les groupes composant généralement l'Univers,
tournent autour de quelque centre inconnu, lumineux ou non lumineux.
Ce n'est que le désir propre à l'Homme de posséder une Cause Première
fondamentale, qui persuade à son intelligence et à son imagination
d'adopter une telle hypothèse.»
Le phénomène dont il est ici question, c'est-à-dire de _plusieurs
groupes se dirigeant dans des sens opposés,_ est tout à fait
inexplicable dans l'hypothèse de Madler, mais surgit comme conséquence
nécessaire de l'idée qui forme la base de ce Discours. En même temps
que la direction purement générale de chaque atome, de chaque lune,
planète, étoile ou groupe, serait, dans mon hypothèse, absolument
rectiligne; en même temps que la route générale suivie par tous
les corps serait une ligne droite conduisant au centre de tout, il
est clair que cette direction rectiligne serait composée de ce que
nous pouvons appeler, sans exagération, une infinité de courbes
particulières, résultat des différences continuelles de position
relative parmi ces masses innombrables, à mesure que chacune progresse
dans son pèlerinage vers l'Unité finale.
Je citais tout à l'heure le passage suivant de sir John Herschell,
appliqué aux groupes: «D'un côté, sans un mouvement rotatoire et une
force centrifuge, il est presque impossible de ne pas les considérer
comme soumis à une condition de _rapprochement progressif.»_ Le fait
est qu'en examinant les nébuleuses avec un télescope très-puissant,
il est absolument impossible, quand une fois on a conçu cette idée de
rapprochement, de ne pas ramasser de tous les côtés des témoignages
qui la confirment. Il y a toujours un noyau apparent dans la direction
duquel les étoiles semblent se précipiter, et ces noyaux ne peuvent pas
être pris pour de purs phénomènes de perspective;--les groupes sont
réellement plus denses vers le centre, plus clairs vers les régions
extrêmes. En un mot, nous voyons toutes choses comme nous les verrions
si un rapprochement universel avait lieu; mais, en général, je crois
que s'il est naturel, quand nous examinons ces groupes, d'accueillir
_l'idée d'un mouvement orbitaire autour d'un centre,_ ce n'est qu'à
la condition d'admettre l'existence _possible,_ dans les domaines
lointains de l'espace, de lois dynamiques qui nous seraient totalement
inconnues.
De la part d'Herschell, il y a évidemment répugnance à supposer que les
nébuleuses soient dans un état de rapprochement progressif. Mais si les
faits, si même les apparences justifient cette supposition, pourquoi,
demandera-t-on peut-être, répugne-t-il à l'admettre? Simplement à cause
d'un préjugé; simplement parce que cette supposition contredit une idée
préconçue et absolument sans base,--celle de l'étendue infinie et de
l'éternelle stabilité de l'Univers.
[Footnote 1: On doit comprendre que ce que je nie spécialement dans
l'Hypothèse de Madler, c'est la partie qui concerne le mouvement
circulaire. S'il n'existe pas _maintenant_ dans notre groupe un grand
globe central, naturellement il en existera un plus tard. Dans quelque
temps qu'il existe, il sera simplement le _noyau_ de la consolidation.]