Que fallait-il donc faire, et que peut-on faire encore? Il fallait

persister dans la première mesure, puisque le salut de l'Etat

l'exigeait, et que le voeu de la nation la réclamait, puisque la

conduite contraire compromettait la liberté et l'autorité des

représentants. Il fallait maintenir la Constitution, qui refuse

formellement au pouvoir exécutif le droit d'anéantir d'une manière

absolue les décrets du Corps législatif, et surtout de lui ôter le

pouvoir de sauver l'Etat. A qui appartient-il de défendre les principes

de la Constitution attaqués? Quel en est l'interprète légitime, si ce

ne sont les représentants du peuple, à moins qu'on n'aime mieux dire

que c'est le peuple lui-même? Or, je pense que les intrigants de la

cour et tous les ennemis du peuple n'aimeraient pas mieux son tribunal

que celui de ses délégués. Le Corps législatif pouvait donc, il devait

déclarer le _veto_ contraire au salut du peuple et à la Constitution.

Ce coup de vigueur eût étourdi la cour; il eût déconcerté la ligue de

nos ennemis, et épouvanté tous les tyrans. Vous auriez vu ceux qui

veulent entraîner dans le même précipice et le peuple et le monarque,

perdre aussi toute leur audace et toutes leurs ressources, qui ne sont

fondées que sur l'influence de leur parti dans l'Assemblée nationale;

ils n'auraient osé tenter contre elle une lutte inutile et terrible;

ou, s'ils l'avaient osé, le voeu public hautement prononcé, l'intérêt

public, l'indignation qu'inspirait l'audace des rebelles, et la

protection qui leur était donnée, le génie de la nation enfin éveillé

dans cette occasion heureuse, par la vertu des représentants autant que

par l'intérêt suprême du salut public, aurait assuré la victoire à

l'Assemblée nationale, et cette victoire eût été celle de la raison et

de la liberté: c'était là une de ces occasions uniques dans l'histoire

des révolutions que la Providence présente aux hommes, et qu'ils ne

peuvent négliger impunément; puisque enfin il faut que tôt ou tard le

combat s'engage entre la cour et l'Assemblée nationale, ou plutôt

puisque dès longtemps il s'est engagé entre l'une et l'autre un combat

à mort, il fallait saisir ce moment; alors nous n'aurions pas eu à

craindre de voir le pouvoir exécutif avilir et maîtriser nos

représentants, les condamner à une honteuse inaction, ou ne leur délier

les mains que pour augmenter sa puissance, et favoriser ses vues

secrètes; dès lors nous n'aurions pas été menacés du malheur de voir

tous les efforts du patriotisme échouer contre la puissance active de

l'intrigue, et contre la force d'inertie, de l'ignorance, de la

faiblesse et de la lâcheté.

Ce qu'on a pu faire alors, peut-on le faire encore? Peut-être avec

moins d'avantage et de facilité: ce n'est pas que les représentants du

peuple n'aient toujours le droit de le sauver; ce n'est pas qu'ils

puissent jamais renoncer à ce droit; ce n'est pas que je ne pense

encore qu'ils ont assez de crédit auprès de lui pour lui faire

connaître son véritable intérêt, quand c'est de bonne foi qu'ils le

défendent, et même que le bon sens du peuple éclairé par cet intérêt

sacré n'aille quelquefois plus loin à cet égard que la sagacité même de

ses représentants; je pense même que l'opinion publique sur les causes

et sur le but de la guerre proposée s'est déjà assez clairement

manifestée pour faire pressentir que le peuple désire de voir

l'Assemblée nationale revenir à une résolution plus utile à ses

intérêts, et moins favorable aux projets criminels de ses ennemis.

Cependant je ne me dissimule pas que ce parti pourrait rencontrer des

difficultés d'un autre genre; que les hommes reviennent difficilement

sur leurs premières démarches; que quelquefois même, à force d'avoir

raison, on devient insupportable et presque suspect; et qu'en demeurant

toujours invariablement attaché à la vérité et aux seuls principes qui

puissent sauver la patrie, on s'expose aux attaques de tous les sages,

de tous les modérés, de tous ces mortels privilégiés qui savent

concilier la vérité avec le mensonge, la liberté avec la tyrannie, le

vice avec la vertu.

Je me garderai donc bien de proposer ce parti sévère, de déployer cette

raideur inflexible; je transige, je demande à capituler.

Je ne m'occuperai donc pas de ce _veto_ lancé, au nom du roi, par des

hommes qui se soucient fort peu du roi, mais qui détestent le peuple,

et voudraient se baigner dans le sang des patriotes, pour régner...

Mais je dis que dans la position où ce _veto_ et les faits qui l'ont

suivi ont mis l'Assemblée nationale et la nation, il ne reste plus

qu'un moyen de salut paisible et constitutionnel; c'est que l'Assemblée

législative reprenne un caractère d'autant plus imposant qu'elle a

jusqu'ici laissé plus d'avantages aux ministres et à leurs valets;

c'est qu'elle comprenne que ses ennemis, comme ceux du peuple, sont les

ennemis de l'égalité; que le seul ami, le seul soutien de la liberté,

c'est le peuple; c'est qu'elle soit fière et inexorable pour les

ministres et pour la cour, sensible et respectueuse pour le peuple;

c'est qu'elle se hâte de porter les lois que sollicite l'intérêt des

citoyens les plus malheureux, et que repoussent l'orgueil et la

cupidité de ceux que l'on appelait grands; c'est qu'elle se hâte de

faire droit sur les plaintes du peuple, que l'Assemblée constituante a

trop négligées; c'est qu'elle oppose au pouvoir de l'intrigue, de l'or,

de la force, de la corruption, la puissance de la justice, de

l'humanité, de la vertu; c'est qu'elle use des moyens immenses qui sont

entre ses mains de remonter l'esprit public et la chaleur du

patriotisme au degré des premiers jours où la liberté fut conquise pour

un moment, l'esprit public sans lequel la liberté n'est qu'un mot, avec

lequel toutes les puissances étrangères et intérieures viendront se

briser contre les bases de la Constitution française. Je ne citerai

qu'un exemple: on travaille votre armée; si vous êtes là-dessus dans

une profonde sécurité, si tout ce qui se passe depuis quelque temps, si

les voyages mêmes et les cajoleries de votre nouveau ministre ne vous

sont pas suspectes, vous vous trompez cruellement; on lui donne des

chefs propres à la ramener aux vils sentiments du royalisme et de

l'idolâtrie, sous les spécieux prétextes de l'ordre, de l'honneur et de

la monarchie. Eh bien! déployez votre autorité législative, pour rendre

aux soldats des avantages que les principes de la Constitution,

d'accord avec la discipline militaire, leur assuraient, et que

l'intérêt des patriciens militaires de l'Assemblée constituante leur a

ravis; consultez le code militaire et vos principes, et l'armée est au

peuple et à vous... Je n'en dirai pas davantage... On sait assez, sans

que je le dise, par quels moyens les représentants du peuple peuvent le

servir, l'honorer, l'élever à la hauteur de la liberté, et forcer

l'orgueil et tous les vices à baisser devant lui un front respectueux.

Chacun sent que si l'Assemblée nationale déploie ce caractère, nous

n'aurons plus d'ennemis. Ce serait donc en vain que mes adversaires

voudraient rejeter ces moyens-là, sous le prétexte qu'ils seraient trop

simples, trop généreux: on ne se dispense pas de remplir un devoir

sacré, en cherchant à donner à la place un supplément illusoire et

pernicieux. Lorsqu'un malade capricieux refuse un remède salutaire, et

puis un autre, et qu'il dit: "je veux guérir avec du poison", s'il

meurt, ce n'est point au remède qu'il faut s'en prendre, c'est au

malade. Que, réveillé, encouragé par l'énergie de ses représentants, le

peuple reprenne cette attitude qui fit un moment trembler tous ses

oppresseurs; domptons nos ennemis du dedans; guerre aux conspirateurs

et au despotisme, et ensuite marchons à Léopold; marchons à tous les

tyrans de la terre: c'est à cette condition qu'un nouvel orateur, qui,

à la dernière séance, a soutenu mes principes, en prétendant qu'il les

combattait, a demandé la guerre; c'est à cette condition, et non au cri

de guerre et aux lieux communs sur la guerre, dès longtemps appréciés

par cette Assemblée, qu'il a dû les applaudissements dont il a été

honoré.

C'est à cette condition que moi-même je demande à grands cris la

guerre. Que dis-je? Je vais bien plus loin que mes adversaires

eux-mêmes; car si cette condition n'est pas remplie, je demande encore

la guerre; je la demande, non comme un acte de sagesse, non comme une

résolution raisonnable, mais comme la ressource du désespoir; je la

demande à une autre condition, qui, sans doute, est convenue entre

nous; car je ne pense pas que les avocats de la guerre aient voulu nous

tromper; je la demande telle qu'ils nous la dépeignent; je la demande

telle que le génie de la liberté la déclarerait, telle que le peuple

français la ferait lui-même, et non telle que de vils intrigants

pourraient la désirer et telle que des ministres et des généraux, même

patriotes, pourraient nous la faire.

Français! hommes du 14 juillet, qui sûtes conquérir la liberté sans

guide et sans maître, venez, formons cette armée qui doit affranchir

l'univers. Où est-il le général, qui, imperturbable défenseur des

droits du peuple, éternel ennemi des tyrans, ne respira jamais l'air

empoisonné des cours, dont la vertu austère est attestée par la haine

et par la disgrâce de la cour, ce général, dont les mains, pures du

sang innocent et des dons honteux du despotisme, sont dignes de porter

devant nous l'étendard sacré de la liberté? Où est-il, ce nouveau

Caton, ce troisième Brutus, ce héros encore inconnu? Qu'il se

reconnaisse à ces traits; qu'il vienne; mettons-le à notre tête... Où

est-il? Où sont-ils ces héros, qui, au 14 juillet, trompant l'espoir

des tyrans, déposèrent leurs armes aux pieds de la patrie alarmée?

Soldats de Château-Vieux, approchez, venez guider nos efforts

victorieux... Où êtes-vous?... Hélas! on arracherait plutôt sa proie à

la mort, qu'au despotisme ses victimes! Citoyens, qui, les premiers,

signalâtes votre courage devant les murs de la Bastille, venez, la

patrie, la liberté vous appelle aux premiers rangs. Hélas! on ne vous

trouve nulle part; la misère, la persécution, la haine de nos despotes

nouveaux vous a dispersés. Venez, du moins, soldats de tous ces corps

immortels qui ont déployé le plus ardent amour pour la cause du peuple.

Quoi! le despotisme que vous aviez vaincu vous a punis de votre civisme

et de votre victoire; quoi! frappés de cent mille ordres arbitraires et

impies, cent mille soldats, l'espoir de la liberté, sans vengeance,

sans état et sans pain, expient le tort d'avoir trahi le crime pour

servir la vertu! Vous ne combattez pas non plus avec nous, citoyens,

victimes d'une loi sanguinaire, qui parut trop douce encore à tous ces

tyrans qui se dispensèrent de l'observer pour vous égorger plus

promptement. Ah! qu'avaient fait ces femmes, ces enfants massacrés? Les

criminels tout-puissants ont-ils peur aussi des femmes et des enfants?

Citoyens du Comtat, de cette cité malheureuse, qui crut qu'on pouvait

impunément réclamer le droit d'être Français et libres; vous qui

pérîtes sous les coups des assassins, outragés par nos tyrans; vous qui

languissez dans les fers où ils vous ont plongés, vous ne viendrez

point avec nous: vous ne viendrez pas non plus, citoyens infortunés et

vertueux, qui dans tant de provinces avez succombé sous les coups du

fanatisme, de l'aristocratie et de la perfidie! Ah! Dieu! que de

victimes, et toujours dans le peuple, toujours parmi les plus généreux

patriotes, quand les conspirateurs puissants respirent et triomphent!

Venez au moins, gardes nationales qui vous êtes spécialement dévouées à

la défense de nos frontières dans cette guerre dont une cour perfide

nous menace, venez. Quoi! vous n'êtes point encore armés? Quoi! depuis

deux ans vous demandez des armes, et vous n'en avez pas? Que dis-je? On

vous a refusé des habits, on vous condamne à errer sans but, de

contrées en contrées, objet des mépris du ministère et de la risée des

patriciens insolents qui vous passent en revue, pour jouir de votre

détresse. N'importe, venez; nous confondrons nos fortunes pour vous

acheter des armes; nous combattrons tout nus, comme les Américains...

venez. Mais attendrons-nous, pour renverser les trônes des despotes de

l'Europe, attendrons-nous les ordres du bureau de la guerre?

Consulterons-nous, pour cette noble entreprise, le génie de la liberté

ou l'esprit de la cour? Serons-nous guidés par ces mêmes patriciens,

ses éternels favoris, dans la guerre déclarée au milieu de nous, entre

la noblesse et le peuple? Non. Marchons nous-mêmes à Léopold; ne

prenons conseil que de nous-mêmes. Mais, quoi! voilà tous les orateurs

de la guerre qui m'arrêtent; voilà M. Brissot qui me dit qu'il faut que

M. _le comte de Narbonne_ conduise toute cette affaire; qu'il faut

marcher sous les ordres de M. _le marquis de la Fayette_... que c'est

au pouvoir exécutif qu'il appartient de mener la nation à la victoire

et à la liberté. Ah! Français! ce seul mot a rompu tout le charme; il

anéantit tous mes projets. Adieu la liberté des peuples! Si tous les

sceptres des princes d'Allemagne sont brisés, ce ne sera point par de

telles mains. L'Espagne sera quelque temps encore l'esclave de la

superstition, du royalisme et des préjugés; le Stathouder et sa femme

ne sont point encore détrônés; Léopold continuera d'être le tyran de

l'Autriche, du Milanais, de la Toscane, et nous ne verrons point de

sitôt Caton et Cicéron remplacer au conclave le pape et les cardinaux.

Je le dis avec franchise: si la guerre, telle que je l'ai présentée,

est impraticable, si c'est la guerre de la cour, des ministres, des

patriciens, des intrigants, qu'il nous faut accepter, loin de croire à

la liberté universelle, je ne crois pas même à la vôtre; et tout ce que

nous pouvons faire de plus sage, c'est de la défendre contre la

perfidie des ennemis intérieurs, qui vous bercent de ces douces

illusions.

Je me résume donc froidement et tristement. J'ai prouvé que la guerre

n'était entre les mains du pouvoir exécutif qu'un moyen de renverser la

Constitution, que le dénouement d'une trame profonde, ourdie pour

perdre la liberté. Favoriser ce projet de la guerre, sous quelque

prétexte que ce soit, c'est donc mal servir la cause de la liberté.

Tout le patriotisme du monde, tous les lieux communs de politique et de

morale, ne changeront point la nature des choses, ni le résultat

nécessaire de la démarche qu'on propose. Prêcher la confiance dans les

intentions du pouvoir exécutif, justifier ses agents, appeler la faveur

publique sur ses généraux, représenter la défiance _comme un état

affreux_, ou comme un moyen de _troubler le concert de deux pouvoirs et

l'ordre public_, c'était donc ôter à la liberté sa dernière ressource,

la vigilance et l'énergie de la nation. J'ai dû combattre ce système;

je l'ai fait; je n'ai voulu nuire à personne; j'ai voulu servir ma

patrie en réfutant une opinion dangereuse; je l'aurais combattue de

même, si elle eût été proposée par l'être qui m'est le plus cher.

Dans l'horrible situation où nous ont conduits le despotisme, la

faiblesse, la légèreté et l'intrigue, je ne prends conseil que de mon

coeur et de ma conscience; je ne veux avoir d'égards que pour la

vérité, de condescendance que pour l'infortune, de respect que pour le

peuple. Je sais que des patriotes ont blâmé la franchise avec laquelle

j'ai présenté le tableau décourageant, à ce qu'ils prétendent, de notre

situation. Je ne me dissimule pas la nature de ma faute. La vérité

n'a-t-elle pas déjà trop de torts d'être la vérité? Comment lui

pardonner, lorsqu'elle vient, sous des formes austères, en nous

enlevant d'agréables erreurs, nous reprocher tacitement l'incrédulité

fatale avec laquelle on l'a trop longtemps repoussée? Est-ce pour

s'inquiéter et pour s'affliger qu'on embrasse la cause du patriotisme

et de la liberté? Pourvu que le sommeil soit doux et non interrompu,

qu'importe qu'on se réveille au bruit des chaînes de sa patrie, ou dans

le calme plus affreux de la servitude? Ne troublons donc pas le

quiétisme politique de ces heureux patriotes; mais qu'ils apprennent

que, sans perdre la tête, nous pouvons mesurer toute la profondeur de

l'abîme. Arborons la devise du palatin de Posnanie; elle est sacrée,

elle nous convient: _Je préfère les orages de la liberté au repos de

l'esclavage_. Prouvons aux tyrans de la terre que la grandeur des

dangers ne fait que redoubler notre énergie, et qu'à quelque degré que

montent leur audace et leurs forfaits, le courage des hommes libres

s'élève encore plus haut. Qu'il se forme contre la vérité des ligues

nouvelles, elles disparaîtront; la vérité aura seulement une plus

grande multitude d'insectes à écraser sous sa massue. Si le moment de

la liberté n'était pas encore arrivé, nous aurions le courage patient

de l'attendre; si celte génération n'était destinée qu'à s'agiter dans

la fange des vices où le despotisme l'a plongée; si le théâtre de notre

révolution ne devait montrer aux yeux de l'univers que les préjugés aux

prises avec les préjugés, les passions avec les passions, l'orgueil

avec l'orgueil, l'égoïsme avec l'égoïsme, la perfidie avec la perfidie,

la génération naissante, plus pure, plus fidèle aux lois sacrées de la

nature, commencera à purifier cette terre souillée par le crime; elle

apportera, non la paix du despotisme, ni les honteuses agitations de

l'intrigue, mais le feu sacré de la liberté, et le glaive exterminateur

des tyrans; c'est elle qui relèvera le trône du peuple, dressera des

autels à la vertu, brisera le piédestal du charlatanisme, et renversera

tous les monuments du vice et de la servitude. Doux et tendre espoir de

l'humanité, postérité naissante, tu ne nous es point étrangère; c'est

pour toi que nous affrontons tous les coups de la tyrannie; c'est ton

bonheur qui est le prix de nos pénibles combats: découragés souvent par

les objets qui nous environnent, nous sentons le besoin de nous élancer

dans ton sein; c'est à toi que nous confions le soin d'achever notre

ouvrage, et la destinée de toutes les générations d'hommes qui doivent

sortir du néant! Que le mensonge et le vice s'écartent à ton aspect;

que les premières leçons de l'amour maternel te préparent aux vertus

des hommes libres; qu'au lieu des chants empoisonnés de la volupté,

retentissent à tes oreilles les cris touchants et terribles des

victimes du despotisme; que les noms des martyrs de la liberté occupent

dans ta mémoire la place qu'avaient usurpée dans la nôtre ceux des

héros de l'imposture et de l'aristocratie; que tes premiers spectacles

soient le champ de la fédération inondé du sang des plus vertueux

citoyens; que ton imagination ardente et sensible erre au milieu des

cadavres des soldats de Château-Vieux, sur ces galères horribles où le

despotisme s'obstine à retenir les malheureux que réclament le peuple

et la liberté; que ta première passion soit le mépris des traîtres et

la haine des tyrans; que ta devise soit: Protection, amour,

bienveillance pour les malheureux, guerre éternelle aux oppresseurs!

Postérité naissante, hâte-toi de croître et d'amener les jours de

l'égalité, de la justice et du bonheur!

* * * * * * * * *

Discours par Maximilien Robespierre — 5 Fevrier 1791-11 Janvier 1792 · 第 11 / 11 段