Orchies[181] et plus de quarante villages ou hameaux des environs,
Landas[182], Lecelles[183], Haubourdin[184], Seclin[185], Ronchin[186],
la ville et l'abbaye de Cysoing[187], Bachy[188], Marchiennes[189],
les bords de la rivière de Scarp jusqu'au château de Rieulay[190], en
Hainaut; il pousse ses incursions jusqu'au Pont-à-Raches[191] à une
lieue de Douai et jusqu'aux faubourgs de Lens[192] en Artois. P. 46,
232 et 233.
[181] Nord, arr. Douai.
[182] Nord, arr. Douai, c. Orchies.
[183] Nord, arr. Valenciennes, c. Saint-Amand-les-Eaux.
[184] Nord, arr. Lille.
[185] Nord, arr. Lille. Par acte daté du Moncel lez
Pont-Sainte-Maxence en octobre 1340, Philippe de Valois donne aux
religieux, frères et sœurs de l'hôpital de Notre-Dame _emprès
Seclin «tant pour leurs maisons qui ont esté arses et leurs biens
gastez par noz anemis_, comme pour certaines autres causes, trois
muis de blé, deux muis d'aveine et douze solz parisis ou environ
de rente annuelle, en quoy le dit hospital estoit tenuz à nous
par an.» Arch. de l'Empire, sect. hist., JJ73, p. 39, fo 32 vo.
[186] Nord, arr. et c. Lille.
[187] Nord, arr. de Lille, sur la Marcq. Abbaye d'hommes de
l'ordre de Saint-Augustin, au diocèse de Tournay.
[188] Nord, arr. Lille, c. Cysoing.
[189] Nord, arr. Douai.
[190] Nord, arr. Douai, c. Marchiennes.
[191] Raches ou Pont-à-Raches, Nord, arr. et c. Douai.
[192] Pas-de-Calais, arr. Béthune.
Combat sur l'Escaut entre les Flamands et les Français montés les uns
et les autres sur des barques; les Flamands sont repoussés par les
assiégés. P. 46, 47, 233, 234.
Durant ce même siége de Tournay, les Français de la garnison de
Saint-Amand pillent et brûlent le village et l'abbaye d'Hasnon[193];
ils traversent les bois de Raismes, mettent le feu à l'hôtel du
Pourcelet et attaquent l'abbaye de Vicoigne[194], dont l'abbé nommé
Godefroi[195] parvient à repousser les agresseurs. Pour remercier les
arbalétriers de Valenciennes qui sont accourus à son secours sous les
ordres de Jean de Baissi, prévôt de la ville, l'abbé de Vicoigne leur
fait boire un tonneau de vin; et dans la crainte d'une nouvelle
surprise, il fait couper les bois qui entourent son abbaye et creuser
de profonds et larges fossés. P. 47, 48, 234, 235.
[193] Nord, arr. Valenciennes, c. Saint-Amand. Abbaye de
Bénédictins au diocèse d'Arras.
[194] Vicoigne, aujourd'hui hameau de la commune de Raismes,
Nord, arr. Valenciennes. Abbaye de l'ordre de Prémontré au
diocèse d'Arras.
[195] L'abbé Godefroi, dont il est ici question, est Godefroi II
de Bavai, né à Cambrai, promu abbé en 1312, mort en 1344. Une
épitaphe rapportée dans le _Gallia christiana_ célèbre le courage
de l'abbé Godefroi.
«Pendant le siége de Tournay, dit Froissart, il survint plusieurs
grands faits d'armes, non-seulement en France, mais encore en Gascogne
et en Écosse, qui ne doivent pas être mis en oubli, car selon la
promesse que j'ai faite à mon seigneur et maître en commençant cet
ouvrage, je consignerai toutes les belles actions qui viendront à ma
connaissance, quoique Jean le Bel ne les ait pas mentionnées dans ses
Chroniques. Mais un homme ne peut tout savoir, et ces guerres étaient
si grandes, si dures et si enracinées de tous côtés, qu'il est facile
d'en oublier quelque chose si l'on n'y prend bien garde.» P. 235, 236.
Le comte de l'Isle[196] est en Gascogne comme un petit roi de France et
fait une guerre acharnée aux Gascons du parti anglais. Les principaux
chevaliers du parti français sont avec le comte de l'Isle, les comtes
de Comminges[197] et de Périgord[198], les vicomtes de Villemur[199],
de Tallard[200], de Bruniquel, de Caraman[201] et de _Murendon_[202];
l'effectif de leurs forces s'élève à six mille chevaux et dix
mille fantassins. Les Français prennent Bergerac, Condom,
Sainte-Bazeille[203], Penne[204], Langon[205], _Prudaire_, Civrac[206];
ils assiégent la Réole. Après une belle défense, Jean le Bouteiller,
capitaine de la ville pour le roi d'Angleterre, rend la Réole[207] au
comte de l'Isle qui confie la garde de cette place à un chevalier
gascon nommé _Raymond Segui_. Une fois maîtres de la Réole, les
Français mettent le siége devant Auberoche[208], dont la garnison a
pour chef Hélie de Pommiers. P. 48, 236 et 237.
[196] Bernard Jourdain, sire de Lille (auj.
l'Isle-en-Jourdain-Gers, Gers, arr. Lombez.)
[197] Pierre Raymond Ier, comte de Comminges.
[198] Roger Bernard, comte de Périgord.
[199] Arnaud de la Vie, sire de Villemur.
[200] Jean de la Baume, vicomte de Tallard.
[201] Arnaud d'Euze, vicomte de Caraman.
[202] Peut-être Amauri, vicomte de Lautrec, seigneur de
Montredon.
[203] Lot-et-Garonne, arr. et c. Marmande.
[204] Lot-et-Garonne, arr. Villeneuve-sur-Lot.
[205] Gironde, arr. Bazas.
[206] Civrac-de-Dordogne, Gironde, arr. Libourne, c. Pujols.
[207] La Réole était au pouvoir du roi de France dès 1339. Le 6
janvier de cette année, Jean, roi de Bohême, lieutenant du roi en
langue d'oc, accorde aux consuls et habitants de la Réole,
contrairement à la coutume de Bazas, en récompense de leur
fidélité, le privilége de pouvoir disposer par testament de leurs
biens immeubles. Arch. de l'Empire, sect. hist., JJ73, p. 227, fo
179.--En 1341, Thibaud de Barbazan, écuyer banneret, était
capitaine, et Guillaume de la Baume, chevalier banneret,
châtelain de la Réole avec 10 écuyers. De Camps, 83, fo 288 vo.
[208] Aujourd'hui hameau de la commune du Change, Dordogne, arr.
Périgueux, c. Savignac-les-Églises.
CHAPITRE XXXIX.
1340. GUERRE EN ÉCOSSE (§ 123).
Les Écossais prennent les armes sous les ordres de Guillaume de
Douglas, des comtes de Murray, Patrick et de Sutherland, de Robert de
Vescy, de Simon Fraser et d'Alexandre de Ramsay.--Pendant que le roi
d'Angleterre assiége Tournay, et à l'instigation du roi de France, les
Écossais portent le ravage dans le Northumberland et l'évêché de
Durham; ils reconquièrent toutes les forteresses occupées par les
Anglais, à l'exception de Bervick, de Stirling, de Roxburgh et
d'Édimbourg. P. 49, 50, 237 à 239.
Guillaume de Douglas s'empare du château d'Edimbourg par surprise. P.
51 à 54.
Reddition aux Écossais de Dalkeith, de Dumbar, de Dundee, de
Dumfermline; siége de Stirling. P. 54, 239 à 241.
CHAPITRE XL.
1340. ARRIVÉE DU ROI DE FRANCE ET DE SON ARMÉE AU PONT DE BOUVINES
CONTRE ÉDOUARD III ET SES ALLIÉS[209] (§§ 124 à 126).
[209] Cf. Jean le Bel, chap. XXXVIII, t. I, p. 181 à 186.
Le roi d'Angleterre assiége toujours Tournay avec une armée de plus de
cent mille hommes, y compris les Flamands. Les assiégés, menacés de
famine, font sortir les plus pauvres habitants de la ville, hommes et
femmes. P. 54 et 241.
Philippe de Valois convoque à Arras une grande armée pour marcher au
secours des habitants de Tournay.--Noms des principaux princes et
seigneurs, tant français qu'étrangers[210], qui se rendent à l'appel du
roi de France. P. 55, 241 et 242.
[210] Voici, d'après les montres, la liste des batailles dont se
composa l'host de Bouvines du 9 mars au 1er octobre 1340:
bataille de Raoul, comte d'Eu, connétable de France;--bataille de
Robert Bertran et de Mathieu de Trie, maréchaux de
France;--bataille de Louis, comte de Flandre, de Nevers et de
Réthel;--bataille d'Eude, duc de Bourgogne, comte d'Artois et
comte palatin de Bourgogne, sire de Salins;--bataille du duc de
Normandie, lieutenant du roi de France;--bataille du roi de
Navarre;--bataille du comte d'Alençon;--bataille de Jean, comte
d'Armagnac;--bataille de Gaston, comte de Foix;--bataille d'Amé,
comte de Savoie;--bataille d'Adolphe, évêque de Liége;--bataille
du roi de France. De Camps, portef. 83, fos 316 à 406.
Arrivée du roi de France[211] et de son armée sur les bords d'une
petite rivière (la Marcq)[212], située à peu de distance de Tournay,
entre les ponts de Bouvines[213] et de Tressin[214]. P. 56 et 242.
[211] Philippe de Valois convoqua ses gens d'armes à Arras en
juillet 1340 (De Camps, 83, fo 296), et les congédia le 27
septembre de la même année (Ibid., fo 346); il était près du
prieuré de Saint-André (auj. Saint-André, Nord, arr. et c. Lille)
le 30 juillet, date de sa réponse à une provocation qui lui avait
été adressée le 26 juillet par Édouard III de Chin-lez-Tournay
(auj. hameau de Romegnies-Chin, Belgique, à 6 kil. de Tournay).
Voyez Rymer, _Fœdera_, t. II, pars ii, p. 1131 et 1132. Le roi de
France paraît avoir passé partie du mois d'août à Douai (Actum et
datum _in exercitu nostro prope Duacum_ anno Domini 1340, mense
_augusti_. JJ73, p. 48, fo 40). Plusieurs chartes datées du Pont
de Bouvines sont du mois de septembre (Actum et datum _in
tentoriis nostris prope pontem de Bovinis_, anno Domini 1340,
mense _septembris_. JJ73, p. 247, fo 193 vo.)
[212] La Marcq, issue des bois de Phalempin à 15 kil. de Lille,
traverse des marais auxquels elle sert de décharge, et, après un
cours d'environ 5 myriamètres, se jette dans la Deule à
Marquette.
[213] Nord, arr. Lille, c. Cysoing.
[214] Nord, arr. Lille, c. Lannoy.
Rencontre près de Notre-Dame-aux-Bois[215] entre des gens d'armes de la
garnison de Bouchain, commandés par trois chevaliers allemands au
service du comte de Hainaut et un détachement de la garnison française
de Mortagne, qui a pour chef un chevalier bourguignon de la suite du
seigneur de Beaujeu, nommé Jean de Frolois[216]. Les Français sont mis
en déroute, et Jean de Frolois est fait prisonnier. P. 56 à 58, 242 à
244.
[215] Nord, arr. Valenciennes, c. Bruille-Saint-Amand. _Le
Crousage_ du texte est peut-être la Croisette, hameau de
Saint-Amand-les-Eaux.
[216] A l'host de Bouvines, dans la bataille d'Eude, duc de
Bourgogne figure: «Jean de Froulois, bann., 2 bach., 11 esc.» De
Camps, portef. 83, fo 330.
Un jour, un détachement de Hainuyers, dont Guillaume de Baileu est le
chef, passe le Pont-à-Tressin[217], et va, sous la conduite de Waflard
de la Croix, réveiller les Français. Ce même jour, une troupe de
Liégeois venus avec leur évêque servir le roi de France, sous les
ordres de Robert de Baileu[218], frère de Guillaume, passe aussi en
sens inverse le Pont-à-Tressin, pour aller fourrager dans les belles
plaines qui s'étendent entre Tressin et Baisieux[219]. Les Hainuyers de
Guillaume de Baileu sont repoussés et mis en fuite. Au moment où ils
repassent le pont, ils vont se jeter dans les rangs des Liégeois de
Robert de Baileu, qui reviennent de leur excursion, et dont ils
prennent la bannière, portée par Jacques de Forvie[220], pour la leur
propre, à cause de la ressemblance extrême des armes de Robert et de
Guillaume de Baileu. La plupart des Hainuyers sont tués ou faits
prisonniers. Guillaume de Baileu se sauve à grand peine. Waflard de la
Croix, pris dans cette rencontre et livré au roi de France, fut donné
bientôt après, en échange du comte de Salisbury, aux habitants de
Lille, qui le firent mettre à mort. P. 58 à 62, 244 à 246.
[217] Pont-à-Tressin est encore aujourd'hui le nom d'un hameau de
la commune de Tressin.
[218] «Host de Bouvines en 1340. La bataille Adolf evesque du
Liége: le dit evesque, 7 chev. bann., 73 bach., 420 esc.» De
Camps, portef. 83, fo 344 vo. Il faut prendre garde de confondre
les seigneurs de Baileu (les mss. de Froissart écrivent Bailleul)
avec les seigneurs de Baillœul en Hainaut ou de Bailleul en
Normandie. La seigneurie de Baileu est aujourd'hui un hameau de
la commune de Walcourt, Belgique, prov. Namur, arr.
Philippeville. Morialmé, dont Robert de Baileu était seigneur,
fait aussi partie du canton de Walcourt.
[219] Nord, arr. Lille, c. Lannoy.
[220] Jacques de Forvie, écuyer, était le second fils de Stockar
de Forvie le Vieux; il se maria à Isabeau, fille de Pierre de
Surice, bourgeois de Namur. Hemricourt, _Miroir des Nobles_, éd.
de Jalheau, p. 143.
CHAPITRE XLI.
1340. SIÉGE DE MORTAGNE ET PRISE DE SAINT-AMAND ET DE MARCHIENNES
PAR LE COMTE DE HAINAUT.--DÉFAITE D'UNE TROUPE DE FRANÇAIS ET DU
SEIGNEUR DE MONTMORENCY AU PONT-A-TRESSIN (§§ 127 à 132).
Le comte de Hainaut, pour se venger de la mésaventure de Guillaume de
Baileu et de ses gens d'armes, quitte le siége de Tournay et vient avec
six ou sept cents lances assiéger Mortagne par la rive droite de
l'Escaut. En même temps, les habitants de Valenciennes ayant reçu
l'ordre d'assaillir cette place en s'avançant entre la Scarpe et
l'Escaut, douze cents hommes, commandés par Jean de Baissi, prévôt de
la ville, et Gille le Ramonnier, passent les deux rivières de Haine et
d'Escaut à Condé, et arrivent sous les murs de Mortagne. P. 62, 246 et
247.
Édouard de Beaujeu, capitaine de Mortagne[221], en prévision d'un
siége, a fait enfoncer dans le lit de l'Escaut une quantité innombrable
de pieux pour rendre la navigation impossible. Ce que voyant les
arbalétriers de Valenciennes, qui ne peuvent approcher assez près des
barrières à cause de la largeur des fossés, prennent le parti de passer
la Scarpe au-dessous de Château-l'Abbaye[222] afin d'attaquer Mortagne
du côté de Saint-Amand[223] et de donner l'assaut à la porte devers
Maulde[224]. Cette porte, qui donne sur la Scarpe, est défendue par
Édouard de Beaujeu en personne, tandis que le seigneur de
Saint-Georges[225], son cousin, se tient à la porte d'Escaut par où
l'on va à Antoing[226], faisant face au comte de Hainaut, campé le long
de l'Escaut du côté de Briffœuil[227]. Le seigneur de Beaujeu est armé
d'une longue lance, et, au moyen d'un croc de fer attaché à l'extrémité
de cette lance qui s'enfonce dans les plates et le hauberjon, il
parvient à harponner une douzaine d'assaillants, les attirant à lui ou
les précipitant au fond des fossés pleins d'eau. P. 63 et 247.
[221] D'après les montres conservées par De Camps, Jean de
Vienne, et non Édouard de Beaujeu, fut capitaine de Mortagne, du
29 octobre 1339 au 1er octobre 1340, avec 6 chevaliers bacheliers
et 44 écuyers. De Camps, portef. 83, fo 313.
Le château de Mortagne, bâti au confluent de l'Escaut et de la
Scarpe, résidence habituelle des châtelains de Tournay, fut cédé
en 1313 avec la châtellenie de Tournay à Philippe le Bel.
[222] Nord, arr. Valenciennes, c. Saint-Amand-les-Eaux.
[223] Aujourd'hui Saint-Amand-les-Eaux, sur la rive gauche de la
Scarpe, affluent de la rive gauche de l'Escaut.
[224] Nord, arr. Valenciennes, c. Saint-Amand-les-Eaux, sur la
rive gauche de la Scarpe.
[225] Il s'agit ici sans doute du seigneur de
Saint-Georges-de-Reneins, Rhône, arr. Villefranche-sur-Saône, c.
Belleville-sur-Saône.
[226] Belgique, prov. Hainaut, arr. Tournay, à 7 kil. de Tournay.
[227] Aujourd'hui hameau de Wasmes-Audemez, Belgique, prov.
Hainaut, arr. Tournay, c. Péruwelz.
Les assiégeants donnent l'ordre d'installer sur un bateau un appareil
destiné à arracher les pieux qui barrent le passage de l'Escaut. Quant
on vient à essayer cet appareil, il fonctionne si mal qu'on doit
renoncer à s'en servir. Les Valenciennois ont pendant ce temps dressé
une très-belle machine qui lance des pierres énormes contre le château
et la ville de Mortagne; mais un maître ingénieur de la garnison
construit une machine plus petite et l'ajuste si bien qu'à la troisième
pierre qu'elle lance, elle brise par le milieu le pierrier des
assiégeants. Après deux nuits et trois jours d'assaut, le comte de
Hainaut et Jean de Hainaut, son oncle, se décident à retourner au siége
de Tournay, et les Valenciennois reprennent le chemin de leur ville
après avoir ravagé l'abbaye du Château. P. 64, 65, 248.
Informé que la garnison française de Saint-Amand a brûlé l'abbaye
d'Hasnon et essayé de brûler celle de Vicoigne, le comte de Hainaut
part de Tournay et vient avec trois mille combattants assiéger
Saint-Amand, qui n'était alors entouré que d'une enceinte de
palissades. Le capitaine de la garnison[228] est un bon chevalier de la
langue d'oc, nommé le sénéchal de Carcassonne[229]; prévoyant l'attaque
du comte de Hainaut et sachant que la place n'est pas tenable, il a
fait transporter les plus riches joyaux de l'abbaye à Mortagne, P. 65,
66, 248.
[228] Comme nous l'avons dit plus haut, Jean, sire de Wastines,
fut établi gardien de Saint-Amand, du 23 octobre 1339 au 1er
octobre 1340.
[229] Le sénéchal de Carcassonne, dont il est ici question,
s'appelait Jean de la Roche; il figure sur les montres de l'host
de Bouvines en 1340 avec cette mention: «Jean de la Roche,
chevalier, seneschal de Carcassonne, banneret, 2 chevaliers
bacheliers, 102 escuiers.» De Camps, portef. 83, fo 352. Jean de
la Roche, seigneur de Castanet (Haute-Garonne), était marié à
Guillemine de Roussillon.
Douze mille Valenciennois attaquent Saint-Amand par le pont jeté sur la
Scarpe. Les bidauds et les Génois de la garnison, pour se moquer des
arbalétriers de Valenciennes, essuient avec leurs chaperons sur les
murs la place des traits et crient aux assiégeants: «Allez boire votre
goudale, allez!» Découragés et ne recevant aucunes nouvelles du comte
leur seigneur, les Valenciennois regagnent leur ville le soir même. P.
66, 67, 248, 249.
Le lendemain, le comte de Hainaut arrive devant Saint-Amand et donne
l'assaut à la porte du côté de Mortagne. Une brèche est ouverte dans le
mur de l'abbaye que l'on enfonce au moyen d'énormes pieux en chêne; le
comte s'élance par cette brèche et pénètre sur la place du marché
devant l'église. Il y trouve le sénéchal de Carcassonne qui l'attend de
pied ferme avec une poignée de compagnons de son pays serrés autour de
sa bannière. Un moine nommé Froissart défend l'entrée de l'abbaye et
tue plus de dix-huit assaillants. Le comte fait passer la garnison au
fil de l'épée et mettre le feu à la ville, à l'église et aux bâtiments
de l'abbaye. Le sénéchal de Carcassonne est tué sous sa bannière. P. 67
à 69, 249.
Après la destruction de Saint-Amand, le comte de Hainaut incendie
Orchies, Landas, Lecelles, passe la Scarpe au-dessous d'Hasnon et,
entrant en France, s'empare de la grosse et riche abbaye de
Marchiennes[230] défendue par Amé de Warnant[231]. Incendie et pillage
de la ville et de l'abbaye. P. 69, 70, 249, 250.
[230] Nord, arr. Douai, sur la rive gauche de la Scarpe et de la
Rache et sur la route de Bouchain à Orchies. Abbaye de
Bénédictins au diocèse d'Arras. Depuis la dispersion de l'host de
Buironfosse, le 28 octobre 1339 jusqu'à la dispersion de l'host
de Bouvines, le 27 septembre 1340, «Jean de Mortagne, seigneur de
Landas, chevalier bachelier, fut establi capitaine de Marchiennes
avec 12 escuiers.» De Camps, 83, fo 346 vo.
[231] A l'host de Bouvines en 1340, parmi les bacheliers sous les
maréchaux de France, figure: «Amé de Warnans, chev. bach. et 25
esc.; venu de Warnans entre Aix et le Liége.» Aujourd'hui
Warnant-Dreye, Belgique, prov. Liége.
Le roi d'Angleterre se tient toujours devant Tournay qu'il espère
réduire bientôt par la famine; mais le duc de Brabant laisse plus d'une
fois passer à travers son armée des vivres destinés aux assiégés, et
les gens d'armes de ses bonnes villes de Bruxelles, de Louvain, de
Malines, d'Anvers, de Nivelles, de Jodoigne[232], de Lierre[233],
commencent à s'impatienter de la longueur du siége. P. 70, 71, 250,
251.
[232] Belgique, prov. Brabant, arr. Nivelles.
[233] Belgique, prov. Anvers, arr. Malines.
Un certain nombre de gens d'armes allemands des duchés de Gueldre et de
Juliers s'entendent avec plusieurs chevaliers du Hainaut pour prendre
une revanche de la victoire remportée à Pont-à-Tressin par Robert de
Baileu et les Liégeois sur les Hainuyers: ils se divisent en deux
détachements, dont l'un reste à Pont-à-Tressin pour garder le passage,
tandis que l'autre court réveiller les Français. Deux grands barons de
France, les seigneurs de Montmorency[234] et de Saint-Sauflieu[235],
qui font le guet la nuit où se passe cette escarmouche, repoussent ces
agresseurs et se mettent à leur poursuite jusqu'à Pont-à-Tressin.
Voyant que les ennemis sont là en force pour défendre le passage, le
seigneur de Saint-Sauflieu prend le parti de se retirer avec les siens.
Le seigneur de Montmorency, qui veut continuer la lutte, est fait
prisonnier ainsi que toute son escorte par Renaud de Sconnevort; et les
Allemands ou Hainuyers restent maîtres du pont. P. 71 à 76, 251 à 253.
[234] A l'host de Bouvines en 1340, dans la bataille de Raoul,
comte d'Eu, figure «Charles, seigneur de Montmorency, banneret, 1
bachelier, 11 escuiers.» De Camps, 83, fo 335.
[235] Somme, arr. Amiens, c. Sains. Aucun chevalier banneret,
seigneur de Saint-Sauflieu, n'est mentionné sur les montres de
l'host de Bouvines en 1340; on n'y voit figurer que Gaucher de
Saint-Sauflieu, écuyer, et Raoul, dit Herpin, de Saint-Sauflieu,
aussi écuyer, fait chevalier le 23 mai. Comme Gaucher et Raoul
dit Herpin de Saint-Sauflieu servaient sous la bannière de Rogue,
sire de Hangest, ce dernier est sans doute «le grand baron» dont
parle Froissart; et il n'est pas étonnant qu'on le trouve à côté
de Charles, seigneur de Montmorency, dont il était l'oncle par
son mariage avec Isabeau de Montmorency, fille de Mathieu IV.
«Rogue, sire de Hangest, chev. bann., 4 bach. et 29 esc.; venu de
Maigneville en la comté de Bar. De sa compagnie.... Gaucher de
Saint-Sauflieu.... Harpin de Saint-Sauflieu et Martel du Hamel
faits chevaliers nouvels le 23 jour de may.» De Camps, 83, fo 396
vo.
CHAPITRE XLII.
1340. DÉFAITE PRÈS DE SAINT-OMER, PANIQUE ET RETRAITE DES
FLAMANDS DANS LEUR PAYS.--LEVÉE DU SIÉGE DE TOURNAY; TRÊVE ENTRE
LA FRANCE ET L'ANGLETERRE[236] (§§ 133 à 137).
[236] Cf. Jean le Bel, chap. xxxix, t. I, p. 187 à 194.
Après l'arrivée du roi de France et de son armée à Bouvines, le bruit
se répand que les garnisons françaises de Saint-Omer, d'Aire et de
Thérouanne doivent pénétrer dans la vallée de Cassel et ravager le
pays, notamment les villes de Bergues[237], Bourbourg[238],
Messines[239], Wervicq[240], Poperinghe[241]. Pour conjurer ce danger,
Robert d'Artois et Henri de Flandre vont se poster avec vingt mille
Flamands à l'entrée de la vallée de Cassel. P. 76, 77, 253.
[237] Nord, arr. Dunkerque.
[238] Ibid.
[239] Belgique, prov. Flandre occidentale, arr. Ypres.
[240] Ibid.
[241] Ibid.
Environ trois mille de ces Flamands quittent un jour leur campement
pour aller ravager et piller, à l'insu de leurs chefs, le pays situé
entre Aire, Thérouanne et Saint-Omer, ils mettent le feu aux faubourgs
et abattent les moulins de Saint-Omer; à une demi-lieue de cette ville,
ils pillent et brûlent aussi le gros village d'Arques[242] où ils font
un riche butin; mais au moment où ils se reposent dans un village
appelé _la Cauchie_[243], un certain nombre de gens d'armes français
des garnisons de Saint-Omer et de Thérouanne viennent, sous les ordres
de (Jean), comte dauphin d'Auvergne[244], fondre à l'improviste sur ces
pillards, en tuent dix-huit cents et en font quatre cents
prisonniers[245]. P. 76 à 78, 253 à 255.
[242] Pas-de-Calais, arr. et c. Saint-Omer.
[243] Aujourd'hui Cauchy, hameau de la commune d'Ecques,
Pas-de-Calais, arr. Saint-Omer, c. Aire-sur-la-Lys.
[244] C'est par erreur que Froissart appelle _Béraud_ le comte
dauphin d'Auvergne, qui prit part à l'expédition de Bouvines;
Béraud Ier ne succéda à Jean, dit Dauphinet, son père, qu'en
1351. «Jean, comte de Clermont, dalphin d'Auvergne, pour li
escuier banneret, 7 bach., 1 esc. bann., 56 esc.--Pour
l'accroissement des gages du dit comte qui le 11 jour de juillet
fut fait chevalier, de Beraut de Marqueil (Mercœur), esc. bann.
fait chevalier le 27 d'aoust.» De Camps, 83, fo 351.
[245] 6 écuyers bannerets de langue d'oc furent faits chevaliers,
32 écuyers aussi de langue d'oc furent faits chevaliers nouveaux
«devant Saint-Omer _le 25 juillet_.» De Camps, 83, fo 343. Nous
aurions ainsi une date précise si nous étions certains que
l'engagement devant Saint-Omer qui donna lieu à cette promotion
de chevaliers est le même que celui dont parle Froissart.
Au milieu de la nuit qui suit ce désastre, tous les Flamands
campés dans la vallée de Cassel se réveillent comme pris de
panique, se lèvent en toute hâte et après avoir plié bagages,
reprennent le chemin de leur pays, malgré les représentations de
Henri de Flandre et de Robert d'Artois, qui vont rejoindre Édouard
III et l'armée anglo-allemande devant Tournay. P. 78, 79, 255,
256.