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--Je leur dis alors, comme on parle dans le délire de la fièvre, tout

ce qu'on peut dire quand on a perdu sa raison et qu'on n'écoute rien

de ce qui combat votre folie par des raisons, des caresses ou des

menaces, que mon parti était pris; que si Hyeronimo devait mourir, il

valait autant que je mourusse avec lui, car je sentais bien que ma vie

serait coupée avec la sienne; que des deux manières ils seraient

également privés de leurs deux enfants; que, vivant, il aurait

peut-être besoin de moi là-bas; que, mourant, il lui serait doux de me

charger au moins pour eux de son dernier soupir et de prier en voyant

un regard de soeur le congédier de l'échafaud et le suivre au ciel;

que la Providence était grande, qu'elle se servait des plus vils et

des plus faibles instruments pour faire des miracles de sa bonté; que

je l'avais bien vu dans notre Bible, dont ma tante nous disait le

dimanche des histoires; que Joseph dans son puits avait bien été sauvé

par la compassion du plus jeune de ses frères; que Daniel dans sa

fosse avait bien été épargné par les lions, enfin tant d'autres

exemples de l'Ancien Testament; que j'étais décidée à ne pas

abandonner, sans le suivre, ce frère de mon coeur, la chair de ma

chair, le regard de mes yeux, la vie de ma vie; qu'il fallait me

laisser suivre ma résolution, bonne ou mauvaise, comme on laisse

suivre la pente à la pierre détachée par le pas des chevreaux, qui

roule par son poids du haut de la montagne, quand même elle doit se

briser en bas; que toutes leurs larmes, tous leurs baisers, toutes

leurs paroles n'y feraient rien, et que, si je ne me sauvais pas

aujourd'hui, je me sauverais demain, et que peut-être je me sauverais

alors trop tard pour assister le pauvre Hyeronimo.

Cours familier de Littérature - Volume 21 · 第 212 / 222 题