À ce moment, continua-t-il, Hyeronimo, qui descendait des hauteurs des
Camaldules avec un énorme fagot de genêts sur le cou, entendit les
aboiements de Zampogna, les coups de hache des bûcherons, les voix
larmoyantes de sa mère, de Fior d'Aliza et de moi; à travers une
clairière, il vit Calamayo et ses hommes qui nous arrachaient avec
violence du tronc de l'arbre, et qui nous rejetaient sans pitié sur
les pierres et sur les racines arrosées du sang du visage de sa
cousine. Il jeta son fagot pour courir plus vite, et, tenant à la main
le hacheron qui lui servait à couper les genêts et les bruyères pour
le feu de l'hiver prochain, en trois bonds, avec de grands cris qui
nous réveillèrent de notre demi-mort tous les trois, il s'élança entre
nous, l'arbre et les bûcherons, et, brandissant sa hachette sur leurs
têtes, il les écarta, tous étonnés et tous tremblants, à une certaine
distance, groupés autour de Calamayo.
Sa fureur redoubla en voyant le sang de sa cousine. En deux mots, nous
lui racontâmes la scène qui venait de se passer.
--Misérables lâches! cria-t-il à Calamayo et à ses acolytes, vous
n'aurez la vie du châtaignier qu'avec ma vie! L'arbre est la vie de ma
mère, de mon oncle, de ma cousine, de nos pères et de nos enfants;
tuez-nous tout de suite si vous voulez le tuer, mais vous ne le tuerez
pas, moi vivant!
À ces mots, il s'approcha, avec un geste désespéré et pitoyable, les
bras en l'air, de l'entaille déjà profonde de l'arbre, et, tout pâle
de douleur, il pleura un moment en silence comme on pleure sur la
blessure d'un homme mourant d'un coup de feu.