Le marquis de la Maisonfort quitta Florence au printemps, au moment où
la cour de Toscane allait habiter, suivant son usage, Livourne et
Pise, où elle avait ses palais. J'y allai moi-même, et je pris à
Livourne, non loin du bord de la mer, une belle villa dans un
faubourg, entourée de vastes jardins plantés de citronniers et de
figuiers. La grande-duchesse allait tous les soirs se promener en
voiture à l'_Ardenza_; cette promenade, la seule qu'il y eût à
Livourne, était alors sans ombre, et on ne pouvait y aller qu'au
soleil couchant, à l'heure où la brise de mer soufflait la fraîcheur
humide des flots sur la plage.
J'y montais moi-même à cheval à cette heure, et je galopais sur la
roule solitaire de la maison isolée, qu'avait habitée longtemps lord
Byron. Je croyais y revoir son ombre et celle de son amie, la comtesse
Guicioli.
Quelquefois je partais le matin avant l'ardeur du jour, et j'allais
jusqu'au monastère célèbre de _Montenero_, lieu de pèlerinage, chez un
matelot de la Méditerranée; je laissais mes chevaux de selle dans
quelque auberge du Cap, et je me perdais, un album sous le bras, dans
les bois de caroubiers et de chênes verts qui en couvraient les
pentes. C'est là que j'écrivis en grande partie les _Harmonies
poétiques et religieuses_, qui ne furent imprimées que huit ans après.
Le soir, quand je remontais à cheval pour regagner ma villa de
Livourne, au soleil baissant, je trouvais quelquefois les deux
grandes-duchesses assises, avec leurs enfants, dans le jardin de ma
femme, et passant familièrement les heures intimes de la soirée avec
nous en causant de poésie et de littérature, comme elles avaient fait
avec Schiller et Goethe, à Weymar.