II

Les démarches obligeantes de madame la marquise de Saint-Aulaire et de

madame la duchesse de Broglie, mes deux principales protectrices

auprès du ministre des affaires étrangères, qui était alors M.

Pasquier, de centenaire mémoire, venaient d'emporter ma nomination au

poste de troisième secrétaire de l'ambassade de Naples; je m'occupais

de mon prochain départ, et pendant ces jours d'adieux à mes amitiés

déjà nombreuses à Paris, M. Gosselin, libraire et imprimeur déjà

célèbre, se pressait d'imprimer et de donner au public mes premiers

essais de poésie, intitulés: _Méditations poétiques et religieuses._

C'était un mince petit volume d'une magnifique impression, édité à

cinq ou six cents exemplaires, et qui paraissait plus fait pour être

offert par un auteur timide à un petit nombre d'amis d'élite et de

femmes de goût, qu'à être lancé à grand nombre dans le rapide courant

de la publicité anonyme; je n'avais pas même permis à M. de Genoude et

au duc de Rohan, mes amis, qui s'en occupaient à mon défaut, d'y

mettre mon nom. «Si cela réussit, leur disais-je, on saura bien le

découvrir, et si cela échoue, l'insaisissable anonyme ne donnera

qu'une ombre sans corps à saisir à la critique.»

Cours familier de Littérature - Volume 21 · 第 69 / 222 题