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Après ces grandes fièvres de l'âme qui l'exaltent jusqu'au ciel et
qui la précipitent tour à tour jusque dans l'abattement du désespoir,
on reste quelque temps dans une sorte d'immobilité insensible, comme
un homme tombé d'un haut lieu à terre, qui ne sent plus battre ses
tempes, et qui ne donne plus aucun signe de vie.
Telle était ma situation morale après tant de vicissitudes de coeur,
et après la perte, par la mort ou autrement, de tant de personnes
adorées. On éprouve alors comme une convalescence de l'âme, qui n'est
ni le trouble de l'adolescence, ni la paix de l'âge mur, ni la pleine
santé, ni la maladie; état mixte, et, pour ainsi dire, neutre et
passif, pendant lequel les blessures de l'âme se cicatrisent pour nous
laisser vivre de nouveau, malgré tout le sang que nous avons perdu.
Cet état, sans ivresse, n'est cependant pas sans douceur; c'est le
recueillement du soir dans le demi-jour d'une triste enceinte; c'est
la mélancolie qui n'espère plus, mais qui n'aura plus à désespérer;
c'est ce qu'on appelle la résignation précoce, où les pensées
religieuses surgissent en nous après les tempêtes, comme ces rayons
calmants de l'astre nocturne qui se glissent entre deux nuages sur les
dernières ondulations de l'Océan qui se tait.