VII

Voyez dans la vie de Gerson comment les hommes lui enseignent les

hommes.

Il se jure à lui-même de s'immoler à la justice. Le duc d'Orléans, son

adversaire, tombe, mais il tombe sous les coups d'un assassin. Gerson

prend la parole devant le peuple assemblé; il s'indigne de

l'assassinat, il brave les partisans du duc de Bourgogne. Le peuple et

les Bourguignons s'ameutent contre lui; il se dérobe à leur fureur

sous les souterrains de Notre-Dame. Il y séjourne plusieurs mois

caché, la haine du peuple comme l'épée de Damoclès suspendue sur sa

tête. Son intrépidité brave tout pour ne pas mentir à Dieu, souveraine

justice. Qui peut dire ce qui se passe dans son âme pendant son agonie

de tant de jours et de tant de semaines? Il souffre, mais il ne

fléchit pas. Voilà le noviciat de sa douleur.

La fureur du peuple s'éteint comme sa faveur, Gerson rentre dans ses

hautes fonctions; le roi l'emploie dans sa diplomatie pour calmer la

discorde au sujet des papes entre Rome et Avignon. Il y soutient le

droit de l'Église de pourvoir à sa continuité et à son unité en

déposant les doubles pontifes. Il y combat les sectes visionnaires et

l'astrologie judiciaire. Jean Huss est condamné par lui. Ses ennemis

croissent en nombre à mesure qu'il croît en renommée. Ils se coalisent

contre lui. Ils se promettent sa mort, s'il retourne en France. Il

s'évade du concile de Constance sous les habits d'un pèlerin, et

prend, inconnu, la route d'Allemagne. Il traverse, ainsi déguisé, la

forêt Noire, et s'arrête de nouveau en Bavière.

C'est là que, caché dans la montagne, il compose, à l'exemple de

Boëce, en prose et en vers, ses _Consolations_. Le duc d'Autriche,

s'apitoyant sur son sort, lui offre et lui assigne un lieu de refuge à

l'entrée de la Bavière, dans une île du Danube. La magnifique abbaye

de Moelch le reçoit, séjour des princes dans les cellules de

cénobites. Cette magnifique hospitalité du duc d'Autriche fut aussi

favorable à son repos qu'à ses méditations. Il avançait dans la vie,

et il recueillait son âme. Il avait besoin de consolations, et il ne

pouvait les trouver qu'en lui-même. Il se réfugia dans le sein de

Dieu, le suprême consolateur, et il écrivit ces monologues et ces

dialogues intérieurs qui portèrent d'abord le nom de _Consolations_.

Consolations en effet, descendues du ciel et remontées du coeur du

solitaire jusqu'à l'oreille de tous les hommes. Il y a dans toutes les

âmes pour les inspirations de cette espèce une prédisposition

magnétique qui attend pour ainsi dire leur publication, et qui la suit

de si près qu'on dirait qu'elle la précède. C'est la grâce de

l'opinion publique, c'est le miracle de la multiplication des pains

sur la montagne. On ne voit pas la main qui les partage dans la foule,

et tout le monde se sent nourri.

Cours familier de Littérature - Volume 21 · 第 35 / 222 题