XVIII

La religion chrétienne l'occupait de plus en plus, et il l'admirait

d'une affection éclectique. En voici la preuve:

«La lumière sans obscurité de la révélation divine est beaucoup trop

pure et trop éclatante pour qu'elle convienne aux pauvres et faibles

hommes, et, pour qu'ils puissent la supporter, l'Église vient comme

médiatrice bienfaisante; elle éteint, elle adoucit cette lumière pour

qu'elle puisse aider et protéger beaucoup d'hommes. L'Église

chrétienne croit que, comme héritière du Christ, elle peut remettre

aux hommes leurs péchés; c'est là pour elle une puissance énorme;

maintenir cette puissance et cette croyance, et affermir ainsi

l'édifice ecclésiastique, voilà la principale préoccupation du clergé

chrétien. En conséquence, il ne se demande pas si tel livre de la

Bible peut jeter de la lumière dans l'esprit, s'il renferme de hautes

leçons de moralité, s'il offre des exemples d'une noble existence:

l'important pour lui, c'est dans les livres de Moïse l'histoire de la

chute, qui rend nécessaire le Sauveur; dans les prophètes, les

allusions qui sont faites au Désiré; dans les évangiles, le récit de

son apparition sur cette terre, et de sa mort sur la croix, qui expie

nos péchés. Vous voyez que, à ce point de vue et avec ces idées, on ne

peut attacher d'importance ni au noble Tobie, ni à la Sagesse de

Salomon, ni aux Proverbes de Sirach.

«Ces questions d'authenticité et de fausseté des livres bibliques sont

d'ailleurs bien étranges. Qu'est-ce qui est authentique, sinon ce qui

est tout à fait excellent, ce qui est en harmonie avec ce qu'il y a de

plus pur dans la nature et dans la raison, ce qui sert encore

aujourd'hui à notre développement le plus élevé? Et qu'est-ce qui est

faux, sinon l'absurde, le creux, le niais, ce qui ne donne aucun

fruit, du moins aucun bon fruit? Si on devait décider l'authenticité

d'un écrit biblique par la question: Ce qui nous est transmis, est-il

absolument la vérité? alors on devrait sur certains points mettre en

doute l'authenticité des évangiles, car Marc et Luc n'ont pas écrit ce

qu'ils ont vu par eux-mêmes, ils ont recueilli longtemps après les

faits une tradition orale, et Jean n'a écrit son évangile que dans un

âge avancé. Cependant je tiens les quatre évangiles pour parfaitement

authentiques, car il y a là le reflet de l'élévation qui brillait dans

la personne du Christ, élévation d'une nature aussi divine que tout ce

qui a jamais paru de divin sur la terre.»

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«Dieu ne s'est pas du tout consacré au repos; il agit toujours, et

maintenant comme au premier jour. Cela aurait été une pauvre

distraction pour lui de combiner quelques éléments pour fabriquer

notre monde informe, et de le faire rouler tous les ans sous les

rayons du soleil, s'il n'avait pas eu le plan de faire de cet amas de

matière la pépinière d'un monde d'esprits. Il vit toujours et sans

cesse dans les grandes natures pour élever vers lui les natures

inférieures.»

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«Je ne suis pas plus amateur de la philosophie populaire. Il y a un

mystère dans la philosophie aussi bien que dans la religion. On doit

en épargner la connaissance au peuple, et surtout on ne doit pas le

forcer pour ainsi dire à s'enfoncer dans pareille recherche. Épicure

dit quelque part: «Ceci est juste, car le peuple le trouve

mauvais.--Depuis la réforme, les mystères ont été livrés à la

discussion populaire, on les a ainsi exposés à toutes les subtilités

captieuses de l'étroitesse de jugement, et on ne peut pas encore dire

quand finiront les tristes égarements d'esprit qui en sont résultés.»

Cours familier de Littérature - Volume 21 · 第 21 / 222 题