XVI

À la fin du mois, il parle mal de Victor Hugo, auquel il a rendu avant

une enthousiaste justice.

«C'est un beau talent, dit-il, mais il est tout à fait engagé dans la

malheureuse direction romantique de son temps, ce qui le conduit à

mettre à côté de beaux tableaux les plus intolérables et les plus

laids. Ces jours-ci j'ai lu _Notre-Dame de Paris_, et il ne m'a pas

fallu peu de patience pour supporter les tortures que m'a données

cette lecture. C'est le livre le plus affreux qui ait jamais été

écrit! Et après les supplices que l'on endure, on n'est pas dédommagé

par le plaisir que l'on éprouverait à voir la nature humaine et les

caractères humains représentés avec exactitude; il n'y a dans son

livre ni nature ni vérité; ses personnages principaux ne sont pas des

êtres de chair et de sang, ce sont de misérables marionnettes, qu'il

manie à son caprice, et auxquelles il fait faire toutes les

contorsions et toutes les grimaces qui sont nécessaires aux effets

qu'il veut produire. Quel temps que celui qui loue un pareil livre!»

Quant à moi, qui n'aime ni le faux, ni l'excès, ni certains drames de

Victor Hugo, j'avoue que j'ai lu avec attendrissement et intérêt le

roman bizarre, mais neuf, de _Notre-Dame de Paris_. L'architecture

n'était pas encore entrée dans le drame humain: il y a du véritable

génie à créer un monument pour ces âmes, et ces âmes pour cette

architecture. Le Phidias du _gothique_, c'est Hugo. Goethe n'avait pas

compris cette oeuvre.

Cours familier de Littérature - Volume 21 · 第 19 / 222 题