A DAUCOURT

Nous sommes les gradins de l'antique Orient,

Que gravit chaque jour le beau soleil levant;

De la Turquie il porte un salut à la France,

Qui laisse en notre coeur si douce souvenance!

Nous sommes les enfants de ce vieux Paradis

Dont les livres anciens ont savamment décrit

Les vastes horizons et l'opulente flore,

Où les yeux pleins de rêve ont besoin de se clore...

C'est là que, tout léger, Daucourt descend des cieux

Après avoir frôlé la demeure des dieux!

Soyez le bienvenu, héros qui portez l'âme

De cette Nation que la pensée enflamme

De se lancer toujours, ivre de liberté,

Vers le Progrès sans fin, but de l'Humanité.

HRAND SARIAN.

_Adana, 26 novembre 1913._

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* *

Tandis que Daucourt était en panne à Bozanti, ses deux émules, Védrines

et Bonnier, partis de Paris après lui, et plus favorisés par le temps,

semble-t-il, parvenaient sans incident à Constantinople, ayant suivi une

voie un peu différente.

Védrines arrivait à Sofia le 3 décembre à 8 heures du soir, ayant

couvert en trois heures l'étape Belgrade-Sofia (380 kilomètres). Le

lendemain, au champ d'aviation militaire, il recevait la visite du roi

Ferdinand qui s'entretint longtemps avec lui.

Vingt-quatre heures plus tard Védrines rejoignait Bonnier à

Constantinople. Les deux aviateurs se préparent à partir ensemble pour

le Caire, «non comme des rivaux, mais unis dans l'amour de la France».

Du Caire, Védrines, qui voyage seul, se propose d'atteindre l'Australie

par Bombay et Singapore.

Bonnier emmène à bord son mécanicien; nous espérons recevoir de lui des

clichés faisant suite à ceux de M. Roux.

[Illustration: A Sofia: le tsar des Bulgares interrogeant Védrines sur

ses projets de raid vers le Caire.--_Phot. Thévenet._]

[Illustration: SCÈNES DE LA RUE PARISIENNE.--Une mode turque.]

A côté des grandes transformations qu'elle impose dans le costume

féminin, des révolutions de l'élégance qu'elle édicté, la Mode se plaît

parfois à de menus changements, qu'il convient de considérer sans

gravité; et ses légers caprices introduisent, de temps en temps, une

nouveauté imprévue dans ce qu'on pourrait appeler les accessoires de la

toilette, le manchon, le sac, l'épingle à chapeau, voire le lacet du

soulier et la couleur du bas de soie. Aujourd'hui, ils s'en prennent à

la voilette. On ne faisait guère attention à elle, tant elle se portait

généralement discrète et fine, à moins qu'elle ne se portât point du

tout. Et voilà qu'elle prétend cacher une partie du visage, le menton,

la bouche et le nez, pour laisser seulement apparaître les yeux, à la

manière turque... Il y a quelque deux ans, _L'Illustration_ a montré,

par un dessin, que les jeunes femmes de Constantinople tentaient, à la

faveur d'idées plus libres, d'abandonner le traditionnel _yachmah_. Les

Parisiennes vont-elles adopter le voile auquel avaient voulu renoncer

les «désenchantées» de là-bas? La scène qu'a croquée notre collaborateur

L. Sabattier à la sortie de la Madeleine, un dimanche matin--car celles

qui suivent cette mode musulmane n'en sont pas moins bonnes

chrétiennes--indique que, si l'essai en a été fait, il est encore

timide, et suscite quelques étonnements. La voilette nouvelle a contre

elle d'être funeste aux sourires qu'elle dissimule. Et c'est là, sans

doute, pour les Parisiennes, un défaut d'importance.

L'Illustration, No. 3694, 13 Décembre 1913 · 第 23 / 42 题