[1: _Journal et Mémoires de Mathieu Marais_ sur la Régence et le règne
de Louis XV, publiés par M. de Lescure, t. I.--Voici le récit de Mathieu
Marais: «Le Roi a eu un mal fort plaisant et qu'il n'avoit point encore
senti: il s'est trouvé homme. Il a cru être bien malade et en a fait
confidence à un de ses valets de chambre qui lui a dit que cette
maladie-là était un signe de santé. Il en a voulu parler à Maréchal, son
premier chirurgien, qui lui a répondu que ce mal n'affligeroit personne,
et qu'à son âge il ne s'en plaindroit pas. On appelle cela en
plaisantant _le mal du Roi_.»]
[2: Villars dit dans son Journal: «Il (le Roi) est plus fort et plus
avancé à quatorze ans et demi que tout autre jeune homme à dix-huit
ans.» Et au conseil tenu au sujet de son mariage, le duc prononce ces
paroles: «Dieu pour la consolation des François a donné un Roy si fort
qu'il y a plus d'un an que nous pourrions en espérer un Dauphin.»]
[3: Louis XV mangeait effroyablement dans sa jeunesse. Narbonne, le
commissaire de police de Versailles, raconte que le lundi 22 juillet
1726, Louis XV, après avoir bien dîné, allait à la Muette et qu'il y
mangeait beaucoup de figues, d'abricots, de lait, puis un levraut, puis
une grande omelette au lard qu'il faisait lui-même, après quoi il
revenait à Versailles où il soupait comme à l'ordinaire.]
[4: Nous avons déjà indiqué dans le «Louis XV enfant» donné dans les
_Portraits intimes du XVIIIe siècle_ l'espèce de méchanceté innée qui
existe chez Louis XV. En 1724, Mathieu Marais nous le montre faisant
mille mauvais et cruels tours à tout ce qui l'approche, coupant les
sourcils à ses écuyers, et tirant une flèche dans le ventre de M. de
Sourches.]
[5: Expression d'un seigneur du temps recueillie par Soulavie.]
[6: En juin 1724, Mathieu Marais note ceci sur son journal: «Le propre
jour, que le maréchal de Villeroy est venu à Versailles, on a découvert
que le jeune duc de la Trémoille, premier gentilhomme du Roi, lui
servait plus que de gentilhomme et avoit fait de son maître son
Ganymède. Ce secret amour est devenu bientôt public et l'on a envoyé le
duc à l'académie pour apprendre à régler ses mœurs... Le lendemain, on a
proposé de marier ce jeune homme avec mademoiselle d'Évreux, sa cousine
germaine, fille du duc de Bouillon et de sa première femme qui était la
Trémoille, ce qui a été agréé du Roi qui a bientôt sacrifié ses
amours.»]
[7: À propos de ce voyage où il était question de déniaiser le Roi, et
où madame de la Vrillière qui était chargée de la commission, emmenait
la jeune et jolie duchesse d'Épernon, Barbier dit: «On espère que cela
le rendra plus traitable, plus poli.»]
[8: Le Roi venait tout récemment d'être saigné du bras et du pied dans
une indisposition qui avait donné des inquiétudes à la cour; et l'on
avait entendu le duc de Bourbon dire: «Je n'y serai plus pris; s'il
guérit, je le marierai.»]
[9: Ce renvoi de l'Infante fut une très-grosse affaire. Le Roi et la
Reine d'Espagne donnaient l'ordre a l'abbé de Livry, porteur de la
nouvelle de sortir des terres d'Espagne, renvoyaient en France
mademoiselle de Beaujolais qui était fiancée à Don Carlos, laissaient
publiquement insulter les Français par la populace, contractaient un
traité d'alliance avec l'Empereur, massaient des troupes à la frontière,
tenaient pendant un certain temps la France sous la menace d'une
déclaration de guerre. Quant à l'Infante, cette petite fille aux jolies
reparties, et en laquelle perçait déjà, dans de gentilles paroles, le
dépit enfantin de ne se sentir point aimée du Roi, et bientôt la grosse
honte de se voir préférer une autre Reine de France, elle partait le 5
avril 1725 pour retourner en Espagne.]
[10: _Archives nationales. Monuments historiques_, carton K 139-140. La
plus grande partie de ces pièces ont été publiées dans la _Revue
rétrospective_, t. XV.]
[11: La chemise qui renferme cet état porte: _Raisons de marier le Roy_.
1° La Religion. 2° La santé du Roy. 3° Les vœux des peuples. 4° La
tranquillité dans l'intérieur. 5° La confiance des puissances
étrangères. 6° Les entreprises funestes. Le second paragraphe intitulé:
_La santé du Roy_ est rédigé en ces termes: «Son état actuel a presque
la consistance d'un homme formé. La dissipation d'esprit que procure le
mariage apportera des fruits utiles à sa personne et à son royaume, sans
altérer sa santé, au lieu que les dissipations du célibat y sont presque
toujours contraires et donnent une inquiétude nouvelle à ceux qui
s'intéressent sincèrement à la conservation du Roy.»]
[12: Nous donnons ces observations d'après le rapport du duc de Bourbon
au Roy sur le mémoire rédigé sur son ordre.]
[13: Le duc repoussait surtout cette princesse parce que sa mère était
une d'Orléans.]
[14: La véritable raison de son exclusion était le mariage de
mademoiselle de Valois, fille du Régent, qui avait épousé le duc de
Modène.]
[15: On ne voulait pas de cette princesse parce qu'on disait dans le
public que sa mère accouchait alternativement d'une fille ou d'un
lièvre.]
[16: Les papiers que nous citons réduisent complètement à néant le
mémoire de Lemontey publié dans le t. IV de la _Revue rétrospective_,
mémoire où il traite le projet de mariage entre Louis XV et mademoiselle
de Vermandois de fable inventée par l'auteur des _Mémoires secrets pour
servir à l'histoire de Perse_, et copiée depuis par Voltaire et Duclos.]
[17: Au rapport du duc de Bourbon, qui ne craignait pas de proposer
d'une manière si nette sa sœur, est joint un mémoire destiné à être mis
sous les yeux du Roi qui, faisant le plus grand éloge de la princesse,
presse le duc de faire célébrer ce mariage comme le meilleur à faire
dans la situation actuelle de l'Europe. Le rapport s'exprime ainsi:
«Est-il question de faire une alliance plutôt qu'une autre, pour nous
tirer de quelque grand embarras? Faut-il rompre une ligue formidable et,
par quelque traité de mariage, attirer dans notre parti quelque grande
puissance? Non, notre royaume tranquille au dehors comme au dedans nous
permet de choisir ce qui nous paraîtra le meilleur et n'exige que de
voir marier le Roi, premièrement avec une princesse qui puisse avoir
vraisemblablement des enfants; secondement qui puisse, par toutes
qualités de l'esprit et du corps, laisser espérer à tous les bons
Français qu'elle fera le bonheur de son mari et celui de l'État. Toutes
ces bonnes qualités se rassemblent d'un coup d'œil dans la personne de
mademoiselle de Vermandois... Si vous choisissez une princesse
étrangère, vous ne connaîtrez ni son âme, ni son corps. Quant au corps,
je veux qu'elle soit suivant toutes les apparences dans les conditions
requises; qui est-ce qui me répondra de ce que l'on ne voit pas, des
défauts du tempérament et des infirmités qu'on a tant de soin à cacher,
surtout celles qui ont rapport aux enfants? Qui peut répondre si la
figure plaira au Roi? Quant à l'âme, que savez-vous ce que vous
prendrez? Tout le monde sait qu'il n'y a rien de pareil à tous les
artifices que l'on emploie pour plâtrer une fille à marier. Il me semble
qu'elles sont toutes des anges avant leurs noces, comme elles sont des
diables fort peu après... Mais voici le triomphe de la cause que je
plaide; par un miracle unique, nous sommes dans un cas qui ne peut avoir
rien de pareil.--Le corps et l'esprit de mademoiselle de Vermandois sont
à découvert; V. A. S. les peut connaître aussi bien que l'anatomiste et
le confesseur.»]
[18: Un émissaire du duc de Bourbon était allé trouver le maréchal
d'Uxelles dans sa retraite, et dans une longue conférence sur la
nécessité de marier le Roi, amenait la conversation sur mademoiselle de
Vermandois. Et comme le maréchal lui objectait, ainsi que le croyait
tout le monde, qu'elle voulait se faire religieuse, l'envoyé secret du
duc laissait échapper que si la volonté de la princesse était bien
décidée, ce serait un empêchement sans réplique, mais que rarement la
vocation tenait à de certaines épreuves. À quoi le maréchal, qui
semblait se soucier médiocrement de cette alliance, répliquait que le
duc s'exposait à ce que tous ceux qui étaient opposés au renvoi de
l'infante diraient qu'il ne s'était déterminé à prendre cette résolution
que pour la satisfaction de ses intérêts personnels, et que la maison
d'Orléans allait acquérir autant d'amis qu'il y avait de personnes
jalouses ou mécontentes.]
[19: _Archives nationales. Monuments historiques_. Carton K, 139-140.]
[20: On répandait dans le public qu'une des conditions de ce mariage
était la reddition à l'Espagne de Mahon et de Gibraltar, et que le
Parlement anglais s'y était opposé.]
[21: _Histoire de France pendant le dix-huitième siècle_, par C.
Lacretelle, Paris, 1812, t. II.]
[22: Madame de Prie, reconnaissant l'insuffisance politique du duc de
Bourbon, avait formé un conseil intime des quatre frères Paris. Le rôle
que jouèrent ces quatre frères sous les sœurs de Nesle et madame de
Pompadour mérite qu'on raconte leur origine.
Le père Paris tenait au pied des Alpes une auberge ayant pour enseigne
_À la Montagne_, aidé dans le service des voyageurs par quatre vigoureux
garçons. En 1710, un munitionnaire cherchant à travers les Alpes un
passage pour faire passer promptement des vivres en Italie au duc de
Vendôme, tomba dans l'auberge et confia son embarras à l'aubergiste. Le
père Paris lui dit que ses fils connaissaient tous les défilés et lui
feraient passer son convoi; en effet, le convoi passa. Le munitionnaire
présenta les jeunes gens au duc de Vendôme qui les fit entrer dans les
vivres. Nés avec le génie des affaires, un abord plaisant, actifs, unis
et agissant de concert sur un plan suivi, ils réussirent tout de suite.
Devenus suspects à Law dont ils critiquaient les opérations, ils étaient
un moment exilés, mais rentraient bientôt en France où leur fortune
était déjà assez bien établie en 1722, pour que Paris l'aîné fût nommé
garde du Trésor royal. La disgrâce de M. le Duc entraînait celle des
Paris, mais ils reprenaient faveur en 1730, époque où Paris de
Montmartel, le cadet des quatre, était fait garde du Trésor royal.
Devenu banquier de la cour, pendant tout le cours du siècle il influe
tellement sur la finance du royaume, qu'il fixe le taux de l'intérêt et
qu'on ne place ni on ne déplace sans le consulter un contrôleur
général.--Disons que la proposition de Paris-Duverney rencontra,
peut-être pour son adoption et sa réussite, les louanges que lors de la
négociation à Rastadt du mariage de la duchesse d'Orléans, le comte
d'Argenson avait faites de la princesse Marie, voulant la donner comme
femme au duc d'Orléans.]
[23: _Mémoires du maréchal duc de Richelieu_, par Soulavie, t. IV.]
[24: Barbier dit tenir les faits des gens de la maison.]
[25: Dans l'état des princesses à marier Marie Leczinska avait été
comprise dans la liste des dix princesses rejetées tout d'abord parce
qu'elles étaient de branches cadettes ou trop pauvres.--Voici la note
qui la concerne: «_Marie fille du Roi de Pologne Leczinski.--21 ans._ Le
père et la mère de cette princesse et leur suite viendraient demeurer en
France.»]
[26: _Mémoires secrets sur les règnes de Louis XIV et de Louis XV_, par
Duclos, t. II.--En l'excès de sa reconnaissance, Stanislas, dans la
lettre en réponse (avril 1725) à la lettre de notification du duc de
Bourbon, lui écrivait qu'il lui transmettait sa qualité de père et qu'il
voulait que le Roi tînt sa fille de la main du duc.]
[27: _Journal et Mémoires de Mathieu Marais_, publiés par M. de Lescure,
t. III. On chantonnait:
Par l'avis de Son Altesse
Louis fait un beau lien;
Il épouse une princesse
Qui ne lui apporte rien
Que son mirliton.
]
[28: Lettre communiquée par M. de Châteaugiron, _Revue rétrospective_,
t. XV.]
[29: On parlait aussi d'un mal à la main.]
[30: _Archives nationales. Monuments historiques_. Carton K, 139-140.]
[31: _Journal et Mémoires de Mathieu Marais_, t. III.--Mathieu Marais
dit que, devant cette déclaration de mariage, la cour se montrait triste
comme si on était venu lui dire que le Roi était tombé en apoplexie. La
cour éprouvait une humiliation de ce mariage et n'était pas sans
inquiétudes sur les difficultés que pouvait nous susciter avec le
concours de l'Empire, du roi d'Espagne, de l'Angleterre, Auguste, le
vrai Roi de Pologne.]
[32: _Archives nationales. Monuments historiques._ Carton K,
139-140.--Le même jour le duc de Bourbon écrivait à Marie Leczinska:
«Votre mariage avec le Roi n'étant pas déclaré, je n'ai pas osé jusqu'à
présent vous écrire et je me suis contenté de supplier le Roi votre père
de vous assurer du désir que j'avais de voir sur le trône de France une
princesse dont les vertus retentissantes dans toute l'Europe ne
pourraient pas manquer de faire le bonheur de l'État, la satisfaction du
Roi et la consolation de ses sujets; mais aujourd'hui que le Roi vient
de rendre publique cette grande et importante affaire, ce serait manquer
à mon devoir, si je différais un moment de vous marquer ma joie d'avoir
été assez heureux pour qu'il se trouvât, durant mon ministère,
l'occasion de rendre à ma patrie le service le plus essentiel qu'elle
pût attendre de moi.»]
[33: Il s'agissait de renseignements sans doute demandés à cause des
bruits qui commençaient à courir en France sur les prédilections de la
princesse pour les jésuites, et à propos de ce surnom d'_Unigenita_
qu'on était en train de lui donner. Marie Leczinska préparait pour
présent de noces au Roi un livre d'heures écrit de sa main et dont elle
avait fait acheter pour la reliure le maroquin à Paris.]
[34: _Revue rétrospective_, t. XV.]
[35: _Archives nationales. Monuments historiques_. Carton K. 139-140.]
[36: _Mémoires du comte de Maurepas Buisson_, 1792, t. II.--Le _Mercure
de France_ dit à la date du 9 août: Les princes et princesses de la
Maison Royale se rendirent dans le Cabinet du Roi à Versailles pour la
signature du contrat de mariage de S. M. avec la princesse Marie, fille
du Roi Stanislas. Le contrat ayant été lu par le comte de Morville, il
fut signé par le Roi etc... et par le comte de Tarlo chargé des pleins
pouvoirs de Stanislas et de la princesse Marie pour remplir ces
fonctions, lequel partit le lendemain pour porter ce contrat au Roi
Stanislas à Strasbourg.]
[37: Dans les lettres du duc de Bourbon conservées aux Archives, se
montre une grande indécision sur le personnage qui doit épouser Marie
Leczinska au nom du Roi. Le duc songe d'abord à faire épouser la Reine
par son père, puis par le duc d'Antin; il réfléchit enfin qu'il serait
plus convenant de charger de ce rôle un prince du sang, et il pensait au
duc de Charolais, quand le duc d'Orléans réclamait cet honneur comme
premier prince du sang.]
[38: Voici le récit que donne de ce mariage la _Gazette de France_ du 5
août 1725.
«De Strasbourg, le 16 aoust 1725.
«Le 14 de ce mois après midy, le duc d'Orléans nommé par le Roy pour
épouser en son nom la princesse Marie, fille du Roy Stanislas, estant
accompagné du duc d'Antin et du marquis de Beauvau, ambassadeurs de Sa
Majesté Très-Chrétienne, alla au Gouvernement dans les caerosses du Roy
Stanislas. Ils montèrent dans l'appartement de la princesse Marie qui
s'y rendit, aussitôt après leur arrivée, avec le Roy Stanislas, et la
Reine son épouse. Après la lecture des pleins pouvoirs donnés par le Roy
au duc d'Orléans, le cardinal de Rohan, grand Aumônier de France, fit la
cérémonie des fiançailles.
«Le 15, vers onze heures du matin, la princesse Marie se rendit avec le
Roy Stanislas et la Reine son épouse à l'Église Cathédrale où le duc
d'Orléans l'épousa au nom de Sa Majesté Très-Chrétienne. Cette cérémonie
fut faite par le Cardinal de Rohan, grand Aumônier de France, en
présence des deux ambassadeurs. Après la célébration du mariage, le duc
de Noailles, Capitaine des Gardes du Corps, et les officiers qui
composoient la maison de la Reine entrèrent en fonctions de leurs
charges auprès de Sa Majesté qui revint au Gouvernement, où elle trouva
mademoiselle de Clermont, princesse du sang, Surintendante de sa Maison,
qui luy présenta les dames que le Roy a envoyées au-devant d'Elle. La
Reine disna en public avec le Roy Stanislas et la Reine son épouse; et
Elle fut servie par les officiers du Roy de France.»
Le _Mercure de France_ dit que mademoiselle de Clermont était partie le
25 juillet, suivie de dix carrosses du Roi attelés de huit chevaux,
accompagnée de la dame d'honneur qui était la maréchale de Boufflers, de
la dame d'atours qui était la comtesse de Mailly, et de la duchesse de
Béthune, et de la comtesse d'Egmont et des marquises de Nesle et de
Rupelmonde. Le _Mercure_ ajoute que toutes ces dames, par respect pour
la princesse et par bienséance pour les carrosses du Roi, firent le
voyage sans écharpes et en manteaux troussés. Quant à la marquise de
Prie, elle avait pris les devants avec la marquise de Tallard, et était
partie le 19 juillet pour Strasbourg.]
[39: _Journal de Barbier_, édition Charpentier, t. I.--Le duc d'Antin
représenta son maître et souverain avec la plus grande magnificence,
étonnant la ville de Strasbourg par le luxe de ses équipages et la tenue
de ses douze pages en habits galonnés d'argent et de soie, aux parements
de velours vert garnis de réseaux d'argent.]
[40: Avis salutaires du Roi Stanislas à la Reine de France sa fille, au
mois d'août 1725:
«Écoutez, ma chère fille, oyez et prestez l'oreille, oubliez votre
peuple et la maison de votre père; j'emprunte la parole du Saint-Esprit,
ma chère enfant, pour vous dire un adieu, puisque dans l'événement
d'aujourd'hui, je ne contemple que son ouvrage et la droite du
Tout-Puissant qui nous conduit au travers de toute la prudence humaine,
de toutes les spéculations politiques, de toute attente.
«Répondez aux espérances du Roy par toute l'attention à sa personne, par
une entière complaisance en ses volontez, par la confiance en ses
sentimens, et par votre douceur naturelle à ses désirs; que de luy
plaire soit toute votre envie, de luy obéir tout votre plaisir, et
d'éviter tout ce qui peut lui faire la moindre peine soit votre étude,
et que sa vie précieuse, sa gloire et son intérest soient toujours votre
unique et aimable objet.»... (_Archives nationales. Monuments
historiques_, K, 138.)]
[41: La Reine partait le 17 de Strasbourg, couchait ce jour-là à Saverne
chez le cardinal de Rohan, arrivait à Metz le 21, en repartait le 24, se
trouvait à Châlons le 28, gagnait Montereau le 3 septembre, d'où le
lendemain 4, elle se mettait en Marche pour Moret où elle arrivait avec
le Roi qui était allé au-devant d'elle.]
[42: _Journal et Mémoires de d'Argenson_, édition Renouard,
t.1.--Barbier raconte qu'il y eut un retard à Moret, parce que le
carrosse de la Reine était embourbé de telle façon qu'il fallut y mettre
trente chevaux pour le retirer d'une fondrière.]
[43: _Mémoires de Barbier_, édition Charpentier, t. I.--Soulavie parle,
au moment du mariage du Roi, d'une série de peintures érotiques
commandées par Bachelier à Mademoiselle R..., célèbre par ses belles
nudités, pour éveiller chez le jeune Roi le goût de la femme. C'était
une lascive pastorale, où l'amitié innocente d'un berger et d'une
bergère était menée en douze toiles, par la succession de curiosités
entreprenantes et d'amoureux attouchements, au grand dénouement. Une
série de peintures identiques et auxquelles la tradition attribuait la
même destination aurait été vue par M. Thoré et existait sous l'Empire
dans un coin caché d'un château royal. On ne doutait pas que ces
peintures ne fussent de Boucher qui les aurait peintes un ou deux ans
après avoir remporté le premier prix à l'Académie de peinture.]
[44: Dans cette année de pluie diluvienne, de misère et de famine, où le
pain coûtait dans certaines provinces de France jusqu'à sept sols la
livre, il avait été question de ne point faire affiche de luxe dans ce
mariage; mais la noblesse de France ne put se résigner à n'être point
magnifique en ses habits, et Narbonne raconte que la plupart des
seigneurs avaient des bas de fil d'or pur trait de la valeur de 300
livres.]
[45: Marie Leczinska s'était mariée à Strasbourg--c'est le _Mercure de
France_ qui nous l'apprend--en habit d'étoffe d'or à fond noir avec une
mante en point d'Espagne d'or.]
[46: _Gazette de France_, n° 37 de l'année 1725.]
[47: Lettre du duc de Bourbon au Roi Stanislas le 4 septembre 1725.--Une
lettre du duc de Noailles, qui fut chargé d'aller au-devant de la Reine,
et qui l'accompagnait pendant son voyage, témoigne également des
sentiments amoureux du Roi:
«Sire, je n'ay point voulu importuner Votre Majesté de mes lettres
pendant le cours du voyage de la Reyne, sçachant que Votre Majesté étoit
informée de ce qui s'y passoit et que je n'aurois fait que grossir le
nombre de ceux qui avoient l'honneur de lui en rendre compte, mais je ne
puis garder le silence après avoir consommé la fonction dont j'ay eu
l'honneur d'estre chargé et ayant autant de sujets de félicitations à
faire à Votre Majesté. La Reyne est arrivée en parfaite santé, et la
manière dont elle a été reçue du Roy doit combler Votre Majesté de la
joie la plus vive; elle surpasse mesme, s'il est permis de le dire,
l'attente que l'on en avoit et renferme une infinité des circonstances
des plus flatteuses dont l'étendue d'une lettre ne me permet pas de
faire le détail à Votre Majesté...» (_Musée des Archives nationales_.
Plon, 1872.)]
[48: _Journal de Barbier_; édition Charpentier, tom. I.]
[49: On jouait ce soir-là à Fontainebleau l'_Amphitryon_ et le _Mariage
forcé_, de Molière.]
[50: Barbier dit: «Le Roi, étant tout déshabillé se jeta dans le lit
avec une vivacité extraordinaire. Ils ont été depuis onze heures du soir
jusqu'à dix heures du matin. Le Roi alla ensuite se mettre dans son lit
jusqu'à une heure pour se reposer.»--Voir la lettre de Voltaire du 7
septembre 1725.]
[51: Lettre du duc de Bourbon au roi Stanislas en date du 6 septembre
1725, tirée des _Archives nationales_ et publiée par la _Revue
rétrospective_, t. XV]
[52: Nous trouvons aux Archives nationales dans le registre du
secrétariat de la maison du Roy, année 1725, un brevet à la date du 21
may de 50,000 livres de pension pour Mademoiselle de Clermont, chef du
Conseil et surintendante de la Maison de la Reine pour en jouir sa vie
durant par-dessus les autres pensions qu'elle a et sur ses simples
quittances.]
[53: La charge avait une grande importance. La dame d'honneur avait le
pouvoir «de commander sur le fait de la chambre de la Reine, de recevoir
les serments des femmes de chambre et autres officiers de la chambre, de
leur ordonner et commander tout ce qu'elle verra nécessaire pour le
service de la Reine, de les admonester selon que leurs fautes le
requerront, de disposer et d'ordonner du fait et dépense de l'argenterie
et autres dépenses pour son service; de faire prendre toutes sortes de
marchandises pour ce nécessaires et d'en faire arrêter le prix avec les
marchands comme elle verra bon et être juste et raisonnable, désigner
les rôles et autres acquits...» Je ne trouve pas le traitement que
recevait la dame d'honneur en 1726, mais en 1769 elle recevait 16,558
francs qui se décomposaient ainsi, sçavoir: Gages 1,200 fr.--Pour son
plat, 7,200 fr.--Habillement, 930 fr.--Jetons et Tapis, 148
fr.--Charrois, 1,080. fr.--Pensions, 6,000 fr. Cy. 16,558 francs.]
[54: _Mémoires du maréchal duc de Richelieu_, par Soulavie. Londres,
1790, t. IV.]
[55: _Journal et Mémoires de Mathieu Marais_, publiés par M. de Lescure.
Didot, 1868, t. III.--On lit à la fin du brevet de nomination:
«Aujourd'huy six septembre mil sept cent vingt-cinq, la Reine étant à
Fontainebleau, la dame maréchale duchesse de Boufflers a presté entre
les mains de Sa Majesté le serment dont elle est tenue.»]
[56: Archives nationales. Registres du Secrétariat du Roi. Registre
O/69. Dans l'état de 1769 nous trouvons que la dame d'atours recevait
neuf mille quatre-vingt-six livres, qui se décomposaient ainsi, savoir:
Gages, 600 liv.--Plat, 3,600 liv.--Charrois, 886. liv.--Pension, 4,000
liv. Cy. 9,086 livres.]
[57: Soulavie donne très-positivement madame de Mailly comme nommée dame
d'atours à la formation de la maison de la Reine.]
[58: Dans l'état de 1769, la première femme de chambre a six mille
francs se décomposent ainsi, savoir: Gages, 150 fr.--Nourriture, 1297
fr. 10.--Entretenement 385 fr.--Et pour tous autres droits et profits,
4,167 fr. 10. Cy 6,000.]
[59: _Archives nationales_. Maison de Marie Leczinska. Carton O/3742.]
[60: _Mémoires du Président Hénault_. Dentu, 1855.--_Mémoires du duc de
Luynes_, _passim_.]
[61: C'est la Reine qui dira quand elle apprendra la part prise par la
vieille et galante princesse de Conti à l'intrigue de madame de Mailly:
«Ce vieux cocher aime encore à entendre claquer le fouet.» C'est elle
qui dira en 1738 à la maîtresse venant lui demander la permission de se
rendre à Compiègne: «Vous êtes la maîtresse.»]
[62: _Mémoires de d'Argenson_, édition Janet, t. I.]
[63: Le marquis d'Argenson dit: «Le Roi fait véritablement un travail de
chien pour ses chiens; dès le commencement de l'année il arrange tout ce
que les animaux feront jusqu'à la fin. Il a cinq ou six équipages de
chiens. Il s'agit de combiner leur force de chasse, de repos et de
marche; je ne parle pas seulement du mélange et des ménagements des
vieux et des jeunes chiens, de leurs noms et qualités que le Roi possède
comme jamais personne de ses équipages ne l'a su, mais l'arrangement de
toute cette marche, suivant les voyages projetés et à projeter, se fait
avec des cartes, avec un calendrier combiné, et on prétend que Sa
Majesté mènerait les finances et l'ordre de la guerre à bien moins de
travail que tout ceci.»--À propos des chiens du Roi, on me communique,
relié dans un petit volume en maroquin vert, aux armes, un manuscrit de
la main du Roi intitulé: «_État des chiens du Roy du 1er janvier 1738 et
des jeunes chiens entrés depuis 17..._ Ce petit volume portant sur son
dos: _État des troupes_, est curieux par les noms et les` appellations
des chiens et des chiennes de Sa Majesté. C'est Triomphante, Pucelle,
Sultane, Gaillarde, Topaze, Volage, Furibonde, Gambade, Princesse,
Mascarade, Bacchante, Gogaille, Tonnerre, Soldat, Nicanor, Tintamarre,
Naufrage, Ravage et toute la suite des terminaisons ronflantes en aux:
Fialaux, Favinaux, Fanfaraux, Garçonneaux, Rapidaux, Merveillaux,
Barbaraux, Demonaux, Cerberaux, etc.]
[64: _Mémoires du duc de Luynes_, t. II et III.--_Mémoires du duc de
Richelieu_, par Soulavie, t. IV et V.]
[65: Dans le choix de ses _soupeurs_ qui ne comprenait qu'un petit
nombre des seigneurs qui avaient chassé avec lui dans la journée, le Roi
mettait un despotisme taquin, cruel parfois. Un jour, ayant accepté du
duc de Crillon un mouton venant du midi et dont la chair passait pour
excellente, il se complaisait à ne pas l'inviter à manger de son mouton
avec les autres chasseurs. Un autre jour, le prince de Léon qui était
fort gourmand et désirait manger d'un poisson que l'on devait servir le
soir, ayant été oublié sur la liste du souper, se mettait intrépidement
à table avec le Roi. Aussitôt Louis XV de dire: «Nous sommes treize, et
je n'ai demandé que douze couverts; il y a quelqu'un de trop et je crois
que c'est M. de Léon; donnez-moi la liste, je veux le savoir.» Le duc de
Gesvres, désirant sauver M. de Léon, faisait semblant d'aller chez
Duport, huissier de l'appartement, et revenait disant qu'il n'avait
trouvé ni Duport, ni la liste. «Je le crois bien, reprenait le Roi
piqué, car Duport est à droite et vous avez été à gauche, allez donc le
chercher où il est.» La liste fatale, où n'était pas M. de Léon, était
apportée. Il restait néanmoins à table, mais le Roi ne lui disait pas un
mot, ne lui offrait de rien, affectait même de faire le tour à droite en
servant un plat de _rougets barbets_, et en finissant ce plat au voisin
de M. de Léon. Le malheureux gourmand, dit Soulavie, eut la bonté de
mourir de douleur pour cet affront.]
[66: _Vie privée de Louis XV_, à Villefranche, chez la veuve Liberté,
1782, t. V.]
[67: _Journal de Barbier_. Édition Charpentier, t. I.]
[68: _Mémoires du Président Hénault_, publiés par le baron de Vigan.
Dentu, 1855.]
[69: _Journal de Barbier_, t. I.]
[70: _Histoire de la Régence_, par Lemontey, t. II.--Un manuscrit de
l'Arsenal, _Histoire de France_, n° 220, donne une version un peu
différente.--«Madame, ne soyez pas surprise des ordres que je donne.
Faites attention à ce que M. de Fréjus vous dira de ma part; je vous en
prie et vous l'ordonne.»]
[71: À propos du néant absolu auquel a été réduite Marie Leczinska après
la chute du duc de Bourbon, donnons cette lettre de la Reine adressée à
M. de Fréjus et que veut bien me communiquer M. Boutron.
«31 août 1726.
«Vous ne doutez pas, Monsieur, du plaisir avec lequel j'ay receu votre
lettre, vous m'en avez fait infiniment en me mandant des nouvelles de la
_santé du roy_, pour laquelle il m'est naturel d'être toujours inquiète;
je suis bien fâchée que la peine qu'il a eue de se lever si matin aye
esté inutile, ayant eu une si _vilaine chasse_, remercié (le) de la
bonté qu'il a pour la _femme du monde_ la plus ataché et qui la resent
le plus vivement et dont le seul désir est de le mériter; toute mon
impatience est de l'en aler au plutôt _assurer moi-même_, ce que
j'espère ne tardera point, me portant de _mieux en mieux_; j'ay esté
fort afoiblie par le chaud qu'il a fait, mais depuis qu'il est cessé,
mes forces me reviennent; je _n'envoye à Fontainebleau_ que lundi, comme
nous sommes _convenus, crainte_ d'incomoder le roy. Si je suivois mon
inclination, vous i veyrez des couriers plus souvent; je suis fort
contente de ce que vous me dites de mon entresol, vous connoissez mon
_gout a estre seule_, ainsi vous pouvez juger par là qu'il ne me
déplaira pas. Vous avez raison de dire que l'on ne fait point la _même
chose_ à ma cour qu'à celle du roy, au lieu que l'on ne fait que bailler
_à Fontainebleau_, à Versailles on ne fait que dormir; pour moi, en mon
particulier, je m'en fait une _occupation_ et de jour et de nuit,
m'ennuyant beaucoup, cela ne déplaît point à _mes dames_ que vous sçavez
estre très _paresseuses_. À propos desquelles je vous dirai que j'ay
fait comme je vous dit qui esté comme elles sont toute la journée chez
moy de _leur donner la permission d'estre habillé plus commodément_, et
pour celles qui ne sont point dames _du palais_ ont eu ordre d'estre en
_grand habit_. Comme il m'est revenue de plusieurs endroits que cela
faisoit de la peine aux autres, et que plusieurs même qui sont _resté à
Paris_, ont tenue quelque discours sur cela; j'ay résolue aujourd'hui et
j'est même dit à la _maréchalle_ que me portant bien et sortant _demain_
à la chapelle, qu'elles se missent toutes _en grand habit_. J'espère que
vous approuverez cela, d'autant plus que effectivement, il n'y a ici,
outre mes dames que très peu d'autres, et que l'on prétend que c'est
cette raison qui les empêche de venir.
«Je souhaiteroit de sçavoir aussi les intentions du roy, sur mon
_ajustement_ et de celles qui me suiveront en arrivant à Fontainebleau;
couchant à _Petitbourg_, cela fait une espèce de voyage; enfin vous me
ferez plaisir de me donner vos _conseils en tout_, et celui qui me sera
le plus sensible de tout est que vous soyez persuadé de ma parfaite
estime pour vous.
«MARIE.»
«À Versailles.
«Je vous aurez escrit plutôt sur le mécontentement des _dames_, mais,
j'ay esté trop foible, je crois que vous ne désaprouverez pas ce j'ay
fait d'autant plus que me portant bien présentement elle n'ont pas
besoin d'être si assidue, je ne doute point que vous n'ayez de la peine
à lire ma lettre, ma main estant encore un peu tremblante.
«À Monsieur,
«Monsieur l'ancien Évêque de Fréjus,
«En Cour.»
]
[72: _Journal de Barbier_, t. II.]
[73: _Journal des règnes de Louis XIV et Louis XV_, par Narbonne,
premier commissaire de police de Versailles, édité par le Roi.
Versailles, 1866.]
[74: Ce sera une amusante comédie, quand madame de Mailly sera devenue
la maîtresse, de la voir le soir, au jeu quotidien de cavagnole de la
Reine, après la visite d'un demi-quart d'heure du Roi, aussitôt le Roi
sorti, demander à la Reine la permission de quitter et passer son
tableau à une autre joueuse.]
[75: _Mémoires de d'Argenson_, édition Renouard, t. I.]
[76: Le marquis d'Argenson dit: «Pour ce qui est de la société, au
commencement de son mariage, le Roi voulait passer ses soirées chez la
Reine, y jouer et y causer. La Reine, au lieu de l'y attirer, de l'y
mettre à son aise, de l'y amuser, faisait toujours la dédaigneuse. Aussi
le Roi en prit-il du dégoût, et s'habitua à passer ses soirées chez lui
d'abord avec des hommes, puis avec des femmes, sa cousine Charolais,
madame la comtesse de Toulouse.» Disons que les dédains, attribués à
Marie Leczinska par d'Argenson, étaient de l'embarras, de la gêne, de la
peur.]
[77: C'est elle qui, faisant enlever une échelle ayant tout l'air d'une
potence au moment d'une visite de Law à Saint-Maur, disait à madame la
Duchesse: «Belle maman, il faut la faire ôter, il prendrait cela pour
une incivilité.» C'était encore elle qui disait, à propos de madame
Amelot, la prétentieuse femme du secrétaire d'État, qui se plaignait de
ne pouvoir se rendre de sitôt à Versailles, parce qu'elle avait à
meubler sa maison de Versailles, de Fontainebleau, de Compiègne: «Il ne
faut pas s'étonner, c'est la tapissière du Marais.»]
[78: _Mémoires du duc de Richelieu_, par Soulavie, t. IV.]
[79: _Ibid._, t. V.]
[80: On la disait malade pendant les six dernières semaines de sa
grossesse, et l'on allait savoir de ses nouvelles sans en demander plus.
Malheureusement, un jour, un Suisse tout neuf répondait à un domestique
qui venait s'informer de la santé de mademoiselle: «Aussi bien que son
état peut le permettre et l'enfant aussi.»]
[81: Soulavie, sans donner aucune preuve de son dire, affirme que la
liaison du Roi avec mademoiselle de Charolais est incontestable, mais
qu'elle n'a duré que très-peu de temps, parce que Louis XV voulait
trouver de la solidité dans les sentiments qu'on lui témoignait,
solidité dont mademoiselle de Charolais était absolument incapable.]
[82: Marie-Victoire-Sophie de Noailles, née le 6 mai 1688, fille d'Anne,
duc et maréchal de Noailles, et de Marie-Françoise de Bournonville,
avait épousé en premières noces Louis Pardaillan d'Antin, marquis de
Gondrin, avec lequel elle avait vécu seulement trois ans, et s'était
remariée le 22 février 1728 avec Louis-Alexandre légitimé de France,
comte de Toulouse.]
[83: _Mémoires du duc de Richelieu_, par Soulavie, t. IV.]
[84: _Le Glaneur historique et moral_, juin 1732.]
[85: Peut-être à la fatigue, au dégoût de ces plaisirs que sollicitait
sans se lasser le tempérament du Roi, se joignaient des suggestions, des
conseils à voix basse, des paroles tombées au fond de l'âme chrétienne
de la Reine, maintenant mère d'un Dauphin, l'inspiration d'étranges
scrupules sur le respect dû à la sainteté du sacrement, et le doigt d'un
confesseur, montrant les anges qui gardent le lit nuptial purifié par la
continence.]
[86: _Mémoires du maréchal duc de Richelieu_, t. IV.]
[87: _Mémoires du marquis d'Argenson_, édition Renouard, t. II.--«Madame
de Mazarin entretenait publiquement le beau du Mesnil, un joueur pour
lequel elle était obligée de vendre un jour, dit d'Argenson, son hôtel,
ses nippes, ses pôts-à-oille, ce qu'elle avait tiré de ses amants l'abbé
de Broglie et M. de Maugis, ce qu'elle avait volé à la Reine.»]
[88: Madame de Gontaut, belle-fille du maréchal de Biron qui, au dire de
Besenval, avait le visage le plus beau et le plus parfait qu'ait jamais
formé la nature, s'était mise sur les rangs pour enlever le Roi à sa
femme, quatre ou cinq ans après son mariage. Et l'intrigue, aidée par
une cabale, touchait à la conclusion de si près que le vieux ménage des
Biron, pour ne pas être témoin du déshonneur de sa belle-fille, se
préparait à se retirer dans sa terre. Dans ce temps, M. de Gesvres,
célèbre par son impuissance, et dont les manières de femmelette étaient
si moquées, chargé d'un message pour le maréchal, était par lui retenu à
souper. Madame de Gontaut, qui n'aimait pas le duc, apostrophait tout à
coup, au milieu du repas, son fils, le jeune Lauzun: «Je vous trouve
bien des couleurs aujourd'hui, par hasard auriez-vous mis du rouge?» Le
jeune homme se défendant d'en avoir mis: «Eh bien, si vous dites vrai,
reprenait madame de Gontaut, frottez-vous avec votre serviette pour
faire voir à tout le monde que vous n'en avez pas, car rien n'est si
affreux pour un homme et ne le couvre d'un plus grand ridicule.» Au
retour de son message, comme le Roi vantait la figure de madame de
Gontaut, le duc de Gesvres faisait chorus avec le Roi sur les charmes de
la jeune femme, ajoutant que «c'était bien dommage que des dehors si
séduisants couvrissent un sang entièrement gâté par la plus affreuse
débauche.» Il n'en fallut pas davantage pour que le Roi ne songeât plus
à madame de Gontaut.]
[89: _Mémoires du duc de Richelieu_, t. III.]
[90: _Mémoires de Maurepas_, t. II.]
[91: _Mémoires du comte de Maurepas_, t. II.--Le public faisait grand
bruit autour du nom de madame Portail, la femme du premier président,
mais Versailles n'ignorait pas que sa malice, sa folie, les allures
entreprenantes de toute sa personne avaient effrayé le Roi qui s'était
fait remplacer au rendez-vous par M. de Lugeac. On citait encore une
madame d'Ancézune et d'autres, mais la cour savait qu'aucune de ces
femmes, amenées au Roi pour tromper ses sens et le distraire des
froideurs de la Reine, n'étaient faites pour toucher son cœur. Aucune
n'était de taille à continuer son rôle au-delà d'un caprice, à étendre
son rêve au-delà du réveil.]
[92: _Mémoires du marquis d'Argenson_, édition Renouard, t. II.]
[93: _Mémoires du duc de Luynes_, t. II.]
[94: Narbonne, le commissaire de police qui a fait un relevé des séjours
du Roi hors de Versailles, nous apprend qu'en 1730 le Roi ne demeure que
102 jours à Versailles, en 1731, 116 jours, en 1732, 105 jours, en 1733,
125 jours.]
[95: Madame de Toulouse qui, au dire d'un contemporain, était d'une
avarice égale à son père le maréchal de Noailles, tirait de temps en
temps de Louis XV pour s'indemniser de ses séjours chez elle, des
ordonnances de 150,000 à 300,000 livres.]
[96: Mademoiselle de Charolais acquérait au commencement de 1733 de M.
de Pezé, gouverneur et capitaine de Madrid et du Bois de Boulogne, une
maison dans la cour du château... Elle faisait de cette habitation à
mi-chemin de Versailles et de Paris sa principale demeure et s'y
réjouissait fort. Dans les jours gras de cette année, ayant renvoyé
après le souper tout son monde, le petit duc de Nivernais, jeune homme
de quinze ou seize ans, ennuyé de quitter la partie, se cachait derrière
une portière, et était témoin d'un tête à tête très-vif de la princesse
avec le comte de Coigny. Il était surpris et réprimandé par la
princesse, dont il se vengeait par la chanson
La fille la plus vénérable,
Sans contredit,
S'ajoute un titre respectable,
Dont chacun rit.
_Demoiselle_ par excellence.
. . . . . . . . . .
Deux mille à qui Coigny succède
Diront ici.
Ce qu'à la fée qui l'obsède
Dit Tanzaï.
]
[97: Le marquis d'Argenson raconte ainsi le fait dans ses _Remarques en
lisant_, n° 2103: «Un domestique principal de la Reine m'a dit que
c'était cette princesse qui avait la première fait divorce avec le Roi;
que depuis deux ans il avait madame de Mailly; quand la Reine en fut
informée, elle s'imagina sottement qu'il y avait du risque pour sa
santé, puisque madame de Mailly avait eu accointance avec des libertins
de la cour. Elle refusa donc les droits de mari au Roi, car il allait
souvent coucher avec elle. La dernière fois, il passa quatre heures dans
son lit sans qu'elle voulût se prêter à aucun de ses désirs. Il ne la
quitta qu'à trois heures du matin en disant: «Ce sera la dernière fois
que je tenterai l'aventure;» et ce fut la dernière fois.]
[98: _Mémoires du maréchal duc de Richelieu_, par Soulavie, t. V.--Il
n'y a pas pour ainsi dire de bibliographie à faire des biographies des
demoiselles de Nesle; l'histoire de leur vie est éparse dans de Luynes,
dans d'Argenson, dans les Mémoires de Richelieu. Et je ne trouve guère
jusqu'à nos temps que deux morceaux de biographie spéciale consacrés à
la plus jeune: la notice de deux pages sur la duchesse de Châteauroux
insérée dans les _Portraits et caractères de personnages distingués de
la fin du XVIIIe siècle_, par Senac de Meilhan, Dentu, 1813, et le
_Fragment des mémoires de la duchesse de Brancas_, publié dans les
_Lettres de Lauraguais à madame ***_. Buisson, an X (1802).
Je citerai cependant un petit volume très-rare publié, en Allemagne,
sans indication de localité, intitulé: _Remarquable histoire de la vie
de la défunte Anne-Marie de Mailly, duchesse de Châteauroux, favorite de
Louis quinzième, roi de France_, 1746 (en allemand), volume contenant
quelques anecdotes qui ne se trouvent que là.
En dehors de cela, il n'y a pas autre chose à consulter que les
imbéciles romans allégorico-historiques qui contiennent si peu de vérité
vraie. C'est _Tanastès, Conte allégorique_, la Haye, 1745, où madame de
Mailly, madame de Châteauroux, madame de Lauraguais sont désignées sous
les surnoms d'une fée antique, d'_Ardentine_, de _Phelinette_. Ce sont
les _Mémoires secrets sur l'histoire de Perse_, Amsterdam, 1749; où
_Retima, Zélinde, Fatmé_, sont les pseudonymes sous lesquels se
dissimulent madame de Mailly, la comtesse de Toulouse, mademoiselle de
Charolais. Ce sont enfin les _Amours de Zeokinizul, Roi des Kofirans_,
Amsterdam, 1747, qui désignent la comtesse de la Tournelle sous
l'anagramme de _Lenourtella_, madame de Vintimille sous celui de
_Lentinimil_, madame de Mailly, sous celui de _Liamil_.
Et c'est là, je crois, presque tout. Cependant il ne faut pas oublier
surtout pour l'histoire de madame de la Tournelle le curieux et rare
livre intitulé: _Correspondance du cardinal de Tencin et de madame de
Tencin sa sœur avec le duc de Richelieu. Sur les intrigues de la cour de
France depuis 1742 jusqu'en 1757, et surtout pendant la faveur des dames
de Mailly, de Vintimille, de Lauraguais, de Châteauroux, de Pompadour_,
1770. Ce livre cité, nous tombons dans le roman et les correspondances
apocryphes comme celle-ci: _Correspondance inédite de madame de
Châteauroux avec le duc de Richelieu, le maréchal de Belle-Isle, de
Chavigni, madame de Flavacourt, etc., par madame Gacon Dufour, Paris,
Collin_, 1806, 5 vol. in-16, etc.]
[99: _Mélanges historiques_, par M. B... Jourdain, t. II.--Boisjourdain,
opposant la beauté de madame de Mailly à la beauté charnue et matérielle
de madame de Vintimille, dit que c'était une beauté maigre et
efflanquée.]
[100: Un grand nombre de peintres firent le portrait de madame de
Mailly, puisqu'à la date de décembre 1739, le duc de Luynes écrit: «L'on
peint actuellement madame de Mailly en pastel. C'est un nommé Latour.
Madame de Mailly disait ce matin que c'était le seizième peintre qui a
fait son portrait.»
De ces seize portraits et de ceux qui suivirent, il n'y en a pas un seul
d'existant aujourd'hui dans les musées et les collections particulières.
Comme portrait gravé, nous n'avons qu'une misérable gravure exécutée
pour l'édition de Soulavie de 1793.
Madame de Mailly est représentée en robe montante bordée de fourrure,
avec sur la tête une espèce de fanchon noire nouée sous le menton, et le
buste enveloppé d'un grand voile jouant autour d'elle.
Ce portrait porte dans le tournant du cadre: MADAME DE MAILLY: dans la
tablette: _Puisque vous la connaissez si bien, priez donc Dieu pour
elle._ Au-dessous de la tablette, on lit à la pointe sèche, sans
indication de nom de peintre: _N. V. I. Masquelier sc._ 1702. Ce
portrait figure dans le volume 7, page 88.]
[101: Voici le curieux récit du duc de Luynes (12 août 1739): «Le
mercredi, le Roi partit de la Meute sur le midi, il alla à Madrid, où il
entra chez Mademoiselle qui dormait; ne s'étant point réveillée, le Roi
alla chez mademoiselle de Clermont qui se réveilla, mais la visite ne
fut pas longue. Le Roi passa ensuite à l'appartement de madame de
Mailly; elle était éveillée, mais dans son lit, toute coiffée et la tête
pleine de diamants, mais elle couche toujours ainsi; elle avait sur son
lit la jupe de son habit pour le mariage de Madame, et dans sa chambre
un joaillier nommé Lemagnan qui a beaucoup de pierreries et qui prête
des parures valant deux ou trois millions. Il y avait aussi des
marchands de Paris de parure d'habits que l'on appelle de _Charpes_
(Duchapt) et que madame de Mailly appelle ses _petits chats_. Le Roi
entra dans la plaisanterie et les appela de même, examina la jupe et les
pierreries du sieur Lemagnan fort en détail.»]
[102: «Le Roi, encore sauvage et délicat en 1732 (époque de ses
premières passions pour madame de Mailly), ne recherchant alors aucune
femme s'il n'en était recherché lui-même... Madame de Mailly, qui
n'était ni entreprenante, ni dévergondée, avait fait toutes les avances
pour séduire le Roi qui n'en fut pas séduit. Attendant le moment
indiqué, assise sur un canapé, affectant une posture voluptueuse,
montrant la plus belle jambe qu'il y eût à la cour et dont la jarretière
se détachait; cette affectation même repoussa le jeune monarque.
Bachelier voulut lui faire apercevoir des objets délicieux, et le Roi,
honteux ou distrait, n'y prit pas garde. Madame de Mailly l'agaça et le
prince fut froid; alors Bachelier voyant que tout était perdu sans une
entreprise déterminante, prit le Roi sous les aisselles et l'obligea...
et le Roi qui jouait à cheval fondu avec Bachelier et Lebel et autrefois
avec le cardinal, dans l'intérieur de ses appartements quand il était
seul avec eux, se laissa précipiter sur madame de Mailly par son valet
de chambre.»
Au récit de Soulavie, ajoutons le récit de Boisjourdain, qui diffère sur
les détails, mais qui témoigne d'une certaine violence exercée sur les
sens du Roi: «Le duc de Richelieu fut chargé par le cardinal de Fleury
de lui proposer madame de Mailly. Ce seigneur, qui savait se plier à
tout et qui plaisait au Roi, trouva le moyen de le mettre adroitement
dans la conversation sur le compte de la Reine; lui parla du vide
qu'elle laissait dans son cœur, de son ingratitude et de la nécessité de
remplacer la passion qu'il avait pour elle par une autre; enfin
détermina le Roi à une entrevue avec madame de Mailly; mais elle fut
infructueuse; le Roi, soit timidité, soit par un reste d'attachement
pour la Reine, ne fut pas ébranlé. La dame en fut désespérée et se
plaignit qu'on l'eût exposée à une sorte d'affront. L'on eut bien de la
peine à la décider à un second tête-à-tête; on la prévint qu'il fallait
oublier le monarque et ne s'occuper que de l'homme. La facilité du jeune
prince à revenir à elle l'encouragea et l'enhardit elle-même. On assure
que, dans ce rendez-vous, pour triompher et parvenir à son but, elle ne
se borna pas aux agaceries ordinaires, mais qu'elle se laissa aller aux
moyens et aux avances des plus habiles courtisanes. Alors le jeune homme
se livra à des emportements d'autant plus violents qu'ils avaient été
longtemps contraints. Enfin madame de Mailly sortit dans une espèce de
désordre amoureux du lieu où elle avait été seule avec le Roi, et,
passant devant ceux qui avaient intérêt à connaître le résultat de la
démarche, elle ne leur dit autre chose que ces mots très-expressifs:
«_Voyez, de grâce, comme ce paillard m'a accommodée._»
Enfin, le marquis d'Argenson, tout en se trompant sur la date de
l'aventure et sur l'introducteur, la raconte en ces termes: «Cela s'est
accompli dans les entresols du Roi; un nommé Lazure en est le concierge;
il a sous lui un second qui amena au Roi cette dame, c'était l'hiver
dernier; elle parut derrière un paravent. Le Roi était honteux, il la
tira par sa robe; elle dit qu'elle avait grand froid aux pieds, elle
s'assit au coin du feu. Le Roi lui prit la jambe et le pied qu'elle a
fort joli, de là il lui prit la jarretière. Comme elle avait ses
instructions de ne pas résister à un homme si timide, elle dit: «_Eh!
mon Dieu! je ne savais pas que Votre Majesté me fît venir pour cela, je
n'y serais pas venue!_» Le Roi lui sauta au cou, etc.».]
[103: _Mémoires du duc de Richelieu_, par Soulavie, t. V.]
[104: _Mémoires de d'Argenson_, édition Renouard, t. I.]
[105: _Mémoire signifié_ par Louis de Mailly, marquis de Nesle,
chevalier des ordres du Roy, demandeur, contre les syndics et directeurs
de ses prétendus créanciers, défendeur.--Mémoire pour les
syndics.--Mémoire pour les syndics et directeurs des créanciers du
marquis de Nesle contre le marquis de Nesle.--Les papiers séquestrés de
la famille de Mailly aux Archives nationales contiennent plusieurs
cartons de pièces imprimées ou manuscrites: procédures, saisies, ventes
de vaisselle plate, etc., de l'infortuné marquis.]
[106: Papiers séquestrés. Famille Mailly de Nesle.--Contrat de M. le
comte et madame la comtesse de Mailly, 30 may 1726. Carton 1/1-10.]
[107: _Mémoires de d'Argenson_, édition Renouard, t. I.--Le duc de
Luynes nous apprend qu'en mars 1740, par suite de partage, les quatre
sœurs--il y avait des arrangements particuliers pour mademoiselle de la
Tournelle--avaient chacune 7,500 liv. de rente ou environ, savoir
100,000 écus à rente constituée au denier-vingt, 200,000 liv. qui
étaient au denier-quarante, et 200,000 liv. d'argent comptant. Outre
cela madame de Mailly, à qui M. de Nesle en la mariant avait promis
8,000 liv. de rente et qui n'en avait jamais rien touché, devait être
payée de quatorze ou quinze années d'arrérages qui lui étaient dus.]
[108: _Journal des règnes de Louis XIV et de Louis XV_, par Pierre
Narbonne, premier commissaire de police de Versailles, édité par Le Roi.
Versailles, 1866.]
[109: _Mémoires du duc de Richelieu_, par Soulavie, t. V.]
[110: _Journal de Barbier_, édition Charpentier, t. III.]
[111:
Notre monarque enfin
Se distingue à Cythère;
De son galant destin
L'on ne fait plus mystère
Mailly, dont on babille,
La première éprouva
La royale béquille
Du père Barnaba!
]
[112: _Journal des règnes de Louis XIV et de Louis XV_, par Pierre
Narbonne, Versailles, 1866.--Cette affiche publique de la liaison du Roi
avec madame de Mailly venait à la suite d'une brouille. D'Argenson dit,
à la date du 16 juin 1738: «Madame de Mailly a été brouillée avec le Roi
pendant la semaine de la Pentecôte, et personne ne sait pourquoi, mais
elle est raccommodée et bien mieux que jamais. _Amantium iræ amoris
integratio est_, dit Térence.»]
[113: _Journal des règnes de Louis XIV et Louis XV_, par Pierre
Narbonne, Versailles, 1866.]
[114: En fait d'ingénuité, Barbier raconte celle-ci: «Le seigneur de la
Roque qui fait le _Mercure galant_ a été à l'extrémité avant le voyage
de Fontainebleau... Fuzelier, poëte qui a fait plusieurs pièces, garçon
d'esprit et mal à l'aise, a fait des mouvements auprès de M. de
Maurepas, de qui cela dépend pour avoir cette commission. Comme il est
de tout temps ami du marquis de Nesle et de madame de Mailly sa fille,
il l'alla trouver un matin dans son lit et lui dit: «Madame, je viens
vous prier de me rendre un service.» Elle se défendit d'abord sur ce
qu'elle ne demandoit quoi que ce soit; il la tourmenta tant, qu'elle lui
dit: «As-tu un mémoire?--Oui, madame.» Elle le prit, le lut. «Qu'on me
lève, dit-elle: mes porteurs! Va m'attendre chez M. de Maurepas, j'y
vais dans le moment.» Elle y arrive. M. de Maurepas n'étoit pas chez
lui. Elle dit à son valet de chambre qu'elle reviendra, et de prier M.
de Maurepas de l'attendre, et par un effort d'imagination, pour servir
plus chaudement Fuzelier, elle va tout de suite chez M. de la Peyronie
premier chirurgien du Roi. «Je viens, lui dit-elle, vous demander une
grâce qu'il faut que vous m'accordiez absolument. Je vous demande pour
Fuzelier, que je protège, un privilège exclusif pour distribuer le
_Mercure_.» M. de la Peyronie tomba de son haut; il lui témoigna la
disposition de lui accorder tout ce qui dépendoit de lui, mais en même
temps l'impossibilité de le faire sur cet article... Malgré ses
instances, madame de Mailly, persuadée que la demande était ridicule,
s'en retourne chez M. de Maurepas tout en colère et lui dit: «Je venois
vous demander une grâce pour Fuzelier, mais il faut qu'il soit fou pour
me faire faire des démarches pour une chose qui ne se peut pas. Je viens
de chez M. de la Peyronie qui me l'a bien assuré.--Mais, Madame, je suis
informé de ce que demande Fuzelier, cela n'a point de rapport avec M. de
la Peyronie.--Comment! dit-elle, il demande le privilège exclusif du
_Mercure_.--«Cela est vrai, lui répondit le ministre, c'est le _Mercure
galant_, qui est un ouvrage d'esprit.--Oh! dit-elle, que ne
s'explique-t-il donc, cet animal-là! Si cela est ainsi, je vous le
recommande très-fort.» L'anecdote est-elle vraie? Plus tard on prête,
toujours sur le _Mercure_, une bévue à peu près pareille à madame du
Barry.]
[115: _Mélanges de M. de B... Jourdain_, Paris, 1807, t. II.]
[116: À la date de juillet 1743, de Luynes dit: «Dans les commencements
des cabinets les soupers étaient extrêmement longs; il s'y buvait
beaucoup de vin de Champagne; le Roi même buvait assez; et quoiqu'il n'y
parût pas tant qu'à quelques-uns de ses courtisans, il ne laissait pas
que d'y paraître quelquefois.»]
[117: Les soupers des cabinets n'avaient lieu que les jours de chasse.]
[118: Moutier devenait le cuisinier des petits appartements seulement au
moment où madame de Mailly était des soupers. Moutier était une espèce
d'artiste qui avait chez M. de Nevers, outre des gages considérables,
des conditions toutes particulières: il n'était tenu à faire à souper
que deux fois par semaine, et le duc devait lui fournir tous les ans
trois habits à son choix. Le Roi avait voulu absolument l'avoir, mais ça
avait été une très-grosse affaire: les officiers de la bouche s'étant
livrés à toutes sortes de brigues pour qu'il ne fût pas reçu, et ayant
poussé la mauvaise volonté jusqu'à lui fournir des produits gâtés dans
les premiers soupers où le Roi l'avait essayé.]
[119: _Mémoires du duc de Luynes_, t. II.]
[120: _Vie privée de Louis XV_, Londres, 1785, t. II.--Le duc de Luynes
nous donne l'heure à laquelle se couchait le Roi au sortir de ces
soupers. Le 26 juin 1738, à un souper où assistait madame de Mailly, le
Roi, après avoir bu du Champagne, se couchait à six heures du matin,
après avoir entendu la messe, et restait au lit jusqu'à quatre heures du
soir. Le 3 juillet, dans un autre souper ou était encore madame de
Mailly, le Roi, qui buvait pas mal de champagne, sortait de table à cinq
heures du matin, allait jouer au tric-trac avec M. du Bordage et,
toujours après avoir entendu la messe, se mettait au lit dont il ne
sortait cette fois qu'à cinq heures du soir.]
[121: _Louis XV enfant. Portraits intimes du_ XVIIIe _siècle_, par E. et
J. de Goncourt. Un volume Charpentier.]
[122: _Mémoires de d'Argenson_, édition Renouard, t. II.]
[123: La fortune de cette famille des Bachelier est bizarre. Le père
était un maréchal-ferrant auquel on amenait un cheval du duc de la
Rochefoucauld à ferrer et qui l'enclouait. Il renonçait à son enclume et
entrait au service du duc, puis passait au service de Louis XIV, en
1703; au bout de vingt ans de service de valet de garde-robe, il
obtenait un brevet de survivance en faveur de son fils François-Gabriel
Bachelier. Et en 1723, une note de Marais nous apprend que ledit Gabriel
Bachelier, un des valets de chambre de Louis XV qui ne l'avait pas
quitté pendant toutes ses chasses, recevait du jeune Roi un cheval
superbement harnaché, un brevet de 4,000 livres de pension et une canne
d'or.]
[124: Ces nouvelles avaient aussi le mérite d'être, selon l'expression
de d'Argenson, le contre-poison des nouvelles remises par le lieutenant
de police Hénault au cardinal Fleury.]
[125: Quand le maréchal de Belle-Isle sera nommé ministre
plénipotentiaire à Francfort, ce sera de Bachelier qu'il prendra ses
véritables instructions.]
[126: _Mémoires de d'Argenson_, édition Renouard, t. III.]
[127: Bachelier, en dehors de l'influence que pouvait lui donner sur le
Roi une maîtresse de sa main, aurait été amené à rendre publique la
liaison du Roi avec madame de Mailly par le souvenir d'une phrase, qu'un
jour le cardinal lui aurait dite en travaillant avec lui: «qu'il
quitterait le ministère à la _première maîtresse_ qu'aurait le
Roi[128].» Bachelier pensait du coup faire premier ministre Chauvelin ou
le devenir lui-même.]
[128: _Mémoires de d'Argenson_. Édition Renouard, t. I.]
[129: C'était au commencement de la faveur de madame de Vintimille.
Flavacourt et le mari de la Vintimille parlaient des amours du Roi, de
la laideur de l'une et l'autre sœur, du mauvais goût du souverain.
L'appartement des deux beaux-frères était situé au-dessous d'une
chambre, où se trouvait dans le moment le Roi qui, pour mieux les
écouter, avançant la tête dans la cheminée, jetait à la fin à celui qui
tenait la parole, le terrible: «Te tairas-tu!»]
[130: M. du Luc écrivant à madame de Mailly pour qu'elle obtînt de
placer un homme à lui dans un des châteaux du Roi, finissait sa lettre
par cette phrase: «Un mot dit de la belle bouche d'une belle dame comme
vous, finira l'affaire.» Sur le vu de la lettre, le Roi disait: «Ah!
pour une belle bouche, vous ne vous en piquez pas, je crois?» En effet,
madame de Mailly avait la bouche grande, mais bien meublée, selon
l'expression d'un contemporain.]
[131: Sur ses 250,000 ou 200,000 livres de rente, le marquis était
réduit alors à 24,000 livres de pension alimentaire, sur lesquelles dit
de Luynes, il en avait fait 6,000 à ses filles.]
[132: _Mémoires de d'Argenson_. Édition Renouard, t. II.]
[133: La démarche de madame de Mailly semble avoir été une démarche pour
la forme; M. de Bouillon lui avait persuadé que c'était le seul moyen de
réduire son père à la raison et lui avait proposé «un ajustement» par
lequel son père aurait 60,000 livres de rente payée à 5,000 livres par
mois. La veille de la lettre de cachet, madame de Mailly travaillait à
l'arrangement avec Maboul deux heures le matin et trois heures
l'après-dînée.]
[134: Le marquis de Nesle avait été d'abord exilé à Lisieux, puis à
Évreux, et enfin obtenait d'aller à Caen.]
[135: On lit dans les _Mémoires du marquis d'Argenson_, à la date du
mois de mai 1740: «M. de Mailly, mari de la maîtresse du Roi, a eu ordre
de sortir de Paris pour avoir tenu chez lui loge et souper de
francs-maçons, malgré les ordres réitérés du Roi. L'auguste qualité de
c... du Roi ne l'a pas exempté de cette proscription. Aussi cette dame
voit en ce moment son père et son mari exilés.»]
[136: Soulavie dit: «Le Roi passa dans peu de temps d'une extrême
réserve avec les femmes dans un grand libertinage.»]
[137: _Mémoires de d'Argenson_, édition Renouard, t. II.]
[138: _Journal de Barbier_, édition Charpentier, t. III.--Le chroniqueur
dit: «On dit qu'un garde du corps avait gagné une pareille... de ladite
petite bouchère, et que, voyant le Roi maigrir, sachant que la petite
fille avait rôdé autour des petits appartements, il alla trouver le
cardinal Fleury et lui avoua qu'il avait encore la ... de la petite
créature et que, si le Roi l'avait vue, il pourrait bien en avoir
autant.»]
[139: Dans le moment où le Roi ne chassait plus, ne sortait plus même de
sa chambre, M. le Duc engageant le Roi à voir des médecins, et le Roi
s'y refusant sous prétexte que cela occuperait trop les nouvellistes,
Courtanvaux s'écriait avec son franc parler: «Mais, sire, cela
n'empêchera pas que tout Paris n'ait beaucoup parlé. On a dit
publiquement que les chirurgiens étaient nécessaires à Votre Majesté
plus que les médecins consultants.» Et comme on s'étonnait de la
vivacité de l'apostrophe, Louis XV dit: «Je suis accoutumé à m'entendre
dire par Courtanvaux tout ce qu'il pense.»]
[140: D'Argenson rapporte que madame de Mazarin, son amant du Mesnil, et
leur conseil, l'abbé de Broglie, hasardant devant la Reine des projets
de régence, Marie Leczinska répétait: «Ah! quel malheur si une telle
perte arrivait!» et cela jusqu'à ce qu'au bout de ses exclamations elle
laissa échapper tout bas et dans un soupir: «Pour la régence, je ne
l'aurai pas!» Ces entretiens qu'on ébruita ne furent jamais pardonnés à
la Reine par le Roi.]
[141: _Mémoires de d'Argenson_, édition Renouard, t. II]
[142: Le Roi, ayant vu à Rambouillet chez la comtesse de Toulouse la
marquise d'Antin, l'avait trouvée fort jolie. Le soir, à un souper des
cabinets, madame de Mailly, lui jetait tout à coup: «_Sire, on dit que
vous avez vu madame la marquise d'Antin et que vous l'avez trouvée
charmante!_»--Point du tout, répondait le Roi qui cherchait à se
dérober, et était obligé, quelques instants après, de dire à la duchesse
d'Antin: «Votre belle-sœur avait une coiffure qui lui seyait bien mal.»]
[143: Il arrivait parfois cependant à madame de Mailly d'éprouver des
refus sur ce qui lui tenait le plus au cœur: la publicité de sa liaison
avec le Roi. C'est ainsi qu'en septembre 1739, mademoiselle de Charolais
et madame de Mailly faisaient l'impossible pour que le Roi allât au bal
de l'Hôtel-de-Ville. Le projet de ces dames était de se mettre aux côtés
de Sa Majesté, à la fenêtre qui donne comme une tribune sur la grande
salle du bal et de se démasquer sous prétexte de la chaleur aux yeux de
tous. Madame de Mailly s'entêtait à ce que le Roi y vînt, elle répétait:
«Mais, Sire, ce pauvre M. de Gesvres, mais ce pauvre M. le prévost des
marchands qui s'est donné tant de peine pour vous recevoir! Au moins,
Sire, que ce soit pour l'amour de moi.» Mais le Roi, qui était au fait
du projet de sa maîtresse, s'y refusa. En vain Mademoiselle fit cent
singeries, composa un placet, l'attacha à un rideau par une épingle en
disant au Roi: «Sire, vous ne lisez pas les placets qui vous sont
présentés.» Le Roi répondait: «Je sais ce qu'il contient, j'y mets néant
dès à présent.» Le soir, madame de Mailly toute masquée, sa chaise
attelée, son relais préparé à Sèvres, le duc de Villeroy venait lui dire
que le Roi n'irait pas au bal et qu'il avait défendu de lui remettre la
clef de l'appartement du Roi à l'Hôtel-de-Ville, dans le cas où elle
voudrait aller au bal sans lui. Et madame de Mailly, ainsi qu'elle le
racontait au duc de Luynes, était obligée de se démasquer, de renvoyer
sa chaise, de se coucher.]
[144: _Mémoires du duc de Luynes_, t. II et III.]
[145: _Mémoires du marquis d'Argenson_. Édition Renouard, t. I.--Madame
de Mailly avouera plus tard qu'elle avait cédé à des besoins d'argent,
qu'elle n'aimait pas le Roi, et que l'amour ne s'était déclaré chez elle
qu'au bout de quelques années.]
[146: _Mémoires de d'Argenson_, édition Renouard, t. I.]
[147: _Mémoires de d'Argenson_, t. II.]
[148: Guérapin de Vauréal, petit-fils d'un mercier qui avait acheté une
charge d'auditeur des comptes, possesseur d'une très-jolie figure et
entré dans les ordres, débutait par être surpris en conversation
criminelle à Marly avec la comtesse de Poitiers, dame d'honneur de la
duchesse d'Orléans, ce qui le faisait surnommer _coadjuteur de
Poitiers_. Il était aimé ensuite par la marquise de Villars et la
duchesse de Gontaut, dont la jalousie à son sujet éclata dans des
chansons où les deux rivales se dirent toutes les méchancetés
possibles.]
[149: On voit, pendant ce temps, Mademoiselle se faire la garde-malade
de madame de Mailly. La maîtresse a-t-elle un rhume, est-elle obligée de
garder le lit? Mademoiselle passe chez elle toutes les après-midi, et se
fait apporter dans sa chambre son souper.]
[150: «On dit que le sujet de la brouillerie de M. le Cardinal,--c'est
Barbier qui parle,--vient de ce que Mademoiselle avait tant pressé et
tourmenté le Roi pour renvoyer M. Amelot et pour donner la place de
secrétaire d'État à M. de Vauréal, évêque de Rennes, que le Roi lui en
avait donné sa parole. Il faut observer que le public critique donne ce
Monseigneur pour amant à cette princesse et que c'était bien là le plus
court chemin pour obtenir un chapeau de la cour de Rome et pour
prétendre à la place de premier ministre. M. le cardinal de Fleury,
instruit du fait, alla trouver le Roi, se déchaîna contre la princesse,
lui remontra que cela était non-seulement contraire à ses intérêts, mais
scandaleux. Le Roi lui répondit qu'il avait donné sa parole et qu'il le
voulait. Sur cela le Cardinal prit congé du Roi et donna ordre à toute
sa maison de partir sur le champ pour Issy. M. le duc d'Orléans a pris
parti dans cette affaire et, avec l'autorité de la religion, a fait
entendre au Roi que de pareilles paroles ne l'engageaient en rien. Il
l'a déterminé à n'en rien faire; et il a engagé, d'un autre côté, le
Cardinal à revenir prendre sa place à Versailles, de sorte que
Mademoiselle piquée au cœur ne voulait point aller à Fontainebleau.»]
[151: _Mémoires de d'Argenson_. Édition Renouard, t. II.]
[152: Les amours du Cardinal consistaient en une liaison sans doute
très-chaste, mais très-intime et très-suivie avec madame de Lévis, qu'on
savait souvent dîner en tête-à-tête avec le vieux Fleury dans une maison
de campagne à Vaugirard. C'était cette madame de Lévis, un esprit sage
et éclairé, capable d'entrer dans les plus grandes affaires et d'un
secret impénétrable. L'homme d'église consultait cette femme supérieure
pour le maniement et la cuisine des plus délicates choses du
gouvernement laïque d'une monarchie toujours gouvernée par une
favorite.]
[153: C'est encore madame de Mailly qui disait un jour au Roi auquel
elle demandait une grâce et qui répondait qu'il en parlerait au
Cardinal: «_Ne vous déferez-vous jamais de ce tic?_»]
[154: _Mémoires du maréchal duc de Richelieu_, par Soulavie, t. V.]
[155: Récit fait par madame de Flavacourt à Soulavie. (_Mémoires
historiques et politiques du règne de Louis XVI_, par Soulavie, Paris
1801, t. I).]
[156: _Mémoires du maréchal duc de Richelieu_, t. V.]
[157: «Elle avait de l'esprit, mais aussi brut qu'elle l'avoit reçu de
la nature, sans éducation, sans acquit, sans connoissance.» (_Mémoires
du duc de Luynes_, t. VII. Petite notice sur la Vintimille, page 102.)]
[158: Le duc de Luynes écrit à la date du 26 décembre 1738:
«_Versailles_.--Mademoiselle de Nesle est ici depuis quelques jours
c'est madame de Mailly qui en prend soin.»]
[159: Le duc de Luynes dit: «Madame de Mailly ne voit que mademoiselle
de Nesle de toutes ses sœurs, les trois autres sont toujours chez madame
de Mazarin.» Il n'y avait chez madame de Mazarin que madame de
Flavacourt et madame de la Tournelle; la troisième sœur, appelée
Montcarvel, mariée plus tard a M. de Lauraguais, demeurait chez madame
de Lesdiguières.]
[160: La brouille était complète entre la nièce et la tante. Voici ce
que raconte de Luynes à propos du voyage de Marly de mai 1739: «Le jour
que l'on arriva, M. d'Aumont, qui avait fait la liste du souper, y avoit
mis madame de Mailly et madame de Mazarin. Madame de Mailly ayant lu la
liste, dit à M. d'Aumont d'ôter ou l'une ou l'autre, parce qu'elles ne
soupoient point ensemble. La liste étoit montrée à madame de Mazarin
avertie; cela embarrassa beaucoup M. d'Aumont; cependant il prit son
parti d'aller dire à madame de Mazarin que c'étoit un malentendu, et
qu'elle n'étoit point du souper.» (_Mémoires du duc de Luynes_, t. II.)]
[161: _Mémoires du duc de Luynes_, t. X.]
[162: _Mémoires du duc de Luynes_, t. X.--Ce récit donné par de Luynes
est contredit par lui-même écrivant, à la date du vendredi 19 juin 1739,
que mademoiselle de Nesle loge chez Mademoiselle qui lui fait
continuellement des cadeaux.]
[163: _Mémoires du maréchal duc de Richelieu_, t. V.--Elle était laide,
dit un contemporain cité par de Luynes, d'une de ces laideurs qui
impriment plus la crainte que le mépris; sa taille était gigantesque,
son regard rude et hardi... Soulavie, qui eut de madame de Flavacourt,
morte seulement en l'an VII de la République, de curieux renseignements
sur ses sœurs, dit, et ce sont les expressions de madame de Flavacourt:
«Elle avait la _figure d'un grenadier, le col d'une grue, une odeur de
singe_.» Le mari de madame de Vintimille n'appelait sa femme que «mon
petit bouc», disant que c'était un diable dans le corps d'un bouc.]
[164: Donnons la parole à l'anonyme cité par le duc de Luynes qui,
contre toute vraisemblance et tous les témoignages historiques, cherche
à montrer dans l'intimité du Roi et de mademoiselle de Nesle une passion
platonique: «Elle ne connoissoit de devoirs que ceux qu'elle devoit au
Roi et à sa sœur. Mademoiselle, qui avoit le plus contribué à son
mariage et dont le motif étoit de s'en faire une créature et un moyen de
plus pour parvenir à gouverner, s'aperçut bientôt qu'elle s'étoit
lourdement trompée. Au lieu d'y trouver l'utilité qu'elle cherchoit,
elle n'y trouvoit qu'une barrière insurmontable. Madame de Mailly n'eut
plus le même besoin d'elle depuis qu'elle eut sa sœur. Cette princesse
fut si irritée, qu'elle résolut de perdre madame de Vintimille en la
rendant suspecte à sa sœur, et voici comment elle s'y prit: La
Vintimille, comme je l'ai dit, étoit d'une assiduité extrême à faire sa
cour au Roi; le Roi la traitoit avec toute la distinction imaginable, il
l'écoutoit avec attention lorsqu'elle parloit, il étudioit ses regards
lorsqu'il avoit parlé, enfin tout ce qu'un langage muet peut faire
découvrir d'estime, de considération et de goût apprenoit à madame de
Vintimille le cas qu'il faisoit d'elle et l'amitié qu'il avoit pour
elle. Elle en fut flattée beaucoup moins par vanité, dont elle n'étoit
pas extrêmement susceptible, que par la reconnoissance, qui produisit
bientôt en elle des sentiments plus vifs. Il est sûr qu'elle prit une
grande passion pour le Roi; il est vraisemblable que le Roi s'en
aperçut, mais il est certain qu'elle ne songea jamais à nuire à sa sœur,
et la conduite du Roi et d'elle a bien prouvé qu'elle ne l'auroit jamais
supplantée, mais qu'elle auroit pu lui succéder si le Roi avoit perdu
madame de Mailly, soit par la mort, soit par une retraite. Le Roi,
fidèle à madame de Mailly, jouissoit de l'esprit de madame de
Vintimille; il voyoit avec plaisir que madame de Mailly ne parloit que
d'après elle; il étoit convaincu que madame de Vintimille l'adoroit,
qu'elle ne vouloit que sa gloire et qu'elle étoit assez éclairée pour
bien connoître les moyens de la lui procurer; il y a toute apparence
qu'il se promettoit de lui donner toute sa confiance après la mort du
Cardinal.»]
[165: Au mois de décembre 1739, madame de Mailly se fâchait toute rouge
au sujet d'un voyage du Roi à la Muette, une semaine qu'elle était de
service auprès de la Reine. Il y avait déjà eu précédemment, à propos
d'un voyage à Choisi, une petite brouille entre le Roi et la maîtresse
qui avait déclaré que si le Roi ne voulait pas la mener, elle
demanderait la permission à la Reine, et arriverait tout à coup à
Choisi.]
[166: Un jour que madame de Mailly soutenait qu'elle était plus blanche
et moins sèche que sa sœur, le Roi lui dit brusquement: «Ne pariez pas,
vous perdriez!»]
[167: _Mémoires du duc de Luynes_, t. II.]
[168: _Ibid._, t. III.]
[169: _Ibid._, t. III.]
[170: Une correspondance manuscrite de Dubuisson, citée par M. Rahery,
dit: «J'ajoute à ce qui regarde mademoiselle de Nesle, que Mgr
l'archevêque de Paris lui a fait présent de 25,000 fr. en bijoux, qu'il
était du dîner de noce, que Mademoiselle en a fait le souper et que
c'est elle et le Roi qui ont donné la chemise aux nouveaux mariés.»]
[171: Le dimanche suivant avait lieu la présentation par Mademoiselle à
la Reine de madame de Vintimille entourée de mesdames de Mailly et de la
Tournelle ses sœurs, qui tour à tour avaient pris, prenaient ou allaient
prendre à Marie Leczinska le cœur du Roi. La Reine accueillait ce monde
avec une froideur marquée.]
[172: Le mari qu'avait épousé mademoiselle de Nesle était une espèce de
jeune cynique et de fou méchant, qui, tout en trouvant agréable d'être
des soupers des petits appartements et d'user des chevaux du Roi,
parlait de son mariage avec le plus sanglant des mépris, ne ménageait ni
sa femme, ni sa belle-sœur, ni le Roi même, s'attirant la risée des
honnêtes gens, les brusqueries de sa belle-sœur, l'aversion de sa femme
qu'elle étendait bientôt à toute la famille et qui lui faisait refuser,
lorsqu'elle accoucha, une magnifique layette envoyée par l'archevêque de
Paris.]