Il appela l'huissier qui, debout près de la porte, était pâle comme un
mort, et il cacheta la lettre.
«--Remettez cela à M. le préfet.
«--Est-ce que M. de Séranville est encore préfet? demanda l'huissier.
«--Remettez ces lettres à M. le préfet; et Lucien quitta la préfecture
avec beaucoup de froideur et de dignité.
«--Ma foi, vous avez agi comme un enfant, dit Coffe, quand Leuwen lui
raconta la menace de faire arrêter M. de Séranville.
«--Je ne pense pas. D'abord je n'étais pas précisément en colère, j'ai
eu le temps de réfléchir un peu à ce que j'allais faire. S'il y a un
moyen au monde d'empêcher l'élection de M. Mairobert, c'est le départ
du préfet actuel, et son remplacement provisoire par un conseiller de
préfecture. Le ministre m'a dit qu'il donnerait 500.000 francs pour
n'avoir pas vis-à-vis de lui à la Chambre M. Mairobert. Pesez ces mots.
L'argent résume tout.»
Le général arriva sur ces entrefaites.
«--Je viens vous apporter mes rapports.
«--Général, lui dit Lucien, voulez-vous partager mon dîner d'auberge?
Comme j'envoie un courrier, je désirerais que vous corrigiez ce que je
vais dire sur l'état des esprits. Il vaut mieux, me semble-t-il, que
le ministre sache la vérité.
«--Nous avons encore le temps, avant votre courrier, répondit le général,
d'entendre deux commissaires de police et l'officier qui me seconde pour
les élections. Comme je puis me tromper, je ne voudrais pas que vous
vissiez les choses uniquement par mes yeux.»
À ce moment, on annonça M. le president Donis d'Angel.
«--Quel homme est-ce?
«--C'est un bavard insupportable, expliquant longuement ce dont on n'a
quoi faire, et sautant à pieds joints sur les choses difficiles.
D'ailleurs, nageant entre deux eaux, et entretenant des relations avec
les personnes qui dans le département nous sont hostiles. Il nous fera
perdre un temps précieux, et comme il faut vingt-sept heures à votre
courrier pour gagner Paris, il me semble que vous ne sauriez l'expédier
trop vite, si toutefois vous voulez en expédier un, ce que je suis loin
de vous conseiller. Ce que je vous conseille réellement, c'est de renvoyer
M. Donis d'Angel à ce soir à dix heures ou à demain matin.»
Ainsi fut fait. Malgré la sincérité et la probité des interlocuteurs, le
dîner fut triste, sérieux et court. Au dessert parurent deux commissaires
de police, et ensuite un petit lieutenant, nommé Milière, aussi madré que
les commissaires, et qui prétendait bien gagner la croix avec cette
élection.
Enfin, à sept heures et demie, le courrier partit pour Paris, portant à
M. le comte de Vaize le bordereau dos élections et trente pages de
détails explicatifs. Dans une dépêche à part, Lucien donnait au ministre
le narré exact de sa dispute avec le préfet; il rapportait le dialogue
avec la même exactitude que s'il avait été écrit par un sténographe. À
neuf heures, le général revint chez Lucien, lui apportant de nouveaux
rapports replis du canton de Risset. Il l'avertit aussi que, dès six
heures, le préfet avait fait partir pour Paris un courrier, avec une
avance sur le sien de une heure et demie, et que probablement ce dernier
ne désirait pas bien vivement attendre son camarade...
«--Vous conviendrait-il, général, de m'accompagner demain matin chez les
cinquante citoyens les plus recommandables de la ville? Cette démarche
peut être tournée en ridicule, mais si elle nous fait seulement gagner
deux voix, c'est un succès.
«--Ce serait avec beaucoup de plaisir que je vous accompagnerai partout,
monsieur, mais le préfet...»
Après avoir longuement discuté sur les moyens de ménager la vanité
maladive de ce fonctionnaire, il fut convenu que le général et Leuwen lui
écriraient chacun de leur côté. Le valet de chambre du général porta les
deux lettres à la préfecture; M. de Séranville le fit entrer et le
questionna beaucoup. Cette union de Leuwen et du général Fari le mettait
au désespoir. Il répondit par écrit, aux deux lettres, qu'il était
indisposé et au lit. Les visites du lendemain convenues, ou arrêta la
liste des visités; le petit lieutenant Milière fut appelé de nouveau et
passa dans une chambre voisine pour dicter à Coffe un mot sur chacun de
ces messieurs. Le général et Lucien se promenaient en silence, cherchant
quelque moyen de sortir d'embarras.
«--Le ministre ne peut plus vous être d'aucun secours. Il est trop tard...
«--Sans doute, mais à l'armée, vous avez souvent hasardé de faire charger
un régiment lorsque la bataille était perdue aux trois quarts. Nous sommes
dans le même cas; que pouvons-nous perdre? D'après les derniers rapports
du canton de Risset, il n'y a plus d'espoir...; une vingtaine de vos amis
voteront pour M. Mairobert uniquement pour se débarrasser de M. de
Séranville. Dans cet état désespéré, n'y aurait-il pas moyen de tenter une
démarche auprès du chef du parti légitimiste, M. de Cerna?»
Le général s'arrêta court au milieu du salon.
«--Je lui dirai ceci, continua Lucien: je fais nommer celui de vos
électeurs que vous me désignerez; je lui donne les trois cent quarante
voix du gouvernement. Pouvez-vous ou voulez-vous envoyer des courriers à
cent gentilshommes campagnards? Avec ces cent voix et les nôtres nous
excluons M. Mairobert de la Chambre. Que nous fait un légitimiste de plus?
D'abord, il est à parier mille contre un, que ce sera un imbécile ou un
ennuyeux que personne n'écoutera. Eût-il le talent de Berryer, ce
représentant ne représentera rien, si ce n'est lui-même, et un parti peu
dangereux, cent ou cent cinquante mille de Français riches, tout au plus.
Si j'ai bien compris le ministre, mieux vaut dix légitimistes à la Chambre
qu'un seul Mairobert, représentant de tous les petits propriétaires de la
basse Normandie.»
Le générai se promena longtemps sans rien répondre.
«--C'est une idée, mais elle est bien dangereuse pour vous. Le ministre
qui est à cent lieues du champ de bataille vous blâmera. Je ne vous
demande pas quels sont vos rapports avec M. le comte de Vaize, mais enfin
j'ai soixante et un ans, je pourrais être votre père... Permettez-moi
d'aller jusqu'au bout de ma pensée: Fussiez-vous le fils du ministre, ce
parti extrême que vous proposez serait dangereux pour vous. Quant à moi,
monsieur, ceci n'étant pas une action de guerre, mon rôle est de rester
en deuxième et même troisième ligne. Comme je ne suis pas fils de
ministre, ajouta-t-il en souriant, vous m'obligeriez infiniment en évitant
de dire que vous m'avez fait part de ce projet d'union avec les
légitimistes. Si cette élection tourne mal, il y aura quelqu'un de
sévèrement blâmé, je désire donc rester dans la demi-teinte.
«--Je vous donne ma parole d'honneur que personne ne saura jamais que je
vous ai parlé de cette idée. J'aurai l'honneur de vous remettre, avant
votre sortie, une lettre qui le prouve. Quant à l'intérêt que vous
daignez prendre à ma jeunesse, mes remerciements sont sincères comme
votre bienveillance, mais je vous avouerai que je ne cherche que le
succès de l'élection. Toutes les considérations personnelles sont
secondaires pour moi. Je désirais ne pas employer le moyen des
destitutions--un moyen infâme.--Malheureusement, il n'y a pas dix heures
que je suis à Caen, je n'y connais personne absolument et le préfet me
traite en rival. Si M. de Vaize veut être juste, il considérera tout
cela. Mais je ne me pardonnerais jamais de faire de mes craintes un moyen
de ne pas agir. Ce serait à mes yeux la pire des platitudes. Ceci bien
posé, voulez-vous, mon général, me donner des avis, vous qui connaissez
le pays? Ou me forcerez-vous à me livrer uniquement à ces deux
commissaires de police, sans doute disposés à me vendre au parti
légitimiste, tout comme au parti républicain?
«--Je ne vous dis ni oui, ni non, attendu que ce n'est pas là une action
de guerre ou de rébellion. Je ne puis avoir d'opinion sur la mesure que
vous prenez; mais si pour son exécution--dont à vous seul incombe la
responsabilité--vous me faites des questions, je suis prêt à vous
répondre.
«--Mon général, je vais écrire le dialogue que nous venons d'avoir
ensemble, je le signerai et vous le remettrai.
«--Nous en ferons deux copies, comme pour une capitulation.
«--Convenu. Quels sont donc les moyens d'exécution? Comment puis-je
parvenir à M. de Cerna sans l'effrayer?»
Le général Fari réfléchit quelques minutes.
«--Vous ferez appeler le président Donis d'Angel, ce bavard impitoyable
qui ferait pendre son père pour avoir lu Courier. D'ailleurs vous n'aurez
pas à le faire appeler; il viendra lui-même ici. Je vous conseillerai de
lui faire lire nos instructions, de lui faire remarquer que le ministre
a une telle confiance en vous qu'il nous a chargé de rédiger vous-même
vos instructions. Une fois que Donis d'Angel, qui n'est pas mal méfiant,
vous croira bien avec le ministre, il n'aura rien à vous refuser. Il l'a
bien montré dans le dernier procès de délit de presse, où il a fait preuve
d'une si insigne mauvaise foi, qu'il s'est fait huer par les petits
garçons de la ville. Au reste, vous avez peu de chose à lui demander:
uniquement de nous mettre en rapport avec M. Donis Disjonval, son oncle,
vieillard calme, discret et point trop imbécile pour son âge. Si le
président parle comme il faut à son oncle Disjonval, celui-ci vous fera
obtenir une audience de M. de Cerna. Mais où et comment? je n'en sais
rien. Prenez garde aux pièges. D'autrepart, M. de Cerna voudra-t-il vous
voir? C'est ce que je ne puis non plus vous dire.
«--Le parti légitimiste n'a-t-il pas un sous-chef?
«--Sans doute, le marquis de Bron, mais qui se garderait bien de faire la
moindre chose sans l'autorisation de M. de Cerna. Vous trouverez en
celui-ci un petit blond sans barbe, de soixante-sept à soixante-huit
ans, et qui, à tort ou à raison, passe pour l'homme le plus fin de toute
la Normandie. En 1792, ce fut un patriote furibond, aujourd'hui c'est un
renégat: la pire espèce de coquins. En un mot, c'est Machiavel en
personne. Un jour, ne m'a-t-il point proposé de me faire décorer? Il
prétendait que par la reine il m'obtiendrait le cordon de grand officier
de la Légion d'honneur.
«--Je serai avec lui d'une extrême franchise.
«--Mais le préfet, comment vous arrangerez-vous avec lui? Comment
donnerez-vous les trois cent vingt voix du gouvernement à M. de Cerna?
«--Je demanderai un ordre par le télégraphe et je persuaderai M. de
Séranville, et si je n'obtiens ni l'un ni l'autre, je pars pour Paris.»
Pour la seconde fois, il se fit répéter tous les détails. En dix heures
de temps, il avait vu passer devant lui deux ou trois cents noms propres,
il avait assuré de son mépris un homme qu'il n'avait jamais vu, et il
faisait maintenant son contident intime d'un autre homme inconnu la
veille.
Le président Donis se fit annoncer. C'était un monsieur maigre, avec une
tête à traits carrés, de beaux yeux noirs et des cheveux blancs assez
rares, et d'énormes boucles d'or à ses souliers. Il n'eût pas été mal,
mais il souriait constamment, et avec un air qui jouait la franchise.
C'est la plus impatientante des espèces de fausseté.
«--Monsieur le président, dit Lucien, je désire d'abord vous donner
connaissance de mes instructions.»
Il lui parla ensuite de sa façon d'être avec M. le comte de Vaize, des
millions de son père, et puis, d'après les conseils du général, le laissa
causer seul pendant trois grands quarts d'heure.
Lorsque le président fut tout fait las et qu'il insinua de cinq ou six
façons différentes ses droits évidents à la croix, Lucien prit la parole
à son tour.
«--Le ministre sait tout. Vos droits sont connus. J'ai besoin que vous me
présentiez demain à monsieur votre oncle Donis Disjonval, lequel,
lui-même, me procurera une entrevue avec M. de Cerna.»
À cette étrange proposition, le président pâlit.
«--Du reste, ajouta Lucien, j'ai l'ordre d'indemniser largement les amis
du gouvernement des frais que je puis leur occasionner. Mais le temps
presse. Je donnerai cent louis pour voir M. de Cerna le plus tôt.
«--En prodiguant l'argent, pensait Leuwen, je donnerai une haute idée à
cet homme du degré de confiance que S. Exe. M. le ministre daigne
m'accorder.»
Nous épargnons au lecteur les finasseries d'un juge de province qui veut
avoir la croix; chez Lucien, le dégoût moral alla presque au mal de cœur
physique.
«--Malheureuse France! Je ne croyais pas que les juges en fussent là.
Quel excès de coquinerie!»
Une idée l'illumina tout à coup.
«--Dernièrement, dit-il, votre cour a fait gagner tous leurs procès aux
_anarchistes...._
«--Hélas! je le sais bien, interrompit le président, presque les larmes
aux yeux et du ton le plus piteux. S. Exe. M. le ministre de la Justice
m'a écrit pour me le reprocher.»
Il raconta ensuite avec des détails interminables et dont aucun n'avait
l'air sincère, tous les moyens pris par lui pour faire perdre leurs procès
aux anarchistes. Il se plaignit du jury qui, selon lui, était une
institution détestable dont il était urgent de se débarrasser au plus
vite.
«--C'est la faction des timides, monsieur le maître des requêtes, qui
perdra le gouvernement et la France. Le conseiller Ducros, auquel je
reprochai son vote en faveur d'un cousin de M. Lefèvre, le journaliste
et anarchiste libéral de Honfleur, n'a-t-il pas eu le front de me
répondre:
«Monsieur le président, j'ai été substitut sous le Directoire, auquel
j'ai prêté serment; juge de première instance sous Bonaparte, auquel
j'ai prêté serment; président de tribunal sous Louis XVIII en 1814,
confirmé par Napoléon dans les Cent-Jours; appelé à un siège plus
avantageux par Louis XVIII revenant de Gand, nommé conseiller par Charles
X, et je prétends mourir conseiller. Or, si la République vient, cette
fois-ci nous ne resterons plus inamovibles. Qui se vengeront les premiers,
si ce n'est les journalistes? Voyez ce qui est arrivé aux pairs qui ont
condamné le maréchal Ney. En un mot, j'ai cinquante-cinq ans; donnez-moi
l'assurance que vous durerez dix ans, et je vote avec vous.» Quelle
horreur, monsieur, quel égoïsme! Et cet infâme raisonnement, je le lis
dans tous les yeux.»
Quand Lucien fut remis de l'émotion causée par ces confidences, il dit
de l'air le plus froid qu'il put prendre:
«--Monsieur, la conduite équivoque de la cour de Caen--j'emploie les
termes les plus modérés--sera compensée par celle du président Donis,
s'il me procure l'entrevue que je sollicite avec M. de Cerna, et si cette
demande _reste ensevelie dans l'ombre du plus profond mystère._
«--Il est onze heures et un quart. Il n'est pas impossible que le whist
de mon oncle, le respectable Donis Disjonval, se soit prolongé jusqu'à ce
moment. J'ai ma voiture en bas, voulez-vous hasarder, monsieur, une course
qui peut être inutile? D'ailleurs les espions du parti anarchiste ne
pourront nous voir; marcher de nuit est toujours préférable.»
Lucien suivit le président, qui parlait toujours et revenait sur le
danger de prodiguer la croix; selon lui, le gouvernement pouvait tout
faire avec des croix.
«--Malgré l'heure indue, je remarque beaucoup de monde.
«--Ce sont ces malheureuses élections. Vous n'avez pas idée, monsieur,
du mal qu'elles font. Il faudrait que la Chambre ne fût élue que tous les
dix ans; ce serait plus constitutionnel.»
Le président se jeta tout à coup à la portière en disant tout bas à son
cocher d'arrêter.
«--Voilà mon oncle devant nous.»
Lucien aperçut un vieux domestique qui allait au petit pas, portant une
chandelle allumée dans une lanterne ronde en fer-blanc, garnie de deux
vitres d'un pied de diamètre. M. Donis Disjonval le suivait d'un pas
assez ferme.
«--Il rentre chez lui, dit le président. Il n'aime pas que j'aie une
voiture; laissons-le filer, puis nous descendrons.»
C'est ce qui fut fait, mais il fallut frapper longtemps à la porte de
l'allée. Les visiteurs furent reconnus à travers une petite fenêtre
grillée, pratiquée dans la porte, et admis enfin en présence du vieux
M. Disjonval.
«--Le service du roi m'appelle auprès de vous, mon respectable oncle, et
le service du roi ne connaît pas d'heure indue. Permettez que je vous
présente M. le maître des requêtes Leuwen.»
Les yeux bleus du vieillard peignaient l'étonnement et presque la
stupidité. Après cinq à six minutes, il engagea ces messieurs à s'asseoir,
et ne parut comprendre de quoi il s'agissait qu'après un gros quart
d'heure.
«--Le président prononce toujours le roi, tout court, pensait Lucien, et
je parierais cent contre un que ce bon vieillard entend le roi Charles X.»
M. Donis Disjonval dit enfin, après s'être fait répéter une seconde fois
tout ce que son neveu lui expliquait depuis vingt minutes:
«--Demain, je vais entendre la messe à Sainte-Gudule; à huit heures et
demie, en sortant après mon action de grâces, je passerai par la rue des
Carmes et monterai chez le respectable M. de Cerna. Je ne puis vous dire
sûrement si ses occupations si nombreuses et si importantes, aussi ses
devoirs de piété, lui permettront de me donner audience comme il le
faisait il y a vingt ans, avant d'avoir tant d'affaires sur les bras. Nous
étions plus jeunes alors, tout allait plus vite, les élections n'étaient
pas connues. La ville ce soir a l'air en émeute comme en 1789.»
Lucien remarqua que le président n'était pas bavard en présence de son
oncle; il maniait même avec assez d'adresse l'esprit du vieillard qui, sa
petite tête coiffée d'un énorme bonnet, paraissait bien avoir soixante-dix
ans.
«--Demain, aussitôt que j'aurai vu mon oncle, sur les huit heures et
demie, dit le président à Lucien lorsqu'ils furent sortis, j'aurai
l'honneur de me rendre chez vous. Mais peut-être vaudrait-il mieux,
comme vous n'êtes pas connu, que vous eussiez la bonté de venir vous-même,
à neuf heures un quart, chez mon cousin Maillet, 9, rue des Clercs.»
Le lendemain, à l'heure convenue, Lucien laissa le général dans sa
voiture, sur le cours Napoléon, et courut chez M. Maillet. Le président
y arrivait de son côté.
«--Bonnes nouvelles! M. de Cerna accorde l'entrevue à l'instant même, ou
bien ce soir à cinq heures.
«--J'aime mieux tout de suite.
«--M. de Cerna prend son chocolat chez Mme Blachet, rue des Carmes, n° 7.
Cette rue est très solitaire. Toutefois, si vous m'en croyez, je n'aurai
pas l'honneur de vous accompagner. M. de Cerna est grand partisan du
mystère et n'aime pas ce qu'il appelle la publicité inutile.
«--Je vais le chercher seul.
«--Rue des Carmes, n° 7, au second, sur le derrière. Il faudra frapper
à la porte deux coups avec le dos du doigt, et puis cinq. Vous comprenez,
Henri V est le second de nos rois, Charles X le premier.»
Lucien, absorbé par le sentiment du devoir, était comme un général qui
commande en chef et s'aperçoit qu'il va perdre la bataille. Tous les
détails que nous avons rapportés l'amusaient, mais il cherchait à n'y
pas penser, de peur d'être distrait. Il y avait sans doute une personne
aux écoutes derrière la porte de Mme Blachet, car à peine eut-il frappé
les deux, puis les cinq coups, qu'il entendit parler à voix basse.
Après un certain temps, on lui ouvrit et on l'introduisit dans une pièce
obscure, dont la boiserie était peinte en blanc et les carreaux de vitre
enfumés. Un véritable bureau de prison gardé par un homme qui avait une
figure jaune, des traits effacés et l'air malade. C'était M. de Cerna.
Il montra de la main une chaise à grand dossier en noyer. Sur la
cheminée, au lieu de glace il y avait un grand crucifix noir.
«--Que réclamez-vous de mon ministère, monsieur?
«--Louis-Philippe, le roi mon maître, m'envoie à Caen pour empêcher
l'élection de M. Mairobert. Elle est probable, toutefois, car il dispose
sur 900 voix, de 410. Le roi, mon maître, ne dispose que de 310 voix.
S'il vous convient, monsieur, de faire élire un de vos amis, à l'exclusion
de M. Mairobert, je vous offre ces 310 voix. Joignez-y les 100 voix de vos
gentilshommes de campagne, et vous aurez à la Chambre un homme de votre
couleur. Je ne vous demande qu'une chose: c'est qu'il soit électeur et du
pays.
«--Ah! vous avez peur de M. Berryer?
«--Je n'ai peur de personne.
«--Oserais-je vous demander vos lettres de créance?
«--Les voici, dit Lucien, qui n'hésita pas à mettre dans la main de M.
de Cerna la lettre du ministre de l'intérieur à M. le préfet.
«--Vos pouvoirs sont très grands, monsieur, dit M. de Cerna après avoir
lu; ils sont faits pour donner une haute idée des missions, dont, si
jeune encore, vous êtes chargé. Oserais-je vous demander si vous étiez
déjà au service sous nos rois légitimes, avant la fatale...
«--Permettez-moi, monsieur, de vous interrompre. Je respecte toutes les
opinions professées par un galant homme, et c'est à ce titre que je me
sentirai disposé à honorer les vôtres.»
Après cinquante minutes de discussion, M. de Cerna prit un air hautain
et impertinent.
«--Il est trop tard, dit-il; mais au lieu de rompre la conférence, il
chercha à convertir Lucien. Notre héros était sur la défensive et tâchait
d'amener l'idée d'argent. Il ne se défendit pas avec trop d'obstination.
Dans le cours de la conversation, il parla des millions de son père et
remarqua que c'était la seule chose qui fit impression sur M. de Cerna.
«--Vous ôtes jeune, mon fils; permettez-moi ce nom qui comporte
l'expression de mon estime. Songez à votre avenir. Je crois bien que vous
n'avez pas vingt-cinq ans encore.
«--J'en ai vingt-six passés.
«--Eh bien, mon fils, sans vouloir le moins du monde médire de la
bannière sous laquelle vous combattez, et en me réduisant à ce qui est
strictement nécessaire pour l'expression de ma pensée--d'ailleurs
pleine de bienveillance pour vos intérêts dans ce monde et dans
l'autre--croyez-vous une cette bannière flottera encore la même dans
quatorze ans d'ici, quand vous serez parvenu à quarante ans, à cet âge
de maturité qu'un homme sage doit toujours avoir devant les yeux, comme
le point décisif de la carrière? Si vous daignez revenir voir un pauvre
vieillard, ma porte vous sera toujours ouverte. Je quitterai tout pour
ramener au bercail un homme de votre importance dans le monde, et qui,
si jeune, développe une telle maturité de pensée. Car moins je partage
vos illusions sur le compte d'un roi élevé par la révolte, plus j'ai été
bien placé pour juger du talent que vous avez déployé pour amener une
conclusion.»
Lucien alla rendre compte de tout au général Fari, cloué à son hôtel par
les rapports qu'il recevait de tous côtés. De là, il monta au bureau du
télégraphe et expédia la dépêche suivante:
«La nomination de M. Mairobert est regardée comme certaine. Voulez-vous
dépenser cent mille francs et avoir un légitimiste au lieu de M.
Mairobert? En ce cas, adressez une dépêche au receveur.»
À cinq heures, il était mort de fatigue; il n'avait, pas pris un seul
instant de repos. Cette journée pouvait bien compter comme la plus active
de sa vie. Il lui restait encore la corvée de dîner à la préfecture; le
petit lieutenant l'avait averti que les deux meilleurs espions du préfet
étaient à ses trousses.
«--Ce petit ergoteur de Séranville doit être bouffi de rage contre vous,
disait Coffe à Lucien, comme ils s'en allaient chez le préfet. Car enfin
vous faites son métier depuis deux jours, tandis que lui écrit des
centaines de lettres et en réalité ne fait rien. J'en conclus qu'à Paris
il sera loué et vous blâmé, mais quoi qu'il vous fasse ce soir, ne vous
mettez pas en colère. Si nous étions au moyen âge, je craindrais pour vous
le poison. Je vois dans ce petit sophiste la rage de l'auteur sifflé.»
La voiture s'arrêta à la porte de l'hôtel de la préfecture. Il y avait
huit ou dix gendarmes stationnés sur le premier et sur le second repos de
l'escalier. Ils se levèrent quand Lucien passa. Le préfet était fort
pâle, et reçut ces messieurs avec une politesse contrainte et qui ne fut
pas assouplie par l'accueil empressé que chacun fit à Lucien. Le dîner se
passa tristement; tout le monde prévoyait la défaite du lendemain. Chacun
se disait: le préfet sera destitué ou envoyé ailleurs, et je dirai que
c'est lui qui a fait tout le mal. Ce jeune blanc-bec, comme fils du
banquier du ministre, est déjà maître des requêtes; ce pourrait bien être
le successeur en herbe.»
Lucien mangeait comme un loup et était fort gai. Vers le milieu du second
service, Coffe, à qui rien n'échappait, remarqua que le préfet s'épongeait
le front à chaque instant. Tout à coup on entendit un grand bruit: c'était
un courrier qui arrivait de Paris et qui entrait avec fracas dans la
salle.
Machinalement, le directeur des Impositions indirectes, placé près de la
porte, dit au courrier:
«--Voilà M. le préfet.--M. de Séranville se leva.
«--Ce n'est pas au préfet de Séranville que j'ai affaire, répondit le
courrier d'un ton emphatique et grossier. C'est à M. Leuwen, maître des
requêtes.
«--Quelle humiliation... Je ne suis plus préfet, pensa M. de Séranville,
et il retomba sur sa chaise. Il appuya les deux bras sur la table, et se
cacha la tête dans les mains.
«--M. le préfet se trouve mal, s'écria le secrétaire général, en
regardant Lucien comme pour lui demander pardon de l'acte d'humanité
qu'il allait accomplir. En effet, M. de Séranville était évanoui; on le
porta près d'une fenêtre qu'on ouvrit. Pendant ce temps, Lucien s'étonnait
du peu d'intérêt de la dépêche du ministre. C'était une grande lettre de
M. de Vaize sur sa belle conduite à Blois; le ministre ajoutait de sa
main qu'on rechercherait et punirait sévèrement les auteurs de l'émeute,
et qu'il avait lui-même lu au conseil du roi la lettre de Leuwen qu'on
avait trouvée fort bien.
«--Et de l'élection d'ici, pas un mot. C'était bien la peine d'envoyer un
courrier.»
Il s'approcha de la fenêtre ouverte près de laquelle était le préfet
auquel on frottait les tempes avec de l'eau de Cologne. Il dit un mot
honnête et ensuite demanda la permission de passer un moment dans une
chambre voisine avec M. Coffe.
«--Concevez-vous, dit-il à celui-ci en lui donnant la dépêche du
ministre, qu'on envoie un courrier pour une telle lettre?»
Et il se mit à lire une lettre de sa mère, qui altéra rapidement sa
physionomie riante. Mme Leuwen voyait la vie de son fils en péril, _et
pour une cause si sale_, ajoutait-elle.
«--Quitte tout et reviens... Je suis seule. Ton père a eu une velléité
d'ambition; il est allé dans le département de l'Aveyron, à deux cents
lieues de Paris, pour tacher de se faire élire député.»
Il donna cette nouvelle à Coffe.
«--Voici la lettre qui a fait envoyer le courrier. Mme Leuwen aura exigé
que sa lettre vous parvînt rapidement. Au total, il n'y a pas là de quoi
vous affliger. Il me semble que votre rôle est auprès de ce petit jésuite
qui meurt de haine rentrée. Moi je vais achever de l'assommer par mon air
important.»
Coffe fut en effet parfait en rentrant dans la salle à manger. Il avait
tiré de sa poche huit ou dix rapports d'élections qu'il avait fourrés dans
la dépêche, et la portait connue un saint sacrement. M. de Séranville
avait repris connaissance, et au milieu de ses angoisses, regardait Lucien
et Coffe d'un air mourant. L'état de ce méchant personnage toucha Lucien;
il ne vit en lui qu'un homme souffrant.
«--Il faut le soulager de notre présence,» et après quelques mots polis
se retira.
Le courrier lui courut après dans l'escalier pour lui demander ses ordres.
«--M. le maître des requêtes vous réexpédiera demain,» dit Coffe avec une
gravité parfaite.
Le lendemain était le grand jour des élections. Dès sept heures, Lucien
était chez M. Disjonval, qui le reçut avec un empressement marqué.
«--Si je n'ai pas aujourd'hui et de bonne heure le crédit de cent mille
francs sur le receveur, j'aurai eu du moins l'honneur de vous être
présenté, et j'aurai eu aussi avec le respectable M. de Cerna une
conférence qui a fait sur mon cœur une profonde impression, ayant appris
à redoubler l'estime que j'avais déjà pour des hommes qui voient le
bonheur de notre chère patrie dans une autre roule que celle que je
crois la plus sûre...»
Nous faisons grâce au lecteur des phrases polies qu'inspirait à Lucien
le désir de voir ces messieurs prendre patience jusqu'à l'arrivée de la
dépêche.
À neuf heures, il rentra à son auberge où Coffe avait préparé deux
immenses lettres de narrations et d'explications.
«--Quel drôle de style! fit Lucien en les signant.
«--Emphatique et plat, et surtout jamais simple; c'est ce qu'il faut pour
les bureaux.»
Le courrier fut renvoyé à Paris.
Le général Fari avait fait louer, depuis un mois, par son petit aide de
camp Milière, un appartement au premier étage en face de la salle des
Ursulines où se faisaient les élections. Il s'établit là dès dix heures
du matin avec Lucien et Coffe. Ces messieurs avaient de quart d'heure en
quart d'heure, des nouvelles par des affidés du général. Les affidés de
la préfecture, ayant appris l'arrivée et l'incident du courrier de la
veille, et voyant dans Lucien le préfet futur si M. de Séranville manquait
l'élection, faisaient, à tout moment, passer à Lucien des cartes avec des
avis au crayon rouge. Les pointages se trouvèrent fort justes.
Un petit imprimé avait été distribué avec profusion aux électeurs:
_Honnêtes gens de tous les partis, qui aimez le pays dans lequel vous
êtes nés!_
_Éloignez M. le préfet de Séranville!_
_Si M. Mairobert est élu député, M. le préfet sera destitué ou nommé
ailleurs. Qu'importe après tout le député nommé! Chassons un préfet
tracassier et menteur._
_À qui n'a-t-il pas manqué de parole?_
Vers midi, l'élection du président prenait la plus mauvaise tournure.
Tous les électeurs du canton de Risset votaient en faveur de M. Mairobert.
Tous les quarts d'heure Lucien envoyait Coffe regarder le télégraphe; il
grillait de voir arriver la réponse à sa dépêche numéro 2.
«--Le préfet est bien capable de faire retarder cette dépêche, disait le
général. Il serait bien digne de lui d'avoir envoyé un de ses commis à la
station voisine du télégraphe, qui est à quatre lieues d'ici, de l'autre
côté de la colline, pour tout arrêter. C'est par des traits de cette
espèce qu'il croit être un nouveau Mazarin. Car il connaît son histoire
de France, notre bon préfet.»
Le lieutenant Milière offrit de monter à cheval et d'aller en un temps de
galop, sur la colline, observer les mouvements de la deuxième station du
télégraphe. Mais Coffe lui demanda son cheval et courut à sa place.
Il y avait mille personnes au moins devant la salle des Ursulines. Lucien
descendit sur la place pour juger de l'esprit général des conversations;
il fut reconnu. Le peuple, lorsqu'il se voit en masse, est insolent. Des
cris partaient de la foule:
«--Regardez donc ce petit commissaire de police, ce freluquet envoyé de
Paris pour espionner le préfet.»
Il n'y fut presque pas sensible.
Deux heures sonnaient; le télégramme ne venait pas.
Lucien séchait d'impatience. Il alla voir M. Disjonval qui le reçut d'un
air piqué.
«--Voilà, se dit-il, un homme qui croit que je me suis moqué de lui; il y
va franc jeu avec moi et je jurerais qu'il a retardé le vote de ses amis,
à la vérité peu nombreux, pour attendre le résultat de ma demande
au ministre.»
Au moment où il cherchait à prouver à M. Disjonval qu'il n'avait pas
voulu le tromper, Coffe accourut tout haletant.
«--Le télégraphe marche.
«--Daignez m'attendre chez vous encore un quart d'heure, dit Lucien à M.
Disjonval; je vole au bureau du télégraphe.»
Il revint en courant vingt minutes après.
«--Voilà la dépêche originale, dit-il:
_Le ministre des Finances à M. le Receveur général. Remettez cent mille
francs à M. le général Fari ou à M. Leuwen._
«--Et le télégraphe marche encore...
«--Je vais au collège, répondit M. Disjonval, qui paraissait persuadé. Je
ferai ce que je pourrai pour la nomination de notre candidat: nous portons
M. de Crémieux. De là je cours chez M. de Cerna: je vous engage aussi à y
aller sans délai.»
La porte de l'appartement de M. de Cerna était grande ouverte; il y avait
foule dans l'antichambre que Lucien et Coffe traversèrent en volant.
«--Monsieur, voici la dépêche de Paris.
«--Parfait. J'ose espérer que vous n'avez aucune objection à faire contre
M. de Crémieux?
«--Monsieur le général Fari et moi approuvons M. de Crémieux. S'il est
élu au lieu de M. Mairobert, le général et moi vous remettons les cent
mille francs. En attendant l'événement, dans quelles mains voulez-vous
que je dépose la somme?
«--La calomnie veille autour de nous, monsieur. C'est déjà beaucoup que
quatre personnes, quelque honorables qu'elles soient, sachent un secret
dont l'opinion publique peut abuser. Je compte, monsieur, ajouta M. de
Cerna en désignant Coffe, vous, moi et M. Disjonval. À quoi bon faire voir
le détail à M. le général Fari, d'ailleurs si digne de toute
considération?
«--Mais je suis trop jeune pour me charger seul de la responsabilité
d'une dépense secrète aussi forte»--et avec beaucoup d'adresse, il fit
consentir M. de Cerna à l'intervention du général.
Il fut donc convenu que les cent mille francs seraient déposés dans une
cassette, dont le général Fari et M. Ledoyen, un ami de M. de Cerna,
auraient chacun une clef.
À son retour à l'appartement situé vis-à-vis de la salle des Ursulines,
Lucien trouva le général extrêmement rouge. L'heure approchait à laquelle
il avait résolu d'aller déposer son vote, et il craignait d'être hué.
Malgré ce souci personnel, il fut néanmoins sensible à la considération
que lui témoignait M. de Cerna.
Sur ces entrefaites, on reçut de M. Disjonval un mot qui priait M. Leuwen
de lui envoyer Coffe. Celui-ci revint une demi-heure après, et annonça
qu'il venait de voir monter à cheval et courir au galop vingt agents s'en
allant dans les campagnes chercher cent soixante électeurs légitimistes.
«--Voilà l'heure, dit tout à coup le général fort ému. Il endossa son
uniforme et traversa la rue pour aller voter. La foule s'ouvrit devant
lui. Le général entra dans la salle, et au moment où il approchait du
bureau, des applaudissements éclatèrent parmi les électeurs
Mairobertistes.
«--Ce n'est pas un plat coquin comme le préfet, disait-on tout haut. Il
n'a que ses appointements pour vivre, et il a une famille à nourrir.»
À quatre heures, Lucien expédia cette dépêche:
_Les chefs légitimistes paraissent de bonne foi. Des observateurs placés
aux portes de la ville ont vu sortir vingt agents qui vont dans la
campagne chercher cent soixante électeurs légitimistes. Si quatre-vingts
ou cent électeurs arrivent le 18 avant midi, Hampden ne sera pas élu. Dans
le moment. M. Hampden a la majorité pour la présidence du collège. Le
scrutin sera dépouillé à cinq heures._
Le directeur du télégraphe envoya une nouvelle dépêche ministérielle:
_J'approuve vos projets. Donnez cent mille francs; un légitimiste
quelconque, même M. Berryer, vaut mieux que M. Hampden._
«--Je ne comprends pas, dit le général. Que veut dire Hampden?
«--Hampden veut dire Mairobert; c'est le nom dont j'ai convenu avec le
ministre.»
Le scrutin dépouillé donna:
Électeurs présents 873
Majorité 437
Voix à M. Mairobert 451
Voix à M. de Bourdoulier, candidat du préfet 389
Voix à M. de Crémieux 19
Voix perdues 14
Ces dix-neuf voix à M. de Crémieux firent plaisir au général et à Lucien;
elles prouvaient presque que M. de Cerna ne s'était pas joué d'eux.
À six heures, des valeurs s'élevant à cent mille francs, furent remises
par le receveur général lui-même entre les mains du général Fari et de
Lucien, qui lui donnèrent un reçu.
M. Ledoyen se présenta aussitôt. C'était un fort riche propriétaire,
généralement estimé. La cérémonie de la cassette fut effectuée, et il y
eut parole d'honneur réciproque de remettre la cassette et son contenu à
M. Ledoyen si tout autre que M. Mairobert était élu, à M. le général Fari
si M. Mairobert était élu.