LA CAMPAGNE D'UN AVIATEUR BULGARE

On n'a eu jusqu'à présent que des renseignements assez rares sur le rôle

joué par les aéroplanes durant la guerre balkanique. Les états-majors

des armées coalisées comme de l'armée turque n'ont point fait connaître

les services qu'ont pu leur rendre les reconnaissances aériennes.

Quelques sorties heureuses ont été, de loin en loin, signalées; et l'on

a appris, récemment, par une brève information, la chute à Andrinople

d'un aviateur bulgare, immédiatement fait prisonnier. Les alliés

disposaient pourtant de quelques appareils, dont les pilotes ont, dans

l'ensemble, rempli leur mission avec succès. Une lettre adressée par

l'un d'eux, le lieutenant Siméon Pétrof, à des amis de France, qui

veulent bien nous la communiquer, nous apporte sur ce point un

témoignage précis.

[Illustration: Le lieutenant Siméon Pétrof.]

Le lieutenant Pétrof, du 4e régiment d'artillerie bulgare, fils du

colonel Pétrof, directeur de l'École militaire de Sofia, mort il y a

quelques années, venait d'accomplir un stage de quatre mois à l'école

Blériot d'Etampes, où il avait brillamment passé son brevet, lorsque la

guerre commença. Envoyé, dès le début des hostilités, à Mustapha-Pacha,

il reçut l'ordre, le 7 novembre, d'aller reconnaître les défenses

d'Andrinople. Il partit à 5 heures du soir, et il faisait nuit lorsqu'il

parvint au-dessus des positions ennemies. «Tout à coup, écrit-il, je

remarquai que les Turcs tiraient sur moi. Un instant après, une terrible

détonation éclatait au-dessus de ma tête: c'étaient les shrapnells

lancés par les obusiers turcs. Instinctivement je détournai mon

appareil, et je me dirigeai vers la ville, dont je fis deux fois le

tour.» Tous les fusils de la garnison, dont le lieutenant Pétrof

apercevait les feux, le saluèrent de balles; aucune ne l'atteignit, et

il put revenir sans accident dans les lignes bulgares, après un voyage

de 74 kilomètres.

[Illustration: Au milieu des décombres, les maisons à l'épreuve du feu.]

[Illustration: Les palissades élevées pour délimiter les propriétés.]

[Illustration: La reconstruction d'une maison, 48 heures après

l'incendie.]

UN INCENDIE GIGANTESQUE A TOKIO.--_Phot. J. du Mesle_.

Le 9 novembre, le courageux pilote effectuait une nouvelle

reconnaissance au-dessus d'Andrinople, et, le 16, il se rendait de

Mustapha-Pacha à Tchorlou, franchissant en 1 h. 45 minutes 180

kilomètres. De Tchorlou, il partait, le 23 du même mois, pour Kadaktcha,

à 10 kilomètres de Tchataldja, où il se présentait au général Dimitrief.

Là, les pourparlers entrepris pour la conclusion de l'armistice

devaient, à son grand regret, le contraindre à l'inaction.

Et le lieutenant Pétrof, contant ensuite, dans sa lettre, la marche

foudroyante des troupes bulgares, conclut par ce mot significatif: «Moi,

avec mon aéroplane, je n'ai pas pu attraper cette armée qui avançait si

vite...»

L'Illustration, No. 3656, 22 Mars 1913 · 第 42 / 55 题