Mélixô, les jambes serrées, le corps penché,
les bras en avant, tu glisses ta double
flûte légère entre tes lèvres mouillées de vin,
et tu joues au dessus de la couche où Téléas
m'étreint encore.
Ne suis-je pas bien imprudente, moi qui loue
une aussi jeune fille pour distraire mes
heures laborieuses, moi qui la montre ainsi
nue aux regards curieux de mes amants, ne
suis-je pas inconsidérée?
Non, Mélixô, petite musicienne, tu es une
honnête amie. Hier tu ne m'as pas refusé de
changer ta flûte pour une autre quand je
désespérais d'accomplir un amour plein de
difficultés. Mais tu es sûre.
Car je sais bien à quoi tu penses. Tu
attends la fin de cette nuit excessive qui
t'anime cruellement en vain et au premier
matin tu courras dans la rue, avec ton seul
ami Psyllos, vers ton petit matelas défoncé.