Je me souviens... (à quelle heure du jour ne
l'ai-je pas devant mes yeux?) je me souviens
de la façon dont Elle soulevait ses cheveux
avec ses faibles doigts si pâles.
Je me souviens d'une nuit qu'elle passa,
la joue sur mon sein, si doucement, que le
bonheur me tint éveillée, et le lendemain elle
avait au visage la marque de la papille ronde.
Je la vois tenant sa tasse de lait et me
regardant de côté, avec un sourire. Je la
vois, poudrée et coiffée, ouvrant ses grands
yeux devant son miroir, et retouchant du
doigt le rouge de ses lèvres.
Et surtout, si mon désespoir est une perpétuelle
torture, c'est que je sais, instant par
instant, comment elle défaille dans les bras
de l'autre, et ce qu'elle lui demande et ce
qu'elle lui donne.