79 -- LA BERCEUSE DE MNASIDIKA

Ma petite enfant, si peu d'années que j'aie

de plus que toi-même, je t'aime, non pas

comme une amante, mais comme si tu étais

sortie de mes entrailles laborieuses.

Lorsque étendue sur mes genoux, tes deux

bras frêles autour de moi, tu cherches mon

sein, la bouche tendue, et me tettes avec

lenteur entre tes lèvres palpitantes,

Alors je rêve qu'autrefois, j'ai allaité

réellement cette bouche douillette, souple et

baignée, ce vase myrrhin couleur de pourpre

où le bonheur de Bilitis est mystérieusement

enfermé.

Dors. Je te bercerai d'une main sur mon

genou qui se lève et s'abaisse. Dors ainsi.

Je chanterai pour toi les petites chansons

lamentables qui endorment les nouveaux-nés...

Les chansons de Bilitis · 第 87 / 177 题