Aphrodisiaque.
Prenez du _ros solis_, quatre poignées; de la canelle, de la noix
muscade, du macis, des clous de girofle, du gingembre, une once de
chacun; du musc, quatre grains; de l’esprit de vin, huit livres. Mettez
le tout ensemble en digestion pendant vingt jours; après quoi coulez la
teinture, dissolvez-y une livre de sucre, & mettez-la dans un vaisseau
fermé pour l’usage. La dose est d’une petite cuillerée à café.
Conserve Aphrodisiaque.
Prenez des racines de satyrion; faites-les cuire dans de l’eau jusqu’à
ce qu’elles soient en bouillie, & passez-les. Prenez une livre de cette
pulpe, & une livre de sucre cuit dans la décoction de la racine jusqu’à
la consistance du miel. Mêlez-les, & faites une conserve suivant les
regles de l’art. La dose est d’un gros.
Poudre aphrodisiaque.
Prenez de la canelle, de la racine d’angélique, des clous de girofle, du
macis, de la noix muscade, des feuilles d’inde & du galanga, trois gros
de chacun; du nard des Indes, des grands & des petits cardamomes, un
gros de chaque; du gingembre, un gros & demi; du bois d’aloës, du santal
jaune, du poivre long, deux gros de chaque; réduisez-les en poudre. La
dose est d’un demi gros, dans du bouillon ou du bon vin.
Electuaire aphrodisiaque.
Prenez du chocolat en poudre & des amandes douces blanchies, une once de
chaque; du sucre fin & de la conserve de roses rouges, une once & demie
de chaque. Battez le tout dans un mortier avec une suffisante quantité
de suc de kermès; ajoutez-y deux scrupules de baume de la Mecque, une
once de syrop de baume, & faites-en un électuaire. On peut en user trois
ou quatre fois par jour de la grosseur d’une noix muscade.
Il seroit inutile de multiplier davantage les recettes de cette espece;
en voilà, je pense, assez pour satisfaire différens goûts. Je n’ai pas
voulu m’en tenir à une seule composition, parce qu’il y a de certaines
substances qui déplaisent ou qui répugnent à de certaines personnes.
Après avoir traité des moyens capables d’exciter aux plaisirs de Vénus,
je dois encore, pour satisfaire tous les lecteurs, parler des secours
propres à rallentir la passion de l’amour. Il y a plus d’un célibataire
qui ne peut éteindre les feux qui le dévorent, sans s’exposer à être la
victime de quelques prostituées; cela étant, n’est-il pas nécessaire de
les instruire de la nature des remedes qui leur sont propres pour
tempérer en eux l’ardeur de la déesse de Paphos? Ce n’est pas, il est
vrai, bien nécessaire qu’il y ait des célibataires; cet état afflige &
répugne à la nature; mais ne pouvant changer nos mœurs, nos préjugés,
nos sottises, cherchons au moins à adoucir le sort de nos semblables.
Les remedes froids & tempérans sont non-seulement utiles aux
célibataires, mais encore à de certains mariés. Lorsque, par exemple,
l’homme est si vigoureux, que ses caresses alterent la santé de sa
femme, il doit avoir recours aux médicamens rafraîchissans plutôt qu’aux
_catins_: si la femme est de même la plus emportée sur l’article, il
faut qu’elle tempere ses humeurs plutôt que de prêter l’oreille aux
fleurettes de ses voisins.
Pour ralentir la passion amoureuse, on doit se mettre à un régime
rafraîchissant, se priver des liqueurs spiritueuses, des alimens trop
nourrissans & aromatisés, prendre des bains de riviere si la saison le
permet. Avant que de se mettre au lit, on prendra de deux jours en deux
jours, une émulsion faite de la maniere suivante.
Emulsion tempérante.
Prenez de semence de melon, de courge, un gros & demi de chaque. Vous
les pilez dans un mortier, & en triturant vous versez par-dessus un
demi-septier d’eau commune. Passez & clarifiez le tout. Ajoutez à la
colature une once de syrop de nénuphar. On prendra toute cette dose à la
fois, deux heures après le souper.
Le sel de nitre posséde au suprême degré toutes les vertus qu’on
attribue à quelques plantes dont on fait un grand usage dans les
couvents. Celui qui prendroit pendant quatre ou cinq jours deux gros de
sel de nitre par jour, ne seroit certainement pas importuné par des
érections ni des pollutions.
La laitue, la scariole, le pourpié, le melon, sont des substances
très-rafraîchissantes, & dont l’usage continu éteint à coup sûr le
flambeau de l’amour. Aussi remarque-t-on que les femmes voluptueuses
préparent rarement les alimens de cette espece, & ne les servent presque
jamais sur la table de leurs époux: elles trouvent mieux leur compte en
leur présentant l’artichaud, le céleri, &c.
Ceux qu’un trop fort tempérament importune, useront de l’aposême
suivant, dont je conseille cependant de ne pas faire un long usage, car
il rendroit absolument impuissant. Une forte dose de ce remede noueroit
certainement l’aiguillette au nouveau marié le plus intrépide.
Aposême tempérant.
Prenez de la graine de chanvre broyée, trois onces; de la laitue, du
pourpié, du plantin, une poignée & demi de chacune; des quatre semences
froides deux onces; faites bouillir le tout dans six livres d’eau,
jusqu’à ce qu’elles soient réduites à quatre; coulez la décoction;
adoucissez-la avec du sucre fin; ajoutez-y encore trois gros de sel de
nitre.
Tous les acides conviennent aux personnes qui ne veulent pas connoître
les plaisirs de l’amour, ainsi les célibataires, qui sont jaloux de
conserver leur chasteté, ajouteront à leur boisson (qui sera toujours de
l’eau) du syrop de limon, ou de celui de vinaigre jusqu’à agréable
acidité.
Il m’en coûte, sans doute, de me voir forcé de fournir des armes contre
l’amour; mais, comme je l’ai dit, il est de certains préjugés qu’il faut
respecter; & ces pauvres êtres, qui ont fait vœu de n’être plus hommes,
seroient bien à plaindre si l’art médical ne pénétroit dans leur
solitude pour les mettre à même de triompher des piéges de satan, & de
résister aux tentations de la chair.