CONCLUSION.

L’expérience nous apprend que quelques personnes ont recours aux

flagellations pour se disposer aux combats amoureux. La physiologie &

l’anatomie démontrent comment ces flagellations operent sur les parties

de la génération, quoiqu’elles ayent été faites sur le dos. Les

infortunés qui se livrent à ces désordres sont sans doute à

plaindre[29], puisque ce n’est que par de cruelles douleurs qu’ils

esperent connoître les plaisirs de l’amour; puisqu’enfin l’arc du petit

Cupidon ne peut être tendu qu’à l’aide de ce préliminaire affligeant &

peu délicat.

[29] Il est encore un être bien plus à plaindre, c’est une jeune

beauté que la force, ou des conventions d’intérêts font passer dans

les bras d’un époux qui ne pourra remplir les fonctions du mariage

sans la petite poignée de verges; la nouvelle mariée passera de

cruelles nuits, avant qu’on ose lui proposer de recourir à cette

honteuse ressource; ensuite il faudra qu’elle fasse de grands

efforts pour s’y résoudre; & je doute que son bonheur soit jamais

parfait. Puisqu’on ne consulte pas la force des tempéramens avant

que de les unir, faut-il être surpris qu’il y ait tant de femmes

infidelles, & tant de maris ridiculisés?

Quelques auteurs prétendent que l’habitude de se faire fouëtter, se

contracte depuis l’enfance; cela peut être vrai par rapport à quelques

individus; mais je pense qu’on ne peut en général la faire naître d’une

cause si éloignée. Les amateurs du sexe ont quelquefois des goûts bien

dépravés, ils cherchent des jouissances extraordinaires: je crois que

cela ne se voit que chez ceux qui sont d’une foible constitution, ou qui

se sont épuisés dans leur jeunesse. Il y a beaucoup de gens qui ne

peuvent donner du ressort au membre viril, qu’en jouissant du spectacle

de deux êtres vigoureux, qui luttent & se pâment sur le lit de Vénus.

Toutes ces ressources annoncent un grand épuisement dans le physique de

celui qui les exige.

De tous les moyens capables d’exciter à l’amour, le fouët est celui

qu’on doit le moins rechercher; outre qu’il est le plus nuisible, il ne

peut gueres se pratiquer que chez des femmes prostituées[30]. Il y a

pourtant des hommes qui ont besoin d’excitatifs; il est du devoir de la

médecine de les éclairer sur ceux qui ne peuvent pas déranger leur santé

ni les avilir. C’est ce qui m’engage à joindre à ce petit ouvrage une

dissertation sur la nature & l’effet des _aphrodisiaques_[31]. Qu’on ne

s’y trompe pas, mon but n’est point de favoriser le libertinage. Je ne

vais dévoiler les secrets de mon art que pour l’utilité de quelques

maris glacés, & de tant d’épouses qui gémissent sur le lit nuptial.

[30] Les catins sont presque toujours plus fieres que les honnêtes

femmes, & ne se croyent pas du tout méprisables. Cela paroît un peu

choquant. Cependant je pense qu’elles ont raison. Placées comme des

barrieres entre l’hymen & le célibat, les filles de joie servent de

victimes pour sauver la vertu des autres femmes; elles consolent le

premier venu des rigueurs d’une personne délicate; elles se prêtent

docilement aux désirs de l’amateur le plus dépravé; le même lit sert

au militaire le plus étourdi, & au capucin le plus sérieux. Elles

n’ont point tort de se montrer en public avec cette ostentation qui

leur est si commune, car c’est une gloire pour elles de vouloir bien

se soumettre à exercer un état qui est si avilissant en lui-même.

[31] C’est le nom qu’on donne à de certains remedes qui ont la

propriété d’exciter aux plaisirs de l’amour.

Aphrodisiaque externe, ou Traité du fouet et de ses effets sur le physique de l'amour · 第 7 / 16 题