CHAPITRE IV.

De la necessité de changer les peines qu’on inflige à l’enfance & à la

jeunesse.

Nous avons vu dans les chapitres précédens, que les flagellations faites

sur le dos produisent des effets non équivoques sur le physique de

l’amour. La découverte de cette vérité nous a conduits à faire observer

que les célibataires _cloîtrés_ devroient bannir de leur regle le fouët

& la discipline; elle nous conduira à déduire, du même principe, des

conséquences qui ne seront pas moins justes.

Pourquoi le fouët est-il toujours le châtiment qu’on inflige aux

enfans?... Cette peine peut-elle influer en mal sur leur éducation

physique & morale?... Voilà les points que je me propose d’éclaircir

dans cette partie de mon ouvrage. Cet examen est plus intéressant qu’on

ne pense.

L’éducation physique & morale des enfans intéresse sans doute le

gouvernement: cependant voit-on qu’il s’en occupe! On en laisse tout le

soin à des parens qui, en général, s’en déchargent sur des nourrices,

des valets, des pédans, des sots, des crapuleux, &c. &c.

Quand on ne devroit prêcher le bien aux enfans que par le bon exemple;

on ne le fait que par de grossieres paroles, des menaces, & la

correction. Qu’est-ce que cette correction? C’est le fouët. Les meres ne

connoissent que ce remede à un verre ou une bouteille cassés; les

précepteurs n’en employent point d’autre pour donner du goût pour le

latin, cette langue qui, grâces au ciel, sera bientôt oubliée, & qui

fait depuis tant de tems le désespoir des écoles.

Que résulte-t-il de l’emploi du fouet? On y habitue de petits mauvais

sujets qui s’en font même un jeu entre eux dans leurs momens de

recréation; ainsi qu’on l’a vu dans les citations de _Jean Pic de la

Mirandole, & de Calius Rhodiginus_. (Chap. II de cet ouvrage.)

Il ne manqueroit certainement pas d’autres manieres de punir des enfans

oisifs ou vicieux: car J. J. a écrit cinq ou six volumes sur

l’éducation, sans fouëtter son éleve une seule fois: aussi son ouvrage

n’a-t-il pas remporté le prix, & les éducations se font toujours aussi

mal que jadis.

Je suppose qu’il fut nécessaire, dans certains cas, d’infliger aux

enfans des peines corporelles; devroit-on frapper le coupable sur le

dos? On nous apprend pendant les cinq ou six premieres années que nous

vivons à cacher notre derriere & les parties _honteuses_; au bout de ce

tems vient un régent qui nous force à déboutonner nos culottes, à les

abattre, à trousser la chemise, à tout montrer, pour recevoir les

étrivieres en pleine classe. Ces parties ne seroient-elles plus

_honteuses_, quand c’est un cuistre qui les regarde & qui les touche?

S’il arrivoit au moins que ce châtiment fût distribué avec justice; mais

le célibataire qui punit, n’est-il pas souvent de la compagnie de la

_manchette_? Et ne choisit-il pas pour l’opération le derriere qui le

flattera le plus? J’ai observé pendant tout mon cours de collége, que

les écoliers maigres & laids n’étoient jamais fustigés. Au plaisir

qu’ont quelques pédans à entendre le bruit que font les coups de fouet

qu’on applique sur le dos du patient, on doit juger qu’il y a, dans

cette cérémonie, si souvent répétée, plus que la satisfaction de

corriger. Etres barbares & corrompus!... De qui tenez-vous le droit de

mutiler l’enfance & de faire servir l’innocence à vos plaisirs, ou

plutôt à vos saletés!... Je le répete, ces abus, quoique fort anciens,

méritent l’attention du gouvernement; ils exigent une réforme; car les

maîtres d’école, les précepteurs, les régens, sont en général si

méprisables, qu’il n’y a jamais un écolier qui ne méprise les siens,

lorsqu’il est homme.

La mauvaise habitude que l’on a de frapper sur le derriere des enfans,

leur donne celle de porter souvent les mains à cette partie; elle leur

apprend, comme je viens de le dire, à se fustiger entre eux; de là

différens attouchemens qui les éclairent peu-à-peu, & qui font que la

débauche devance, en eux, le mouvement des sens.

Plusieurs enfans élevés ensemble, & de la maniere accoutumée, deviennent

toujours polissons[27]. Ils se touchent les uns & les autres, ils en

viennent petit à petit à la masturbation, & ne finissent que trop

souvent par le péché des Jésuites. C’est dans ces assemblées de jeunes

écoliers que s’apprennent toutes ces sottises qu’on ne peut ensuite

cacher dans la société: on y apporte des plaisirs infâmes, des goûts

dépravés & peu délicats.

[27] Ce qui prouve qu’il y a peu de bons parens, c’est qu’on voit

subsister une quantité de ces auberges, qu’on appelle _pensionnats_,

où l’on entasse les enfans dans de grandes salles, toujours

malsaines, & dans lesquelles il est défendu à ces jeunes êtres de

s’égayer, de jouer, & de suivre le penchant de leur âge. Les maîtres

de ces petites maisons de force se font bien payer pour mal coucher,

mal nourrir les enfans, & pour les rendre stupides, ou vicieux.

Je suis surpris que les ecclésiastiques osent se charger d’élever les

enfans, puisqu’il est reçu parmi nous qu’on ne peut en venir à bout sans

donner le fouët. J’aurois cru que la décence de leur état ne leur

permettoit pas de regarder ni de toucher des fesses. Mais, je l’ai déja

fait remarquer dans le troisieme chap. les moines & les abbés ont la

fureur de fouetter; les cris, les pleurs d’un innocent ne les

attendrissent point; la jouissance de voir un beau _postérieur_

l’emporte sur la pitié. On a toujours vu que c’étoit des moines qui

dirigeoient les maisons de correction, qui les avoient même fondées; ces

bourreaux débauchés voulurent contempler & claquer des derrieres; ils

surent même si bien s’arranger, que des peres imbécilles eurent la

bonhomie de leur fournir de bonnes pensions pour cela.

Je pense que ces réflexions sont plus que suffisantes pour engager le

gouvernement[28] à forcer les pédans de changer les peines usitées pour

l’enfance. Si cet objet lui paroît de peu de conséquence, j’espere que

les parens y feront attention, & qu’ils tâcheront de détourner des

regards d’un enfant tout ce qui peut le conduire au mal.

[28] On peut dire que l’administration publique néglige un peu trop

dans tous les pays l’éducation des enfans; cependant il y en a où je

voudrois être né de préférence. Ce n’est pas à coup sûr dans les

endroits où les régens sont célibataires, & cela pour cause. Il

viendra, sans doute un tems, où l’on connoîtra mieux le prix d’une

bonne éducation; alors on ne choisira plus pour instituteur un

malheureux vaurien qui ne sait que cracher deux ou trois mots de

latin; des honnêtes gens s’honoreront du nom de précepteurs; & la

vertu seule aura le droit d’occuper les places de régens que le

gouvernement & le public estimeront & payeront généreusement.

Aphrodisiaque externe, ou Traité du fouet et de ses effets sur le physique de l'amour · 第 6 / 16 题