CHAPITRE PREMIER.

Du fouet & de ses effets sur le physique de l’amour.

L’amour étant nécessaire pour la propagation de l’espece, il falloit que

cette passion fût profondément enracinée dans le cœur de l’homme, que la

nature nous en fît un besoin, & qu’elle y attachât la plus grande

jouissance. Les plaisirs que procure l’amour sont les plus vif que l’on

puisse goûter, aussi leur donne-t-on le nom de volupté; il est

impossible de les avoir connus sans les rechercher de nouveau, & l’on en

jouit aujourd’hui sans préjudice pour les désirs du lendemain.

Cependant, quelque nécessaire que soit le sentiment de l’amour, il ne

peut & ne doit faire notre bonheur qu’en s’y livrant avec modération;

car tout ce qu’on donne au corps au-delà de ses besoins l’affoiblit, &

l’on trouve toutes sortes de maux dans le sein même de la volupté.

On est plus ou moins emporté par la violence de cette passion, suivant

sa bonne ou mauvaise constitution; ceux qui sont d’un tempérament

sanguin ont les passions plus vives que les pituiteux. Le docteur

_Venette_ parle de la femme d’un Catalan, qui un jour fut obligée de

s’aller jetter aux pieds du roi, pour implorer son secours sur

l’excessive vigueur de son mari, qui, à ce qu’elle dit, _lui ôteroit

bientôt la vie, si l’on n’y mettoit ordre_. Le roi fit venir ce mari

pour savoir la vérité; il avoua avec franchise, que chaque nuit étoit

marquée par dix triomphes; sur quoi le roi lui défendit par arrêt, _sur

peine de la vie_, de s’abandonner plus de six fois à la violence de ses

transports, de peur que par l’excès de ses embrassemens, il n’accablât

son épouse. Cet arrêt est fort singulier, mais il faut avouer qu’il est

bien rare que les souverains soient dans le cas d’en porter de

semblables.

Quel que soit le tempérament qu’on ait reçu de la nature, on ne sauroit

être _homme_ longtems, si l’on céde de bonne heure à l’empire de ses

passions; c’est par cette raison que nos débauchés de Paris sont vieux à

trente ans & décrépits à quarante. Lorsqu’on a abusé de son existence,

si les désirs s’étoient anéantis comme les forces, ce ne seroit alors

qu’un demi-mal; mais les êtres exténués ne sont que plus avides de ces

plaisirs qu’une femme peut leur permettre, sans qu’il soit pourtant en

son pouvoir de les leur faire goûter; l’impuissance irrite alors les

désirs, & l’on ne se lasse pas d’importuner la nature.

L’acte vénérien, quoiqu’en lui-même salutaire[4], devient le principe de

mille maux, par l’abus que quelques femmes en font; ensorte que la

source des plaisirs & de la vie se change souvent en une source de

douleurs. Loin d’attendre que le physique parle, on se hâte de

l’exciter; & quels sont les moyens dont le libertinage ne se sert pas

dans ce cas! On a d’abord cherché dans les aliments ceux qui seroient

les plus échauffants de leur nature; on a ouvert les pharmacopées pour

faire usage des cordiaux, des irritants & des aphrodisiaques; quelques

médecins ont eu même assez peu de délicatesse, pour donner des conseils

dans de semblables occasions[5].

[4] Il n’y a que l’abus des plaisirs de l’amour qui puisse nuire; car

le célibat comporte souvent avec lui des inconvéniens qui ne le

cédent en rien à ceux qui résultent d’avoir trop sacrifié à Vénus.

[5] Un médecin ne doit pas toujours garder le silence sur cette

matiere; lorsqu’il arrive, par exemple, que la froideur conjugale

cause des désordres dans le ménage, je pense qu’il peut employer

quelques secours pour y maintenir l’union & la paix.

Les femmes n’ont rien oublié de leur côté pour s’attirer des hommages;

elles ont embelli tout ce qui peut décemment se montrer, & se sont

vêtues de telle maniere, que ce qui se voit suffit pour donner une idée

des charmes cachés. Cela suffiroit sans doute; mais l’art de la volupté

devoit pousser ses recherches plus loin.

Vénus eut bientôt des prêtresses qui se dévouerent entierement à

l’amour; la délicatesse fut bannie des temples que vint élever le

plaisir; & tout le culte s’y réduisoit à chercher des ressources pour

faire renaître le moment de la jouissance. Nos _couvents de

courtisannes_ sont les restes de ces monumens antiques, mais ils n’en

sont pas moins courus, ni moins élégants. Ce n’est que là que le vieux

financier peut, à force d’or, se rappeller, par intervalle, de son

antique existence: l’époux, que glace la décence & la monotonie de sa

femme, vient y chercher des plaisirs qu’il n’ose exiger que là: le

célibataire, qui a des raisons pour qu’on le croie tel, se glisse en

secret dans les temples de ce genre, il y trouve les moyens de se

débarrasser de son superflu[6], & de se parer en Public de tous les

dehors de la chasteté & de l’abstinence.

[6] Les plaisirs de l’amour sont un besoin pour les deux sexes. Cela

étant, comment ose-t-on faire vœu de célibat, ou plutôt, comment

permet-on à quelqu’un de le faire? L’exemple journalier ne

prouve-t-il pas que ces malheureux manqueront de parole? quand ils

sont pris sur le fait, ils croient s’excuser en disant qu’ils sont

_hommes & faits de chair & d’os comme nous_; cela ne prouve rien,

sinon qu’ils ont tort de ne violer le vœu qu’en secret. Que ces

célibataires élevent une voix commune contre un état qui n’est pas

dans la nature! Qu’ils rompent d’accord entre eux & la raison, ce

lien qui les rend à charge à la société! alors il leur sera permis

de connoître tous les charmes attachés à l’existence de l’homme; &

les ménages de leurs voisins seront en même tems plus tranquilles.

Les filles de joie sont-elles un mal nécessaire? doit-on le tolérer, ou

l’empêcher? Ce n’est pas ici le lieu d’agiter cette question, qu’il me

soit seulement permis de dire qu’il y a beaucoup d’hommes qui en ont

besoin.

Comme les temples de _Vénus_ ne peuvent se soutenir que par les plaisirs

qu’on y trouve, il a fallu que les prêtresses de cette divinité

portassent toute leur attention de ce côté; il est enfin nécessaire que

la volupté soit leur unique étude... parures riches & légeres...

vêtemens dégagés & ambrés... sourire engageant... démarche

voluptueuse... appartemens élégans... tableaux lascifs... bibliotheque

choisie... &c. &c. rien de ce qui peut tenter n’est oublié; les

courtisannes ont mille manieres d’exciter l’_acte_ toujours désiré.

Cependant, à force d’user de ces moyens sans cesse répétés sur un même

individu, la nature refuse enfin de se prêter aux efforts ordinaires; on

est forcé d’en employer de nouveaux. L’aspect d’une belle gorge, d’une

jolie jambe, de quelque chose de plus encore, étant inutile; une main

gentille, adroite, & légere n’ayant plus aucun pouvoir sur...

Ce surplus, ce reste de machine,

Bout de lacet aux hommes excédant;

_la Fontaine, contes_.

on a tenté des épreuves extraordinaires; &, comme j’ai dit que la

délicatesse a été bannie de ces endroits, on n’a pas eu de violence à se

faire pour se déterminer à les proposer & à s’y soumettre.

C’est dans les tourmens qu’on a cherché des ressorts pour procurer les

plaisirs de l’amour. On se sert des flagellations, afin d’opérer ce que

peut seul l’aspect d’une belle femme sur un homme bien constitué. Ce

moyen n’est point une invention moderne, & ne prouve pas (comme le

pensent quelques admirateurs de l’antiquité) que les mœurs sont plus

dépravées que dans les siecles passés.

L’amour, qui fut de tout tems l’excitatif de tous les êtres, eut

toujours ses vertus & ses vices. Si cette passion[7] n’est pas aussi

ancienne que le monde, elle a au moins, quelques jours de plus que la

découverte du _péché originel_. Les brosses à frictions, les verges, les

martinets, dont se servoient jadis les prostituées de Babylone, de Tyr,

d’Athenes, & de l’ancienne Rome, n’étoient peut-être pas aussi élégantes

que le sont maintenant ceux de nos filles de Paris, de Londres, de

Naples, & de Venise. Mais on s’en servoit pour le même usage, & le

libertinage étoit alors au même point.

[7] Il n’est pas possible qu’on ait, de tout tems, regardé l’amour

comme une passion criminelle en elle-même. Je suis même sûr que les

sauvages ne croient faire aucun mal en s’y livrant: hélas! ces

ignorans n’ont encore aucune notion d’une certaine théologie qui

existe.

Nous lisons, dans des auteurs très-anciens, les histoires de plusieurs

hommes qui ne pouvoient se rendre propres au coït qu’après avoir été

battus de verges, & même jusqu’à effusion de sang. Voici ce qu’écrivit,

il y a plus de deux siecles, _Jean Pic_, prince de la Mirandole[8], au

sujet d’une personne qu’il connoissoit très-particulierement. «Il

existe, dit-il, un homme d’une paillardise tellement désordonnée, qu’il

ne peut se livrer à l’acte vénérien qu’après avoir été bien flagellé; ce

qu’il y a de singulier, c’est que le cruel préliminaire dont il ne

pourroit se passer, ne le rend pas moins avide des plaisirs de l’amour.

Lorsqu’il se rend chez une fille de joie, il lui remet un fouet qu’il a

tenu pendant vingt-quatre heures dans le vinaigre pour l’endurcir par le

moyen de cette infusion. La premiere faveur qu’il lui demande, est

qu’elle veuille bien ne pas le ménager. La femme frappe, le sang coule,

& la victime s’enflamme: ce misérable passe au même instant de la

douleur à la volupté. Se peut-il, ajoute le même écrivain, qu’un homme

recherche & trouve les plaisirs de l’amour dans les flagellations les

plus cruelles?»

[8] _Jean Pic_ vivoit dans le quatorzieme siecle; ce prince renonça à

sa principauté pour se livrer entierement à l’étude. On prétend

qu’il savoit vingt-deux langues à l’âge de dix-huit ans; il proposa

à vingt-trois de soutenir des thèses sur tous les objets des

sciences, sans en excepter une seule. On a de lui plusieurs ouvrages

écrits avec élégance & facilité. Il mourut à Florence en 1494, âgé

de trente-deux ans.

_Thomas Campanella_[9] nous a laissé dans un de ses écrits, des

observations de ce genre. _Cælius Rhodiginus_ fait aussi mention d’un

fait semblable: «il est mort, dit-il, depuis quelques années, un homme

qui avoit une singuliere passion: son physique étoit tellement détruit,

qu’il ne pouvoit y rappeller les feux de l’amour, qu’après avoir été

bien fustigé. Lorsqu’il étoit auprès d’une femme, on ne savoit s’il

désiroit le fouet ou le coït; car la premiere faveur qu’il demandoit, ou

plutôt la seule grace qu’il imploroit, étoit qu’elle voulût bien le

battre de verges; & ce n’est que dans le supplice que ses sens émus

pouvoient se livrer, & connoître les plaisirs de Vénus.»

[9] Les infortunes de _Thomas Campanella_ prouvent que les gens

d’église sont ordinairement de cruels ennemis: lorsque ces _Basiles_

en veulent à un homme de lettres, ils le persécutent, calomnient sur

son compte, l’accusent, le perdent ou le font assassiner.

_Campanella_ étoit dominicain; encore jeune, il osa dans une dispute

publique convaincre d’ignorance un vieux professeur de son ordre; ce

dernier ne tarda pas de l’en punir; il l’accusa d’avoir voulu livrer

la ville de Naples aux ennemis de l’Etat, &, ce qui n’est pas moins

grave, d’être un hérétique. La calomnie réussit à merveille, car

_Campanella_ fut traîné dans une prison où il resta vingt-sept ans:

on dit qu’il y essuya, jusqu’à sept fois, la question pendant

quarante heures de suite. Il fut enfin libre, & vint à Paris, où il

fut protégé par le cardinal de Richelieu.

On lit de semblables histoires dans les plus anciens ouvrages de

médecine, de même que dans les livres de droit. _André Tiraqueau_[10] en

cite dans son _traité des loix du mariage_[11].

[10] _André Tiraqueau_ étoit conseiller au parlement de Paris;

_François_ premier & _Henri_ deux se servirent de lui dans plusieurs

affaires très-intéressantes. Ses occupations ne l’empêcherent point

de donner au Public un grand nombre de savans ouvrages. Il eut près

de trente enfans; l’on disoit de lui qu’il donnoit tous les ans à

l’état, un enfant & un livre.

[11] Si je m’étends un peu dans mes citations, c’est pour prouver que

je ne suis pas le premier qui ait osé parler de l’effet que le fouet

produit sur le physique de l’amour: on voit par là qu’un écrivain

peut traiter cette matiere sans être ni grossier, ni scandaleux.

Sans chercher de tels exemples chez les anciens, nous en trouvons

suffisamment parmi nous. Il y a quelques années qu’une femme fut accusée

d’adultere par son mari; les témoins déposerent; le fait fut prouvé[12];

& la coupable alloit être condamnée, lorsqu’elle trouva les moyens de se

justifier, en disant qu’on devoit légalement lui pardonner ses

foiblesses, puisqu’elle avoit pour époux un malheureux qui ne pouvoit

payer les tributs de l’hymen, que lorsqu’elle avoit consenti à lui

_donner le fouet_ jusqu’au sang. Elle ajouta que, si cette manœuvre

odieuse échauffoit son mari, elle ne servoit de son côté qu’à lui faire

détester les embrassements qui en étoient la suite, & qu’il n’étoit pas

surprenant qu’elle eût succombé à la tentation.

[12] L’adultere fut jadis un crime qu’on punissoit de la mort la plus

cruelle. Les loix sont toujours fortes dans ce cas: mais ces procès

ne vont pas si vite aujourd’hui; le mari accuse sa femme, qui se

défend en badinant sur la chose; les Scribes, les Clercs, les

Procureurs, les Greffiers, les Avocats, les Rapporteurs, les petits

Juges, les grands Juges, &c. tout le monde en rit. La fin de tout

cela est, qu’après l’arrêt la femme est souvent innocente, tandis

que le mari est toujours cocu.

Promenons-nous un instant dans ces maisons où _se vend le plaisir_;

c’est là que nous serons convaincus qu’il y a beaucoup d’hommes qui ont

recours aux flagellations pour se disposer à livrer bataille à l’amour.

Entrons dans les temples de Vénus, nous verrons des lambeaux de verges

encore épars à l’entour de l’autel des sacrifices. Interrogez la déesse

à ce sujet, elle aura bientôt satisfait votre curiosité; elle vous

montrera d’abord une petite poignée de verges qui est toujours attachée

par un ruban des plus à la mode; elle passera ensuite au _martinet_ dont

le bout de chaque cordon est garni d’une pointe d’or ou d’argent, & dont

le manche qui est de bois de rose[13], est entouré d’une garniture

élégante & recherchée. Si vous lui demandez, comme le feroit un pauvre

Provincial, à quoi servent ces petites armes; elle prendra, pour vous

répondre, le ton le plus enfantin, & vous dira en minaudant avec la

verge, que c’est, si vous le voulez, pour vous _donner du plaisir_. Il

n’y a aucune prostituée qui ne propose au chasseur qui la poursuit, de

passer promptement à cette ressource, comme étant le préliminaire le

plus infaillible, même pour un petit colet de soixante & dix ans. J’ai

été Je témoin d’une scene bien singuliere, & qui ne prouve que trop que

l’amour l’emporte le plus souvent sur la plus forte raison. Etant à

Paris, je fus appellé dans un des serrails de la rue S. Honoré, pour

donner des soins[14] à une courtisanne à laquelle venoit d’échoir un

petit lot en courant les hazards de l’amour. J’étois dans la cellule de

la malade, lorsque j’entendis, dans la chambre voisine, la voix d’une

femme qui sembloit être fort en colere, & qui avoit le ton le plus

menaçant. La personne avec laquelle j’étois, ne me donna pas le tems de

l’interroger sur ce qui se passoit près de nous; me priant à voix basse

de garder le silence, elle souleva fort doucement un des coins de la

tapisserie, & me plaça vis-à-vis d’une petite ouverture, par le moyen de

laquelle j’assistai au spectacle le plus plaisant, & en même tems le

plus ridicule. Voici comme se passoit cette scene qui, me dit-on, se

jouoit deux fois par semaine. La principale actrice étoit une brune

assez jolie qui n’étoit vêtue qu’en partie, c’est-à-dire qu’elle

montroit la gorge, les cuisses & les fesses. Les autres rôles étoient

remplis par quatre vieillards à grande perruque, dont le costume,

l’attitude & les grimaces m’obligeoient à chaque instant à me mordre les

lèvres pour ne pas partir d’un éclat de rire. Ces libertins surannés

jouoient, comme font quelquefois les enfans entr’eux, au jeu du _maître

d’école_. La fille, sa poignée de verges à la main, leur administroit

tour-à-tour la petite correction; le plus châtié étoit celui qui avoit

l’organisation la plus tardive. Les patients baisoient les fesses de la

maîtresse, pendant que son beau bras se fatiguoit sur leur cuir

impudique; & la comédie ne finissoit que lorsqu’on étoit las de fatiguer

la nature la plus apauvrie. Après que chacun se fut retiré, je quittai

mon poste sans pouvoir me convaincre de la réalité des choses dont je

venois d’être le témoin. Ma malade me plaisanta beaucoup sur ma

surprise, & me raconta plusieurs faits encore plus ridicules qui se

passoient tous les jours dans leur couvent. Nous avons, me dit-elle, la

pratique des êtres les plus importants de Paris; elle ajouta qu’elles

avoient entre elles l’honneur de donner le fouët à tout ce qu’il y avoit

de mieux dans le clergé, la robe & la finance.

[13] Telle est la manie du luxe... comment, dira-t-on, sont décorés

les _fouets_ dont se servent les filles de la derniere classe? Je

crois que ces instruments sont inconnus dans leurs atteliers. Le

charbonnier & le porteur de la hâle ne vont chez les belles du

port-au-bled, de la rue Jean S. Denis, &c., que lorsqu’ils meurent

de plénitude; ces rustres ne sont pas comme nos petits maîtres; ils

attendent bonnement le besoin, sans chercher à provoquer l’appétit.

[14] Les _filles_ de Paris sont tolérées par le gouvernement; elles ne

sont donc pas indignes de l’attention publique; il arrive pourtant

que, lorsqu’elles sont malades, elles ne savent gueres à qui

s’adresser. Les docteurs de la faculté du fauxbourg S. Jacques ne

vont jamais chez ces malheureuses en qualité de médecins, parce que

ces messieurs à triple & triple perruque ne prennent pas moins d’un

louis par visite. Les savants de la société de médecine voudroient

bien y pénétrer en qualité de guérisseurs; mais chacun s’en méfie,

parce qu’on sait qu’ils ne vont chez le pauvre que pour essayer des

pilules qui leur sont proposées par des charlatans curieux d’acheter

un _brevet_. Quels secours reste-t-il donc à ces infortunées?

Lorsqu’elles ne trouvent pas quelques étrangers honnêtes, quelques

médecins qui ne sont à Paris que pour y manger de l’argent, (un

docteur médecin de Paris ne donne que le titre d’écoliers aux

docteurs d’Edimbourg, de Vienne, de Turin, &c.): elles sont forcées

de se livrer à la pratique ignorante & meurtriere d’un _carabin_, ou

d’aller finir leurs misérables jours dans les tortures de _Bicêtre_.

Il seroit inutile de rapporter d’autres faits pour prouver que plusieurs

personnes ont recours aux flagellations pour se rendre propres au coït.

On n’a, comme je l’ai dit, qu’à interroger toutes les filles de joie,

pour se convaincre de cette malheureuse vérité. Il me reste maintenant à

démontrer comment & pourquoi le fouët produit un tel effet sur le

physique; cet examen nous conduira à découvrir des abus qu’il est

important de détruire.

Lecteurs honnêtes, & délicats! vous, dont les oreilles ne se permirent

jamais d’entendre aucun mot libre, ni aucune phrase licentieuse, ayez le

courage de m’écouter! je parle pour vous instruire, & non pour vous

corrompre. Je dévoile des erreurs qui subsisteront pendant qu’on aura la

foiblesse de les tenir secrettes. Les mœurs[15] exigent qu’un citoyen

zélé ne cache aucun crime à la loi, afin qu’elle puisse le punir: si le

délateur peut quelquefois paroître scandaleux dans l’accusation qu’il en

détaille, cette faute légere est bientôt effacée par la destruction du

crime & du coupable.

[15] _Les mœurs_... Voilà, diront les gens comme il faut, un mot bien

vague; qu’entend-on par les bonnes mœurs?... Il y a bien des hommes

du bon ton à qui l’on pourroit répondre qu’on entend par bonnes

mœurs, les vertus dont ils n’ont jamais fait grand cas, & qu’ils

exigent toujours dans leurs valets.

Aphrodisiaque externe, ou Traité du fouet et de ses effets sur le physique de l'amour · 第 3 / 16 题