DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

J’ai longtems balancé avant que de me déterminer à publier cet ouvrage;

mais quelque singulier[1] qu’il paroisse à beaucoup de personnes, j’ai

jugé qu’il feroit toujours plus de bien que de mal, & qu’on me

pardonneroit de m’y être quelquefois servi d’expressions un peu libres

en faveur des vérités importantes que j’ose annoncer.

[1] _Singulier_... Mes censeurs ne se serviront pas de ce terme pour

désigner mon livre; les prudes diront, quelle horreur! les dévots

crieront à l’impiété... la populace de règ.. de pr. de mo. fera

grand bacanal... enfin, que sais-je, chacun déraisonnera de son

côté; il n’y aura que quelques gens raisonnables qui diront que j’ai

raison, encore n’oseront-ils pas le dire tout haut.

Quoique persuadé de l’utilité de mes réflexions, j’ai cependant cru

devoir garder l’anonime. Je n’ignore pas qu’il y a des erreurs qu’il est

très-dangereux de combattre, & qu’il ne seroit pas toujours prudent

d’attaquer tous ceux qui s’y livrent. Si mon ouvrage est condamné, je

m’en consolerai d’autant plus facilement que je n’ai eu, en l’écrivant,

que l’intention d’être utile: mais si je voyois une cabale injuste &

puissante, ne pas se contenter d’en faire griller les exemplaires, &

poursuivre quelque innocent écrivain; j’atteste que je ne balancerois

pas de me nommer. Je le répete, ce n’est pas à dessein qu’on persécute

quelqu’un à ma place que je tais mon nom.

La matiere que je traite n’est pas entierement neuve; _J. Henri

Meibomius_[2] nous a laissé un traité intitulé _de flagrorum usu in re

veneria_: mais ce traité est peu connu, & l’auteur n’y est pas entré

dans tous les détails qui ont rapport à cet objet; il a seulement voulu

rendre raison de l’effet que le fouet peut produire sur le physique de

l’amour. J’ai consulté cet écrivain sans le suivre, & j’ai joint de

nouvelles réflexions à celles de ce savant médecin.

[2] Il y a eu trois auteurs qui ont porté le nom de _Meibomius_.

L’auteur de la dissertation que je viens de citer, fut professeur en

médecine à _Helmstadt_, ensuite premier médecin de _Lubek_; il a

publié plusieurs autres ouvrages, & vivoit dans le commencement du

siecle dernier.

Pour mettre de l’ordre dans la variété des objets que je vais présenter,

il est indispensable de diviser mon ouvrage en différens chapitres; mais

je préviens le lecteur qu’il ne devra me juger qu’après avoir parcouru

tout le livre; en ne lisant qu’un chapitre isolé, l’auteur ne seroit à

ses yeux qu’un écrivain scandaleux. Que l’on parcoure le tout, on verra

si j’ai eu tort d’avancer que je n’ai d’autre but que celui d’être

utile.

Je parlerai dans le premier chapitre, de l’effet des flagellations sur

le physique de l’amour.

On expliquera, dans le second, pourquoi & comment le fouet produit cet

effet.

Le troisieme démontrera de singulieres erreurs.

On trouvera dans le quatrieme chapitre, des raisons bien puissantes pour

changer les peines qu’on inflige à l’enfance & à la jeunesse.

La conclusion sera enfin, le résumé de tout ce qu’on aura dit, pour en

faire ensuite une juste application; & j’y prouverai comment des abus

qui ne paroissent rien en eux-mêmes, influent sur la santé & les

bonnes-mœurs.

Mais, dira-t-on, comment un médecin a-t-il pu s’occuper d’un ouvrage de

cette nature?... Eh! qui voudroit-on qui s’élevât contre des erreurs

préjudiciables à la santé! De qui le Public est-il en droit d’attendre

des notions sur ce qui peut lui nuire, si ce n’est d’un médecin?

On me reprochera sans doute, d’avoir écrit mes réflexions en langue

vulgaire... Y auroit-il, par hazard, des mots qui deviennent obscènes

dès qu’on les prononce en françois? Si cela étoit, il faudroit renoncer

à ce langage, qui sera bientôt celui du monde entier, & même le

défendre, puisqu’il ne peut dire le nom de certaines choses sans

allarmer la pudeur. Pauvres esprits que nous sommes! où plaçons-nous la

délicatesse? & pourquoi faut-il qu’un médecin soit forcé de faire tant

de questions, pour demander à une prude si elle est bien ou mal

_réglée_? Quelques ecclésiastiques ne sont pas si scrupuleux, lorsqu’ils

ont une jeune fille à leur confessionnal, ils parlent de tout... ils

interrogent sur tout... on répond à tout... c’est presque le seul

endroit où la langue ne soit jamais obscene.

Je pense que chaque chose doit porter son nom, que l’on peut & que l’on

doit le proférer sans faire rougir personne. J’ai vu dans une de nos

grandes villes, des imbécilles qui avoient sait une société de

savantes[3]; elles commencerent entre elles un cours d’anatomie; lorsque

le démonstrateur en vint aux parties de la génération, elles planterent

là la leçon, & s’enfuirent en se couvrant le visage; ces dames

trouverent très-indécent qu’il fût question de ces _bêtises_ dans des

démonstrations anatomiques. Je dispense les êtres de cette nature de

porter leurs chastes regards sur mon ouvrage.

[3] Il en est, par fois, des sciences comme des habits, elles sont

aussi sujettes à _la mode_. Tantôt nos élégantes Parisiennes sont

chimistes, tantôt botanistes; l’invention des globes les avoit même

rendues physiciennes, astrologues, mathématiciennes; elles sont

toujours tout, hormis ce qu’elles devroient être.

Aphrodisiaque externe, ou Traité du fouet et de ses effets sur le physique de l'amour · 第 2 / 16 题