L'île de Cuba. -- Situation. -- Configuration. -- Surface. --
Histoire. -- Population. -- Produits. -- Climat. -- Importation.
-- Exportation. -- La Havane. -- La ville. -- Les environs. -- La
Corrida de Toros. -- La cathédrale. -- La fièvre jaune. -- Les
oeuvres charitables.
L'île de Cuba, appelée la Reine des Antilles, est située entre le 19°
49´ et le 23° 13´ latitude nord, et 67° 52´ et 87° 40´ longitude ouest
du méridien de Cadix. Sa longueur du cap San-Antonio à celui de Maïsi
est de 1,592 kilomètres, et sa plus grande largeur de 45 lieues,
depuis le cap de Lucrecia jusqu'au cap de Crux. Sa surface est de
119,000 kilomètres carrés, et sa population de 1,500,000 âmes. Sur ce
chiffre, 917,000 sont blancs, 9,500 étrangers, 22,300 Chinois, 25,300
colons, 275,000 de couleur et libres, et 202,000 de couleur et
esclaves.
Christophe Colomb arriva dans l'île en octobre 1492, et la prit pour
un continent. En 1511 son fils, Diego Colomb, gouverneur de
San-Domingo, envoya Diego Velasquez à sa conquête; celui-ci y trouva
le cacique Hatuey, réfugié de San-Domingo, qui fit brave résistance;
mais à la fin il fut vaincu et condamné à mort.
Les 200,000 indigènes, Indiens de moeurs douces, furent bientôt
exterminés, et les Espagnols se partagèrent les terres; Velasquez
fonda les villes de Asuncion, Bayamo, Trinidad, Santo Espiritu, Santa
Maria, Santiago de Cuba, et la Habana.
En 1589, l'île fut érigée en Capitania jeneral. Durant le XVe siècle,
elle eut beaucoup à souffrir des flibustiers ou boucaniers, pirates
anglais, français, hollandais, qui dévastaient les diverses îles des
Antilles. En 1762, elle fut prise par les Anglais qui la retinrent
neuf mois et la rétrocédèrent contre la Floride.
Cuba, à l'entrée du golfe du Mexique, entre l'Atlantique et la mer de
Caribe ou des Antilles, longue et étroite, a la forme d'un arc. Elle
est traversée par une chaîne de montagnes appelée Sierra del Cobre,
dont quelques pics atteignent jusqu'à 8,000 pieds. De ces montagnes
descendent de nombreuses petites rivières dont la plus grande, le
Canto, est navigable jusqu'à Bayamo.
Le climat est chaud et humide. Durant la saison des pluies, qui dure
de fin mai à fin octobre, le thermomètre varie de 24° à 28° Réaumur.
Durant la saison sèche, il varie entre 17° et 21° Réaumur, soit 70° et
79° Farenheit. En 1867, le maximum a été de 35° Réaumur.
Les nuits sont un peu plus fraîches que le jour.
L'île de Cuba est l'endroit du monde où il tombe le plus d'eau.
L'année maxima a eu 50 pouces 6 lignes castillanes; l'année minima 32
pouces 7 lignes. La moyenne annuelle pour la Havane est de 1m 020. Le
18 juillet 1854, il en tomba en deux heures 71 millimètres; et dans la
journée de l'ouragan du 22 octobre 1867, il en tomba 103 millimètres.
La moyenne annuelle des personnes tuées par la foudre est de neuf. Les
ouragans sont souvent terribles. Ils ont lieu entre la moitié d'août
et fin novembre. Les tremblements de terre ne se font sentir
d'ordinaire que dans la partie méridionale.
Les maladies régnantes sont celles du tube digestif, le tétanos, la
fièvre jaune ou _vomito negro_ qui attaque surtout les étrangers et
les habitants qui viennent de l'intérieur aux côtes. Il y a aussi de
nombreux cas de fièvres intermittentes et de phtysie. On voit
pourtant, surtout parmi les gens de couleur, bien des cas de
longévité, ayant atteint 130, 140 et 150 ans.
Dans les rivières, on trouve des crocodiles qui ont jusqu'à huit
mètres de long; la mer fournit d'énormes tortues.
Les principales productions sont la canne à sucre et le tabac; on
récolte aussi un peu de café et de cacao, du maïs, du riz, de
l'indigo, de l'igname, du caoutchouc, du coco, des bananes, du miel de
la cire, et les divers fruits des tropiques. On coupe plusieurs
qualités de bois de teinture et d'ébénisterie.
En fait de minéraux, l'île renferme du charbon, de l'aimant, de
l'argent, du kaolin, et des minerais divers; mais on n'exploite que le
cuivre et le fer. L'industrie est limitée au sucre et aux cigares.
L'île est divisée en six provinces, mais les habitants ont l'habitude
de la diviser en deux seules portions: la _vuelta abajo_ au sud de la
Havane, et la _vuelta arriba_, au nord.
Sous le rapport religieux, elle est divisée en deux diocèses: l'évêché
de la Havane et l'archevêché de Santiago de Cuba.
Militairement, l'île est toute sous le commandement du capitaine
général, et comprend sept districts ou sous-commandements.
Judiciairement, elle se divise en deux _audiencias_: celle de la
Havane et celle de Puerto-Principe. Elles ont chacune plusieurs
districts judiciaires confiés à des _alcades majores_ ou juges de
première instance qui ont pour délégués les juges municipaux ou juges
de paix. Pour la marine, il y a un commandant général et cinq
districts.
L'instruction publique compte à la Havane une université, et dans
toute l'île un millier d'établissements scolaires.
Les chemins de fer en activité atteignent 1,660 kilomètres; les
télégraphes 2,567 kilomètres. La Havane est bien desservie par le
téléphone.
Plusieurs lignes de bateaux à vapeur mettent l'île en communication
avec l'Europe et les États-Unis. En 1877, le nombre des navires entrés
dans les divers ports de l'île a été de 1,669, comprenant 835,000
tonnes.
L'exportation en 1878 a atteint presque 71,000,000 de piastres (la
piastre espagnole est de 5 fr.). Les principaux articles d'exportation
sont le sucre, le tabac, le café, le rhum, le cuivre, la cire, le
miel, le coton, les cuirs, l'huile de coco, les bois et les fruits.
L'importation comprend la farine, les vins, l'huile, les liqueurs, le
riz, le poisson salé, la viande salée, la quincaillerie, les machines,
les papiers, les peaux et les objets de luxe. Les pays qui commercent
le plus avec l'île sont dans l'ordre suivant: les États-Unis,
l'Espagne, l'Angleterre, l'Allemagne, les États hispano-américains, la
France, la Russie, la Belgique, le Danemark et la Hollande.
[Illustration: Grandes Antilles.--Île de Cuba.--Entrée du port de la
Havane.]
C'est le 22 septembre, vers 3 heures du soir, que nous commençons à
apercevoir le phare de la Havane, capitale de Cuba. Bientôt nous
voyons les forts du sud, et le navire s'arrête pour prendre le pilote.
L'entrée du port est étroite et boueuse; l'Espagnol ne sait pas plus
nettoyer les ports que les rues et les maisons. Le port est superbe,
vaste et parfaitement abrité: nous passons à côté d'un bassin flottant
contenant un grand steamer en réparation; nous devançons un aviso de
guerre, et allons mouiller non loin de cinq à six steamers des
compagnies américaines et espagnoles. Le navire doit prendre du
charbon et s'embosse au môle; trois douaniers montent à bord pour
garder le navire, mais de nombreuses libations de Champagne les
mettent bientôt en état de repos pendant qu'ailleurs on travaille....
Je descends à terre et rends visite au gouverneur civil pour lequel
j'avais une lettre. Le concierge me dit: montez _arriba_; je monte et
m'adresse au Chinois qui me renvoie au portier. Mais le gouverneur m'a
vu et m'appelle. Il me fait bon accueil, m'offre un Alphonse XII,
cigare exquis enveloppé dans du papier d'argent, et me dit: à la
_disposicion de Vousted_.--J'aimerais voir, lui dis-je, les curiosités
du pays, les monuments, les établissements d'instruction et de
bienfaisance, une fabrique de cigares et une plantation de cannes à
sucre.
--Nous n'avons pas de monuments; notre université est peu de chose,
les hôpitaux sont loin; je vous procurerai une lettre pour visiter la
plantation de cannes la moins éloignée, et vous l'enverrai à l'hôtel.
J'exprime ma reconnaissance à M. le Gouverneur; mais je n'ai pu le
remercier pour la lettre promise, car je l'attends encore.
Je fais quelques emplettes et parcours la ville. Elle comprend 300
habitants, et dans la partie vieille, ressemble aux villes espagnoles.
Les rues sont étroites, à peine six à sept mètres; mais au delà du
parc central, dans la ville neuve, elles sont plus larges. Le Prado
atteint même une quarantaine de mètres et est planté d'arbres. Les
maisons sont généralement basses: un rez-de-chaussée et un étage;
quelques-unes atteignent trois et quatre étages. Elles sont toutes
couvertes en terrasses, sur la plupart desquelles on voit une roue à
vent qui sert à tirer l'eau de la citerne. Quelques-unes ont le
_patio_ traditionnel. La ville nouvelle s'étend assez loin dans la
campagne, par de beaux boulevards que parcourent les tramways. Des
portiques abritent les magasins contre les rayons brûlants du soleil.
Par-ci par-là de jolis squares, des statues de marbre et quelques
fontaines; mais trop souvent aussi les urines et les ordures de toute
sorte qui embaument par trop l'atmosphère.
[Illustration: Grandes Antilles.--Vue générale de la Havane.]
La race espagnole semble encore ignorer la propreté. Je descends à
l'_Hôtel central_. Cet établissement nouveau a pour escalier un
casse-cou, mais il aura bientôt un correctif: l'ascenseur. Les
chambrettes sont propres, la nourriture saine, les prix modérés, les
gérants aimables. Pour respirer, je monte sur la terrasse, d'où je
domine la ville, et assez tard dans la nuit je vais chercher mon lit.
Il est perfectionné. Dans le but de laisser tout le corps bénéficier
de l'air, on couche sur une toile métallique élastique qui laboure les
chairs. Le salon réunit quelques-uns des hôtes. Ils se dandinent sur
les fauteuils-balançoires, pendant qu'en suivant le couloir, on peut,
par les portes ouvertes, voir les autres étendus sur leurs lits.
Le lendemain je fus matinal. C'était dimanche et je me rends à la
cathédrale; on peut compter les rares fidèles; L'édifice est à trois
voûtes, soutenues par des piliers massifs en tuf. On y voit quelques
jolis tableaux. Au maître-autel, du côté de l'Évangile, au-dessous
d'un médaillon en marbre représentant Christophe Colomb, on lit cette
inscription:
O RESTOS E IMAGEN DEL GRAN COLON!
MIL SIGLOS DURAD GUARDADOS EN LA URNA
Y EN LA REMEMBRANZA DE NUESTRA NACION!
_O restes et portrait du grand Colomb!
Tu resteras mille siècles gardé dans l'urne
Et dans la mémoire de notre nation!_
Christophe Colomb, après avoir été mis dans les fers, en récompense du
nouveau monde qu'il venait de donner au roi d'Espagne, mourut à
Valladolid, le 20 mai 1506. Ses restes mortels furent déposés dans le
monastère des Chartreux (Cartujos), à Séville, d'où on les transporta
à l'île de San-Domingo. En 1796, à cause des troubles qui
ensanglantaient cette île, on les transféra à la Havane, dans la
cathédrale.
Christophe Colomb crut avoir abordé aux Indes, et mourut dans la
croyance que Cuba était l'extrémité orientale de l'Asie. Ce ne fut
qu'en 1508 que Sébastien de Ocampo, après avoir fait le tour de Cuba,
constata qu'elle n'était qu'une île.
Derrière la nef de gauche, on voit aussi dans la cathédrale une belle
statue de marbre d'un jeune évêque mort à 42 ans, après cinq mois
d'épiscopat. Il arrivait d'Espagne et paya bientôt son tribut à la
fièvre jaune. À la sacristie un employé me montre les brillants
ornements qui forment le trésor de l'église: ce sont des broderies en
or sur drap d'or, d'argent, de satin et de velours.
Il paraît que les Havanais prennent fréquemment des bains, s'il faut
en juger par les nombreuses affiches sur lesquelles on lit: Baños. En
tous cas, dans les heures chaudes, on voit par les portes et les
fenêtres ouvertes, les Havanaises se balancer dans leurs fauteuils,
appelant à tout instant la négrita (petite esclave) pour leur donner
ou leur prendre l'éventail. On m'avait remis une lettre pour les
Soeurs du Sacré-Coeur. Elles demeurent au Cerro, dans le quartier de
Buenos aires (bon air). En me rendant chez elles j'ai l'occasion de
voir les environs de la ville. Ils sont parsemés de petites villas et
on y rencontre parfois sous les grands arbres, les hommes de police
ou gendarmes à cheval, se reposant à l'ombre. Dans la ville, on voit
aussi aux coins des rues, des policemen en uniforme coutil bleu et
chapeau panama: ils sont armés du sabre et portent le revolver; je
leur préfère le petit bâton des policemen anglais et américains, car
il représente la force morale. En tout cas, tant à la ville qu'à la
campagne, tout le monde travaille comme si ce n'était pas dimanche;
les mules et les boeufs tirent les chars et tous les magasins sont
ouverts. Quand donc verrons-nous observer le Décalogue dans les pays
catholiques?
Les Soeurs du Sacré-Coeur occupent un vaste bâtiment bien exposé et
entouré d'un parc. Elles sont au nombre de 42 et instruisent 125
pensionnaires et un grand nombre d'externes gratuites. La supérieure
est cubaine: elles viennent d'envoyer quelques Soeurs à Mexico pour
une fondation.
Au retour, j'entre dans l'église de Monserrate et dans celle de la
Merced. Les fidèles y sont un peu plus nombreux; les dames, la tête
garnie d'un léger voile, se tiennent sur des pliants que leur apporte
l'esclave. L'église de la Merced, desservie par les Pères Lazaristes
espagnols, possède de belles fresques.
Des affiches annonçaient une grande Corrida de toros au cirque de
Régla de l'autre côté de la baie. Je déplore devant le Père supérieur
qu'on ne respecte pas plus les animaux qu'on ne respecte le dimanche.
Le Père trouve que cela n'est que peccadille à côté des bals qui
corrompent la jeunesse. Le soir, deux Suisses qui voyagent comme moi
sur l'_Éden_, me racontent qu'ils sont allés voir la _Corrida_; que
3,000 personnes s'étaient entassées dans le cirque, après avoir payé 3
piastres par personne du côté de l'ombre et 1 piastre 1/2 du côté du
soleil; qu'à chaque cheval éventré ce gracieux public applaudissait et
menaçait un des toréadors qui était descendu de cheval parce que
celui-ci refusait de marcher; qu'un jeune homme ayant voulu ramasser
une banderole a reçu un coup de corne du taureau et a été tué net,
etc., etc.
Les catholiques havanais, comme leurs parents, espagnols, trouvent
tout cela bagatelle, et ajoutent pieusement que les chairs des
taureaux ainsi tourmentés s'en vont aux hospices. À la Havane, on
avait même démoli le vieux cirque et on se promettait de ne plus le
reconstruire; mais d'honnêtes gens, qui souffrent de ne plus voir
couler le sang, se proposent d'en refaire un nouveau et tout le monde
ne trouve rien à redire du moment que les bénéfices seront pour les
oeuvres pies! Quand comprendra-t-on qu'avec l'argent qui est le
produit du crime, on ne saurait faire des oeuvres agréables à Dieu! il
n'est bon tout au plus qu'à acheter le champ du sang: Hacel-dama! Dans
les pays de race espagnole, on en est encore à ignorer que, exposer
sciemment la vie pour amuser les gens est un crime, et que tourmenter
les bêtes pour plaire aux badauds est contraire aux lois de la nature.
Si j'étais gouverneur en pays espagnol, je considérerais comme mon
premier devoir de convertir les cirques en écoles élémentaires, et si
j'étais évêque, j'ordonnerais à chaque curé de lire en chaire, tous
les jours, les versets de l'_Ecclésiastique_ et des _Proverbes_, qui
stigmatisent ceux qui se plaisent à tourmenter les animaux. Au reste,
personne n'ignore qu'une bulle de Sixte V frappe d'excommunication les
fauteurs de ces jeux sanglants.
Chemin faisant, j'entre dans une pharmacie dans le but de contrôler
les renseignements divers que j'ai reçus sur la fièvre jaune. Elle a
été très forte en août et dans les deux premières semaines de
septembre. En ce moment elle est tombée à une moyenne de 12 cas par
jour, et les médecins en guérissent un grand nombre.
Les Européens y sont plus sujets que les indigènes.
En effet, dans les zones tempérées, les poumons travaillent beaucoup
plus que le foie; et celui-ci agit davantage dans la zone torride. Le
nouveau débarqué, par le défaut d'équilibre dans ces deux fonctions, a
bientôt la masse du sang corrompue. Les soldats espagnols ont aussi
l'habitude de manger du fruit, et la digestion étant ici moins active,
le corps se trouve engorgé et le sang se corrompt; Ajoutez à cela
mille foyers d'infection, faute de propreté. Les médecins combattent
la fièvre jaune par les diurétiques et les sudorifiques.
Après le déjeuner je vais au collège de Belem, dirigé par les Pères
Jésuites. Ils ont 200 internes et autant d'externes. Dans les
dortoirs, je vois les petites cellules habituelles avec plafond en
toile métallique.
Je rends visite à M. José Solano y Granados, avocat, président du
Conseil des Conférences de Saint-Vincent de Paul.
Il y a à la Havane 7 Conférences comptant ensemble 120 membres et
visitant 160 familles pauvres. Les Conférences répandent aussi un
almanach, dirigent une bibliothèque et ont fondé un orphelinat. M.
Solano m'y conduit, et j'y trouve 35 petits bons hommes de 10 à 12
ans, bien éveillés et bien proprets, occupés aux études. Le défaut de
bons chefs d'atelier fait qu'on n'a encore pu organiser les métiers,
mais on espère y arriver. L'établissement est proprement tenu. Une
inscription indique que la maison a été donnée par un curé; le
directeur est un ingénieur distingué qui se dévoue à l'oeuvre sans
rémunération. Malgré cela l'oeuvre coûte encore par an 5 à 6,000
piastres, qu'on obtient par souscriptions.
Je prie M. Solano de m'obtenir une carte d'entrée à la plantation de
Toledo, située à 10 kilomètres, près de Marianao, et qui appartient à
M. Duragnone.
Nous passons plusieurs heures à causer sur les choses du pays, et à 11
heures je m'endors sur ma toile métallique. Il avait été convenu avec
trois autres passagers de l'_Éden_: un ingénieur français et deux
Suisses, que celui qui s'éveillerait le premier vers 5 heures,
éveillerait les autres, car il faut arriver à la gare pour le train de
6 heures.
Un des Suisses prend la lune pour le soleil et nous éveille à 4
heures. La lune en effet est ici extrêmement brillante, et il faut
s'en garer, car elle engendre des ophtalmies. Nous passons notre heure
à nous préparer tout en riant, et jasant sans pitié pour les passagers
qui dorment. Nous leur rendons ainsi la pareille, car ils en avaient
fait autant jusqu'à 2 heures du matin.